‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 117 sur 139 · LIVRE XV IMS. — COr.MKSl'OND.VNCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV IMS. — COr.MKSl'OND.VNCE

LE (JK.NÉIUL CAHWHFJ.l.l Al" M\l(K(^,nM. MARMONT.

« '20 Juin 1S1"2.

« Monsieur le maréchal, j'ai eu l'honneur d informer Votre Excellence que les ennemis avaient fait à la côte une forte expédition; que j'ai été ohligé de disposer des troupes qui étaient arrivées ici la veille; que Bilbao était attaqué, tandis que Lequeitio l'était par mer et par terre, et avait été emporté ; que le général Bonnet, évacuant les Asturies, est entré le 18 dans la province de Santander.

« J'ai appris, hier au soir, qu'il avait pris la route de Reynosa, que l'expédition était composée de six vaisseaux de ligne, neuf frégates et six bricks, qui se tiennent partie sur Santona, partie sur la côte de Biscaye. Les troupes débarquées à Lequeitio sont des troupes de terre anglaises.

« Par l'évacuation des Asturies, à laquelle j'étais loin de m'attend re, d'après les dernières lettres de Votre Excellence, je me trouve, non-seulement découvert, mais hors d'état de conserver la province de Santander. Tomasera livré à lui-même, la Biscaye est ouverte de partout, et l'ennemi pourra en occuper tous les ports. Je suis entouré de bandes très-fortes, peu dangereuses par elles-mêmes, mais bien par la multiplicité de leurs mouvements sur les différents points derarrondisscment de l'armée.

.il8 MÉMOIRES DU DUC DE HAGUSE.

(( Dans cet état de choses, que puis-je faire, sans livrer le pays à l'ennemi, sans lui abandonner les moyens de nous soutenir par la suite, et toutes nos subsistances?

« J'envoie la cavalerie et l'artillerie, c'est tout ce qu'il est en mon pouvoir de faire, et Votre Excellence est trop juste pour exiger autre chose de moi. En ce moment, j'apprends que Bilbao est encore attaqué.

«Voilà ma position, monsieur le maréchal, elle est pénible sous tous les rapports et, certes, je n'ai pas beaucoup de moyens de Taméliorer. »

LE GÉ>'ÉRAL DIO MOiMJ.lVAULT AL" MRÉCHAL MAUMONT.

«Vnll:i,lolid, le 2S.i..in 1^1-2.

« Monseigneur, le mouvement du général Bonnet, ainsi que je vous l'annonçais par mes lettres précédentes, est réel; il était il y a trois jours à Aguilar del Campo, à dix-huit lieues d'ici. La lettre que j'ai l'honneur d'envoyer ci-jointe à Votre Excellence vous en instruira plus positivement. Le général Ouérin, qui a également reçu une lettre du général Bonnet, qui lui demande des nouvelles de ce qui se passe, a daigné me consulter afin de s'éclairer sur les intentions de Votre Excellence. Il rend compte au généi'al Bonnet de la position de Votre Excellence, et l'engage, dans le cas où il n'aurait

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pas d'ordres contraires, à se porter en ligne le plus rapidement possible. Veuillez, monseigneur, par le retour du paysan, envoyer des ordres pour cette division et dire si Ton a rempli vos vues. Quanta l'armée du Nord, jo commence à perdre l'espoir de voir arriver le général CafTarcUi, ni aucunes troupes de son armée. D'après la lettre qu'a reçue le général Guérin, il paraît positif que le 24 il n'y avait encore personne d'arrivé à Burgos. Les bruits courants, dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence, par mes lettres des 26 et '27, existent toujours ; mais plus le temps s'écoule, et moins ils méritent de confiance. Depuis trois jours on répète les mêmes choses, et nous n'avons pas aujourd'hui des nouvelles plus positives que lors de mon arrivée.

«Il paraît certain qu'un convoi de France est arrivé le 23 à Burgos, et que les troupes qui l'escortaient ont rétrogradé sur-le-champ sur Vitoria. Dans cet état de choses, monseigneur, je crois ma présence ici complètement inutile, et supplie Votre Excellence de vouloir bien me rappeler auprès d'elle. Car, ne pouvant remplir ici ses instructions, il m'est extrêmement pénible, dans un moment comme celui-ci, de me trouver éloigné de l'armée. Je ne puis aller plus loin , les communications n'existant pas. La seule ressource qui me restait, le convoi, reste ici. Quant aux nouvelles, le gouver-

neur et le commissaire de police ont plus de moyens que moi d'en avoir et d'en faire passer à Votre Excellence. J'implore donc de ses bontés de m'envoyer Tordre, par le retour du porteur, de rentrer près d'elle. Je n'ai négligé aucun moyen pour savoir ce qui se passe. Je me suis abouché avec tous ceux qui pouvaient avoir des nouvelles. J'ai fait partir les trois lettres de Votre Excellence pour le général Caffarelli, et j'en ai moi-même écrit une qu;itrième par un contrebandier très-adroit. J'espère ({ue Votre Excellence aura reçu mes quatre lettres, qui ont précédé celle-ci. — Des moissonneurs galiciens arrivent aujourd'hui ici, disant que Astorga a été pris le '25 du courant et que l'armée de Galice s'avance, sans donner d'autres détails. »

l,K MAHKCIIAL .lorP.DAN AU MAIIÉCIIAL MARMONT.

«Madrid, le 50 juin 1812.

On trouvera le texte de cette lettre dans les Mémoires du duc de lîaguse, page 222 de ce volume.

l.K iMARKCIfAL iMAHMO.M AU GK.NÉIIAL CAFFARELLI,

«Tor.lr-illiis, le 2 juillet 1812.

« Monsieur le comte, le 10 juin vous mavez écrit que vous rassembliez vos troupes pour venir à mon secours, et que vous feriez tout ce qu'on peut attendre d'un bon serviteur de l'Empereur.

L1V1U-: W BIS. - COUHESrOM)A!NCR. it>l

v( Le l i juin, vous m'avez donné les mêmes assurances avec plus do détail.

a Le '20 juin, en m'annonçant que l'envoi d'une portion de l'infanterie serait retardé, vous nVaiinoncez que la cavalerie et l'artillerie se mettent en marche; et aujourd'hui, '2 juillet, pas nu soldat, pas un canon de l'armée du Nord ne sont arrivés.

« Il eût mieux valu, monsieur te comte, ne rien promettre que ne rien tenir, car ces promesses ont influé sur toutes les dispositions que j'ai prises.

« Je ne sais quel sera le résultat de tout ceci; s il est funeste, je laisse à votre conscience à juger les causes qui l'auront produit, et s'il était plus conforme aux intérêts de l'Empereur, dans la crise où nous sommes, de s'occuper à combattre Longa-Heiiovalès ou lord Wellington. »

f,F (JKNÉnAI, CAFFAIIEI.I.I Al' MAIIKCIIAL MAUMO.NT.

a Vitom, le 11 juiIIl'I lSl'2.

« Monsieurlemaréchal, j'avais tout disposé pour faire partir ce matin de l'artillerie et delà cavalerie, et je devais les faire escorter par un régiment d'infanterie jusqu'à Burgos, où, se ralliantà d'autre cavalerie et à de l'artillerie, le convoi serait allé jusqu'à Valladolid; les mouvements de l'ennemi m'en ont empêché. Le port de Castro est pris, et en ce moment Portugalette, qui est à l'entrée de la rivière

de Bilbao, est vivement attaqué depuis trois heures du matin. Ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que je puis communiquer avec les troupes; je ne puis avoir des nouvelles ni de San Andeo ni de Pampelune. Les postes de l'Èbre sont attaqués; la communication avec la France est interceptée. Ce ne sont plus des bandes, ce sont des corps de trois à quatre mille hommes, organisés en bataillons, qui agissent sous la direction des Anglais. Tout le pays prend les armes; je ne pense pas cependant que cet état de choses puisse durer au delà de quelques jouis. J'attends une division qui devrait être arrivée à Logrono, et aussitôt j'espère que les choses changeront de face. Croyez, monsieur le maréchal, que je ne demande pas mieux que de vous seconder; mais, obligé de garder une ligne extrêmement étendue et ayant peu de moyens, je me suis vu forcé de (lilférer les choses les plus pressantes et les plus importantes; et je mets au premier rang celle de vous envoyer du monde.

(( J'apprends à l'instant qu'il est arrivé des troupes à Bayonne, et je dois penser (jue, le 15, il en partira pour Vitoria. Je donne ordre au 1" régiment (le hussards, au 31' de chasseurs et à un escadron arrivé depuis peu, de partir avec huit bouches à feu pour se rendre à Valladolid et d'y faire apporter du biscuit. J'ai prié Votre Excellence d'envoyer de l'infanterie pour prendre ce convoi: il l'attendra à

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