‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 113 sur 247 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

L'Empereur vint se reposer dans la position du centre, que j'occupais, et y fit élever sa tente. Mes ti*oupes étaient formées en colonnes et les armes en faisceaux. Tout à coup la plaine entière se trouve couverte de fuyards : plus de dix mille hommes^ chacun marchant pour son compte, se précipitent dans la direction du Danube; des hussards, des cuirassiers, des soldats du train avec leurs attelages, etc., présentant ainsi le plus horrible spectacle. Mon corps d'armée court aux armes; nous attendons ce qui va arriver de cette bagarre, et nous nous disposons à bien recevoir l'ennemi. J'eus lieu d'être content de l'attitude de mes troupes, et je jouis de leur indignation au spectacle qu'elles avaient sous les yeux. Cette foule insensée s'écoula, s'arrêta derrière nous, et l'ennemi ne parut pas. Des coureurs du corps de l'archiduc Jean avaient jeté une terreur panique parmi des soldats en maraude el d'autres occupés à abreuver les chevaux.

Les terreurs paniques sont un triste symptôme de l'état moral d'une armée. Il en est arrivé quelquefois dans les armées françaises; mais ce n'est jamais dans leur bon temps. L'armée d'Austerlilz et celle d'Iéna n'en ont pas offert d'exemple.

Les paniques sont toujours la preuve d'un grand relâchement dans la discipline, d'un défaut de confiance et d'une altération dans les vertus niililaires. Jamais les troupes que j'ai commandées n'ont pré-

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sente un pareil spectacle, excepté un seul régiment à Lutzen, comme je le raconterai en son temps; et encore était-ce un régiment de nouvelle formation <|ui venait de me rejoindre, et dans l'obscurité de la nuit.

L'Empereur me donna ordre de déployer mes troupes et de les faire camper en carré autour de sa tente. Ainsi gardé, il pouvait reposer avec S4*- <iurité.

Telle est la célèbre bataille de Wagram, la plus grande bataille des temps modernes en nombre dhommes combattants , réunis ensemble sur le même terrain à la vue de l'observateur. Il v avait trois cent mille hommes dans les deux armées, et, d'une extrémité d'une aile à l'extrémité de l'autre, deux lieues et demie de distance environ. On peut se figurer la heauté et la majesté de ce spectacle. Nous avions sept cents pièces de canon attelées, et l'ennemi en avait cinq cents. Ainsi douze cents bouches à feu se sont fait entendre en même temps <1ans cette espèce de champ clos. Nous avons consommé, pendant la bataille, quatre-vingt-quatre mille coups de canon, et eu vingt-sept mille hommes hors de combat.

Assurément la bataille a été gagnée, et l'ennemi no Ta pas coiit(*sté. Nous l'avons forcé à se retirer; ses altaquos ont été infructueuses; nous nous sommes einparrs de tout le terrain sur lequel il a com-

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