‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 198 sur 247 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

SoMUAine. — Rélablisscmonl du commerce de Trieslc avec le Levant. — Bailliages du Tyrol. — Dépulalion des provinces illyriennes au courouuement. — tlmploi du temps. — Noblesse de la Carniole. — Le prime d'Auersberg. — Chasse à l'ours. — I^ Louise n-Strasse. — Le prince Die- (richstein. — Les tribunaux. — Relations avec TAutridie. — Projet de fortification pour les provinces illyriennes. — Mines d'Idria. — Lac de Zirknitz. — Le duc de Ragusc demande et obtient un congé. — Anrelio d'Amitia. — La reine de Nuples. — Prétentions i une découverte scicntilique. — Dépnrt p<uir Paris. — Accouchement de rimpératnce. — AfTaires «l'E>|uj;ne. — .M.Lsséna. — Le général Foy. — Le duc de Ragiise est nommé commandant du l'armée de Portugal.

J'avais pensé de bonne heure à établir une branche importante de commerce entre Trieste et la Turquie, parla Croatie. Le blocus continental privait la France de coton, et les nouvelles manufactures pour la fabrication des étoffes de cette espèce souffraient beaucoup par la disette et le prix des matières premières. Les transports étant au plus bas prix en Turquie, on pouvait peut-être rivaliser avec les transports par mer. En effet, des transports effectués à travers des pays fertiles, mais incultes, qui fournissent sans frais la nourriture des bestiaux qui les traversent; le peu de valeur des chevaux de bat employés; la sobriété des sujets turcs et le bas

4^i MKMOIRKS DU DUC UE RAGUSE.

prix de leur entretien, me firent supposer* qu'avec des soins mon plan était exécutable. H fallait d'abord commencer par assurer une protection spéciale aux caravanes. Les Turcs, dont c'était Tintérêt, s'en occupèrent et y parvinrent. De mon côté, je m'occupai de leur donner toute espèce de facilités et do sûretés en Ulyrie. D'abord un grand lazaret avec d'immenses magasins; puis des transports (le voitures à bon marché pour aller de Costanitza à Trieste, car on ne pouvait recevoir et laisser conduire cette multitude de chevaux de bât, qui n'auraient, pas trouvé dans la route des terrains abandonnés où ils pussent paître, et encore moins payer leur consommation. Je fis faire tous les calculs, rédiger un mémoire circonstancié, et j'envoyai ces propositions à l'Empereur, qui les adopta avec empressement. Il restait à empêcher les cotons envoyés de Constantinople à Vienne par la mer Noire et le Danube, d'entrer en (Vance par Strasbourg. (lotte nécessité fut comprise : un droit de deux cents francs par quintal, mis à la douane de Strasbourg, remplit cet objet, et dès lors rillyrie fut la route naturelle dos cotons qui venaient de Smyrne et étaient destinés pour la France.

(les transports très-longs exigeaient de grands capitaux, et, pour faciliter le crédit des négociants français , une ville d'entrepôt était nécessaire. Trieste se trouvait être naturellement cette place;

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elle fut déclarée telle, et reçut tous les privilèges qui eu découlent. Je communiquai ces projets aux négociants de Trieste, dont l'existence se trouvait ainsi ranimée. Tout avait été si bien prévu pour l'exécution, et de si bonne heure, que, dès le moisi de septembre 1810, les premières balles de cotonj arrivèrent à Trieste. Dans le cours de Tannée 18H, soixante mille balles y furent emmagasinées; le nombre s'augmenta et arriva depuis jusqu'à deux cent mille par an. Ce transport et ce commerce ont été d'un puissant secours pour l'industrie française pendant ce temps de souffrances et de misère; ils ont été le salut et la fortune de Trieste et de tous les pays qu'ils traversaient; ils ont enfin diminué puissamment pour eux les calamités qu'entraînait après lui le système continental.

Pendant la tournée dont je viens de rendre c/)mpte, je donnai l'ordre de prendre possession de dt.*ux bailliages du Tyrol, cédés par la Bavière aux provinces illyriennes, ceux de Lienz et de Sillion. Cette réunion complétait ces provinces comme frontière militaire de cette partie de l'empire.

A mon passage à Yillach, une maison d'éducation de femmes, connue sous le nom de Congrégation des vierges, établissement reconnu utile et jouissant des faveurs de l'opinion publique, était dans une grande détresse : je m'en fis rendre compte; je pourvus à ses besoins et j'assurai sa conservation.

A^ ML NOIRES UU DtC DE RAGUSK.

Jr rentrai enfin à Laybach, après une absence de plu< de deux mois.

lai oublié de rendre compte de l'envoi d'une déf'Utaiion des provinces illvrîennes pour complimenler TEmpereur hommage d'usage en pareille cir constance, mais qui avait alors un but particulier d'utilité. TU le grand éloignement de la France de ce }i.iy5. et la différence de ses mœurs. Un reflet de i ivlat du trâne impérial et de Paris devait frapper It^ noureaux sujets qui n'avaient qu'une idée oonfiise de notre crandeur. En conséquence, je multipliai beaucoup les députés. Chaque province eutsoa reprt>>entant. et chaque régiment croate fut oonsidérè comme une province.

Le colonel Slivarich. seul des colonels sortant da service d'Autriche, et auquel j'avais confié le cooinandement du l'' régiment, fut chargé de présider lui-même la députation militaire des six régime nt:>.

Je choisis jK)ur chef de la députation M. Calafiitli, Dalmate fort considéré, homme d'esprit, auqud JV vais conliê l'intendance de Trieste et de l'Istrie.Soi nicrite particulier et la situation de sa famille m'avaient fait déroger en sa faveur au principe, nifi toujours en cas pareil y de choisir les députés ait leui*s que dans les employés du gouvernement.

Ceux qui composaient cette députation étftieM au comble de la joie et du bonheur. Galafatti sar-

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