‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 115 sur 139 · LIVRE XV BIS. — CORRESPONDAiNCH · texte numérisé non relu

LIVRE XV BIS. — CORRESPONDAiNCH

VOUS m'annoncez que vous regardez le mouvement (les Anglais sur vous comme très-proclinin, j'ai eu (les nouvelles de l'Andalousie; le maréchal duc de Dalmatie mande, par sa lettre du 2G mai, qu'il est positif que l'intention du général anglais est de marcher sur l'Andalousie pour forcer l'armée du Midi à lever le siège de Cadix : telles sont ses propres expressions. D'après cette opinion, à laquelle le duc de Dalmatie paraît s'être arrêté, loin d'avoir exécuté les ordres que je lui avais donnés de mettre le corps du comte dErlon en mesure de contenir celui du général Hill en Estramadure et de passer même le Tage si le général Hill le passait pour agir sur la rive droite, il demande que l'armée de Portugal et celle d'Aragon marchent au secours de l'armée du Midi.

a Comme cette opinion ne s'est point vérifiée jusqu'ici et qu'elle me parait même formellement démentie par les rapports que vous m'avez adressés, je n'ai point révoqué mes premiers ordres; je les réitère, au contraire, en pressant leur exécution.

« J'ai cru cependant qu'il était important de vous faire connaître ce que m'écrit le duc de Dalmatie. Il est possible que les Anglais fassent par la suite ce qu'ils n'ont pas fait aujourd'hui.

« Je vous recommande donc de ne pas vous laisser imposer par de fausses démonstrations; s'il arrivait que celles que les Anglais ont faites contre vous

n'eussent eu d'autre objet que de masquer ieur véritable projet sur l'Andalousie, soyez toujours prêt à faire marcher, comme mes instructions antérieures l'ont prévu, trois divisions de l'armée de Portugal en Estramadure, dans le cas où lord Wellington se porterait sur la rive gauche du Tage : c'est ce que vous êtes à portée d'observer. Le général Caffarelli m'a écrit en date du 25 mai; il a dû entrer en correspondance avec vous sur les secours que vous pouvez attendre de l'armée du Nord; il paraît que vous avez peu à y compter, vu l'état de faiblesse auquel, suivant ce que mande le général Caffarelli, l'armée du Nord est réduite. »

LE GÉiNÉRAL CAFFARELI AU MARÉCHAL MARMONT.

« Viloria, le14jniii 1812.

« Monsieur le maréchal, je viens de recevoir les dépêches de Votre Excellence du 8, primata et duplicata. Vous espérez livrer bataille; je vous amènerai huit mille hommes et vingt-deux bouches à feu dès que les troupes que j'attends de Navarre seront arrivées. Je me mettrai en mouvement et je m'échelonnerai entre Bui'gos et Valladolid. »

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMOiNT.

« M^idii.i, 1.' 14 juin 1812.

c< iMoiisieur le maréchal, le roi a reçu depuis quel-

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ques joiii's votre lettre du .')-0. Sa Majesté vous a répondu hier par estafette; elle me charge de vous adresser ci-joint le duplicata de sa lettre. — J'ai reçu ce matin le du})licata de votre lettre du 1" juin et votre lettre du 2 du même mois; je les ai mises sous les yeux du roi.

«Sa iMajesté vous a fait connaître quelle est l'opinion de M. le duc de Dalmatie sur les projets de l'ennemi. Ce maréchal croit qu'une bonne partie de l'armée anglaise est sur la Guadiana, et que le général Darricaut mande, par ses lettres des "2 et 5 juin, que soixante mille hommes sont au moment de pénétrer en Andalousie. Le roi est trop éloigné pour juger qui est dans^l'erreur, de vous ou du duc de Dalmatie. Sa Majesté ne peut donc que vous réitérer que vous devez bien observer les mouvements de l'ennemi, pour éviter d'être trompé par de fausses démonstrations et vous tenir prêt à porter trois divisions au secours de l'armée du Midi si lord Wellington se porte sur l'Andalousie. Le roi a mandé la même chose au duc de Dalmatie, en lui réitérant l'ordre d'envoyer le comte d'Erlon sur la rive droite du Tage si lord Wellington appelle à lui le général Hill.

«■ J'ai mandé, par ordre du roi, au général Caffarelli de se préparer à vous soutenir avec tout ce dont il pourra disposer dans le cas où l'armée anglaise prendrait l'oITensive sur vous; mais, connue

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ce général ne peut pas dégarnir sans danger les provinces dont le commandement lui a été confié, le roi désire que vous ne l'appeliez à vous que quand vous connaîtrez bien les projets de l'ennemi. Il a été écrit depuis longtemps à M. le duc de Dalmatie et au comte d'Erlon que le corps de l'armée du Midi qui se porterait sur le Tage trouverait à Talavera de l'artillerie, pourvu qu'on menât des chevaux pour l'atteler. Il est déjà arrivé dans la vallée du Tage un grand bateau sur lequel on peut passer deux voitures à la fois. Ce grand bateau est en réserve à Oropesa. On s'occupe ici de la construction d'un pont volant; il sera envoyé à Talavera aussitôt qu'il sera prêt. Le roi sent parfaitement qu'il serait important de faire rétablir le fort de Lugar-Nuevo; mais le général Treilhard n'a pas assez des troupes sous ses ordres pour cela, et le roi ne peut pas lui en envoyer d'autres. Sa Majesté me charge de vous proposer d'envoyer un bataillon de cinq cents hommes à ce général, et de suite on travaillera à rétablir Lugar-Nuevo en même temps qu'on s'occupera de la construction des bateaux pour un pont. Si vous pouvez faire passer une division dans la vallée du Tage, vous rendrez un service de la plus grande importance.

« Le général Treilhard, n'ayant pas assez de troupes pour faire réparer et garder LugarNuevo, est encore bien moins en état de faire ouvrir des rou-

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