‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 44 sur 139 · I. IVliH XV BIS · texte numérisé non relu

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la correspondance de cette époque pourrait seule donner une idée des difficultés qu'il y eut à surmonter.

Une autre complication du commandement se trouvait dans les obstacles toujours renaissants à l'arrivée des détachements destinés à l'armée de Portugal ou à la rentrée de ses dépôts, établis précédemment sur des territoires qui ne lui appartenaient plus. Les détachements venant de France étaient arrêtés ou par le général de l'armée du nord de l'Espagne, ou par les autorités de l'armée du (Centre. En outre, Joseph s'était formé une garde composée de Français. L'Empereur n'ayant point autorisé un recrutement régulier de cette garde par l'armée française, des embaucheurs venaient séduire les soldats, les enlever, et porter ainsi la désorganisation dans les corps; et cela avec l'assentiment et par les ordres du frère de Napoléon.

A mon retour de Madrid, j'appris la catastrophe arrivée à la division du général Girard, appartenant à l'armée du midi de l'Espagne.

La partie de l'Estramadure la plus voisine du Tage, les arrondissements de Tnixillo et de Caceres, étaient compris dans le territoire de Farmée de Portugal. Je pouvais donc y lever des contributions. J'avais évacué Truxillo devenu un lieu pestilentiel. D'après cela, je ne pouvais occuper Caceres, poste

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très-rapproché du Portugal, et qui se serait trouvé isolé et sans soutien. Je me bornai à décider que, (l'époque en époque, on y ferait des incursions pour y percevoir les impôts. Dans aucun cas, les troupes de l'armée de Portugal, en s'y rendant, ne pouvaient être compromises, parce que leur retraite était sur les ouvrages d'Almaraz, c'est-à-dire du côt^ absolument opposé à celui par lequel l'ennemi pouvait se présenter.

Le maréchal Soult, voyant Caceres sans garnison, voulut mettre cette ville à contribution. En conséquence, il dirigea de Merida le général Girard avec une petite division de trois mille hommes, et par une marche parallèle à la frontière ennemie. Le général Girard, ayant eu de la peine à obtenir des habitants la somme demandée, et, d'ailleurs, se trouvant bien dans cette ville, y resta plus de quinze jours. Le '27 octobre, il en partit sans défiance, sans précaution, et sans se faire éclairer par sa cavalerie légère. Arrivé à Arroyo-Molinos, une forte pluie détermina chacun à chercher un abri. Le relâchement dans le service et l'imprévoyance du général étant portés à leur comble, personne ne fut averti de l'arrivée de la division Hill, qui se présenta devant la division Girard par le chemin de Merida. Plus de la moitié des soldats, l'artillerie, les bagages, et l'argent furent surpris et enlevés. Ainsi cette opération, mauvaise en elle-même, de-

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vini honteuse parla manière (loiilcllc fut exécutée. Mais, chose curieuse! le maréchal Soult prétendit que ce mouvement, ordonné par lui, avait eu pour objet de faire une diversion en faveur de l'armée de Portugal, pendant son mouvement sur Ciudad- Ilodrigo. Or il est bon de remarquer que cette prétendue diversion n'était pas un mouvement offensif sur l'ennemi, mais seulement une promenade hors de la ligne d'opération, dont le résultat était d'amener ce petit corps dans un cul-de-sac, et que ce mouvement, commencé le 10 octobre et terminé le 27, s'accordait si peu avec ceux de l'armée de Portugal, que celle-ci avait quitté Ciudad-Rodrigo le 29 septembre et était rentrée dans ses quartiers le 7 octobre, c'est-à-dire trois jours avant le commencement du mouvement du général Girard.

L'époque où nous sommes arrivés est celle où le maréchal Suchet, après la prise des places d'Aragon, était entré dans le royaume de Valence. Sagonte s'était rendue. Il fallait maintenant compléter le succès de cette campagne par la prise de Valence, où les restes de l'armée espagnole commandée par Blake étaient réunis. Cette opération, regardée comme importante, pouvait rencontrer des difficultés. Elle était l'objet de la sollicitude très-vive et de Joseph et de Napoléon. Lors de mon voyagea Madrid, Joseph me parla de l'utilité qu'il y aurait à faire un détachement sur Valence pour

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