‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 135 sur 247 · LIVRE XII. — CORRESPONDANCE. Î9i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — CORRESPONDANCE. Î9i

MARyONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

« 27 juin i!^ OU.

« Monseigneur, je viens de recevoir la lettre que Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de m'écrire le 25 au soir.

« Un événement aussi étrange qu'imprévu m'a empêché d'arriver le 25 devant Grâtz, ainsi que je vous lavais annoncé : le général Montrichard, sans motif et sans prétexte, a trouvé convenable de ne pas marcher le 25 ; et, comme je l'attendais pour déboucher, mon mouvement a été d'abord suspendu, et j'ai éprouvé sur son compte les plus vives inquiétudes. De nombreux officiers que j'avais envoyés m'ont enfin appris qu'il était resté sur les montagnes de Pack. Je l'ai fait partir dans la nuit, mais il était trop tard pour qu'il n*y eût pas un jour de perdu. Je profite de cette occasion pour supplier Votre Altesse Sérénissime d'obtenir de Sa Majesté le changement du général Montrichard; c'est la dixième fois qu'il compromet le sort de l'armée par sa conduite irréfléchie et son insouciance : c'est un de ces hommes qui ne peuvent que causer des événements malheureux à la guerre. J'ai été au moment de lui ôter sa division et d'en donner le commandement provisoire au général Delzons; mais j'ai pensé qu'il était plus convenable d'attendre les ordres de Sa Majesté.

NAPOLÉON A MARMONT

c SchcBobrunn, le 28 juin 1809, dcuI licurcs du matio.

a Monsieur le duc de Raguse, le 27, vous n'étiez pas à Gnitz. Vous avez fait la plus grande faute militaire qu'un général puisse faire. Vous auriez dû y être le 23 à minuit, ou le 24 au matin. Vous avez dix mille hommes à commander, et vous ne savez pas vous faire obéir; au fond, votre corps n'est qu'une division. Je crois que Montrichard n'est pas grand'chose; mais vous avez mauvaise grâce à vous plaindre. Que serait-ce si vous commandiez cent vingt mille hommes? D'ailleurs, une désobéissance formelle serait criminelle; c'est un malentendu, et comment peut-il y en avoir quand on n'a que dix mille hommes? Marmont, vous avez les meilleurs corps de mon armée : je désire que vous soyez à une bataille que je veux donner, et vous me retardez de bien des jours. 11 faut plus d'activité et plus de mouvement qu'il ne parait que vous vous eh donnez pour faire la guerre. — Vous aurez peutêtre, enfin, battu aujourd'hui Giulay. 11 est bien nécessaire que je puisse savoir à quoi m'en tenir^ où vous êtes, et où se ralliera l'ennemi autour de Gràtz. Il est important qu'il soit dispersé de manière qu'il ne puisse pas se réunir de bien des jours. »

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