LIVRE XIII. — COREESPO.XDAIfCE
« Le 29, Roustan-Bev surprit un de nos postes du régiment d'Ottochatz, et brûla le village de Neblue. Les rapports d'hier m'annoncent qu'il marche contre le capitaine de Vakup, pour le forcera rentrer dans sa ligne; le capitaine de Yakup, qui ne veut pas manquer à ses engagements, et qui est peu en état de lui résister, m'en fait prévenir, aûn que je mette à l'abri les terres du régiment de Licca et que je lui donne à lui-même des secours qui vont lui devenir extrêmement nécessaires.
ce Telle est la situation actuelle des choses.
a II y a trois partis à prendre dans cette circonstance : ou rester en position comme j'y suis, ou retenir les troupes françaises et abandonner les Croates à eux-mêmes, ou en imposer aux rebelles par un exemple.
c< Premièrement, je ne puis rester dans la situation où je me trouve, car les troupes, accumulées, souffrent, et cette situation exige des frais. D'ailleurs, l'intendant général, ne faisant rien pour accroître nos revenus, quelque chose que noUs ayons arrêté ensemble et qilelque instantes que soient mes sollicitations pour leur exécution, il devient très-urgent de renvoyer deux régiments en Frioul. Ainsi il faut donc penser à évacuer prompteroent la Croatie; mais faut-il le faire sans avoir d'autres garanties de la tranquillité publique? Je ne le pense pas.
400 MÉMOIRES DU DUC DE nAGUSR.
« Si presque en présence de l'arraée française les Turcs viennent brûler les villages, ils le Teroot avec bien plus de confiance lorsqu'ils n'auront à combattre que les Croates armés en petit nombre, qui ont une étendue de pays de quarante lieues a défendre, et dont la frontière est tellement déchiquetée par les invasions des Turcs, qu'il faudrait le double de monde de ce qu'elle exige ordinairement pour être tenue avec la même sûreté.
(c Mais quel serait le résultat infaillible de ce parti? D'un côté, les rebelles ne mettraient plus de bornes à leur insolence et à leurs prétentions; les capitanats de Vakup et d'Ostrerezxa seraient dévastés pour avoir été obéissants envers le Grand Seigneur et s'être conduits en bons voisins envers nous, et forcés probablement à se réunir à em pour renouveler l'invasion du régiment de Lieci. Tous les vagabonds et les bandits de la Bosnie, oe^ tains de l'impunité, viendraient se réunir à Ro»* tan-Bcy pour accroître ses forces, et les autres Ch pitaines des confins, qui, jusqu'ici, ont été fidtibi auraient peut-être bien de la peine & résister lU efforts de leurs populations, qui seraient jalouM des avantages des autres, attendu que cette guerre est une guerre de propriété, et qui a pour but de procurer des champs à cultiver.
(( De l'autre côté, les Croates, qui sont si sali^ faits, qui attendent toutes sortes de biens du noo*
LlVRt XllI. — CORBESrONDANCE 401
vel ordre de choses, qui sont si fiers d'appartenir à l'Empereur, qui ont de si bonnes dispositions à l'aimer et à se dévouer à son service, n'auraient plus aucune espèce de confiance en nous ni dans la sollicitude du gouvernement pour eux, et plus de vingtcinq mille individus, qui sont sans asile, qui n'ont pas un pouce de terre pour pourvoir à leur subsistance, seraient forcés d'émigrer et de passer en Autriche.
« Je le demande à Votre Excellence, quelle perte ! quelle désorganisation du pays! quel effet funeste dans l'opinion! et tout cela pour avoir encore une guerre interminable, et qui nous forcerait à revenir ici dans un mois.
« Si, au contraire, j'impose aux rebelles immédiatement en déployant mes forces, qui sont toutes rassemblées, tout rentre dans l'ordre, et il est rétabli pour toujours. Le capitaine de Vakup est présenré et nous reste attaché; la population des autres capitanats, qui pourrait avoir envie de remuer, malgré le capitaine, rendra grâce à la sagesse de leurs chefs, qui, jusqu'ici, les ont maintenus en amitié avec nous.
« Je fais rétablir en peu de jours les redoutes et les retranchements qui défendent toute la frontière, et qui permettent aux Croates de la garder avec peu de monde.
c( Et quel inconvénient peut avoir ce parti? Cette
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i02 MEMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
afTaire est étrangère au Grand Seigneur, puisqu il a donné deux firmans pour rétablir la paix de la frontière et nous rendre le terrain usurpé.
« Cette affaire n'est pas celle du vizir, car il n'a cessé de donner des ordres, des exhortations, et de faire des menaces. Enfin, elle nest pas celle de la
province; car je sais, à n'en pouvoir douter, qut
toute la Bosnie s'est constamment prononcée contre 4*ette usurpation, et que, en dernier lieu, les cin- <|uante principaux personnages de cette province venus en doputation ont mis tout en usage pour nous faire rendre justice.
« C'est donc une affaire qui regarde deux misérables insensés, et quelques brigands qui se croient invincibles, parce qu'il y a un an ils ont massacré des vieillards et des enfants.
« Je pense donc, monsieur le duc, qu'il n'y s pas :t balancer, et que je dois rétablir Tordre par la force; et, quoique cette disposition soit contrain au texte de mes instructions, cette circonstance me |)arait être une de celles où, vu l'éloignementj iu général investi de la^confiance de son souveraine doit |)as craindre d'engager sa responsabilité. Ea ooiisé({uence, je vais me porter avec tous mes moyens réunis devant le régiment d'Ottochati, faire rétablir les redoutes, corps de garde retranchés, et la ligne des postes, qui doivent mettre à labri ce régiment, et, s'il le faut, brûler qudques