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des hommes, règle €!ônslante des habitudes de leur vie et de leur manière d'être, se retrouve toujours dans les grandes occasions, et Soult, pour son malheur et pour celui de son armée, ne put échapper au sien en cette mémorable circonstance. Il se trouva sans résolution au moment d'agir et sans force au moment du danger, et la présence d'une armée si belle, que le hasard avait réunie un moment et placée dans une situation si favorable, ne servit quà montrer de nouveau et son incapacité et la fortune de Wellington.
La fête de l'Empereur arriva. Elle fut célébrée dans tous les corps d'armée et à Vienne avec une grande pompe. L'Empereur donna beaucoup de récompenses, et, entre autres, il fit princes Masséna et Davoust, et leur donna d'énormes dotations. Il était constamment occupé à stimuler les ambitions, et, à mesure que l'un s'élevait, il créait un échelon de plus pour donner l'envie d'y arriver et prévenir le sommeil dans le poste où l'on était arrivé. Pourvu du titre de duc et de maréchal d'Empire, l'ambition semblait devoir être satisfaite; mais il fallait â l'instant voir le néant de ce que l'on possédait; car c'est ainsi que l'ambitieux envisage sa situation quand il n'est pas arrivé au dernier terme. Aussi, pour tout le monde, dans toutes les situations, c'étaient des accès d'une fièvre dont chaque jour augmentait l'activité.
â6t> MÉMOIRES DU DUC DE RA6USE.
A cette époque, les Anglais tirent sur Anvers une expédition^ commandée, si je ne me trompe, par lord Cliatani. Ils y employèrent des forces considérables, et, malgré cela, échouèrent. Cependant rien n'était préparé de notre côté pour la défense, et la résistance de Flessingue, poste avancé d'Anvers, avait été nulle. Le général Monet s'y était mal conduit. Je n'en éprouvai aucune surprise : je l'avais jugé un mauvais officier, beaucoup plus occupé à s'enrichir (mi faisant la contrebande qu'à remplir ses devoirs. Un bombardement de deux jours le fit capituler. Dans Tétat où était Flessingue, avec les travaux exécutés, cette place pouvait facilement tenir pendant quinze jours de tranchée ouverte.
La reddition subite de Flessingue ouvrit l'Escaut à rennomi. Anvers était sans garnison; mais il renfermait tout le pei^onnel d'un grand port : beaucoup d'ouvriers; le fond de plusieurs équipages, et ensuite les équipages mémos des vaisseaux qui devaient s'y réfugier et quitter leur station dans la rade do Flessingue. Le conseil des ministres envoya IJornadotte pour commander à Anvers, et mobilisa beaucoup de gardes nationales qui furent dirigées sur co point. Le choix de Bernadotte déplut à l'Empereur. Sa conduite à Wagram lui avait laissé une profonde impression de mécontentemont. Il révoqua co choix aussildl, et remplaça
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Bernadolte par le duc d'Istrie, alors à Paris, par suite de la légère blessure reçue à Wagram. La défense d'Anvers s'organisa. Les Anglais mirent unegrande lenteur dans leurs mouvements; les maladies, si communes dans le pays en cette saison, ravagèrent leur armée, et ils durent assez promptement songer à la retraite.
L'Empereur en éprouva une grande joie; il se livra à un mouvement d'orgueil légitime. La majesté de l'Empire lui semblait suffire pour rendre^ son territoire inviolable : la terre seule de France rejetait d'elle-même l'étranger qui osait la souiller. Cela était vrai, cela sera toujours vrai, quand 1& patriotisme des Français ne sera pas neutralisé par leurs divisions, quand un sentiment unique animera toute la nation, quand surtout, en défendant son gouvernement, elle croira défendre ses richesses, son bien-être et sa liberté.
L'Empereur s'égayait beaucoup, à cette époque» sur le compte des marins. Ceux-ci avaient toujours prétendu que la navigation de l'Escaut présentait de grandes difficultés pour les vaisseaux de^ ligne. Les bancs au-dessous d'Anvers empêchaient, disait-on, de les armer avant d'être arrivés dans là rade : enfin il était prudent de se servir de chameaux * pour descendre les vaisseaux jusqu'au lieu
« Les chnmeaux sont doux corps creux ou grandes caisses, dont un i<*U' M la courbuix* de la inui-aillc d'un vaisseau, de manière qu'ils s'ap-
2(i8 MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
(le leur aniiemenl. Ce mode de transport, de tout temps on usage en Hollande, avait été proposé pour Anvers, a £h bien! disait Napoléon en riant de tout son cœur, voyez les beaux effets de la peur! L'escadre de l'amiral Missiessy était dans la rade de Flessingue, prête à mettre en mer, armée, approvisionnée, ayant son eau à bord; l'apparition des Anglais a produit un effet tel, que l'escadre, dans cet état, a remonté l'Escaut par un vent peu favorable, en louvoyant sans s'échouer, et elle s'est si bien trouvée de ce mouvement, que quelques vaisseaux ont dépassé Anvers et sont çntrés dans le Rupel, un de ses affluents. A quelque chose malheur est bon : les Anglais nous auront appris toute la valeur et toutes les propriétés de cet établissement maritime. »
A l'occasion de la descente des Anglais, j'offris à l'Empereur et je fis remettre par son ordre, au ministre do la guerre, un travail fort circonstancié, fait pendant mon s(!Jour en Hollande, sur la défense do la Zélando et sur les movens de communication possibles entre les lies, malgré des forces maritimes supérieures.
L'éloignement de Napoléon pour Bernadottc da-
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