LIVRE X. — 18OC-I
très-pluvieuse, les eaux du lac s'élèvent davantage. Alors, si Ton suppose que, dans le Biocovo, il existe un syphon communiquant avec la mer, et que, dans ces années d'exception, le niveau du lac dépasse le niveau du coude du syphon, celui-ci est aussitôt rempli, il fonctionne, et, sa courte branche aboutissant au point le plus bas du lac, celui-ci est mis à sec. Cette explicafion satisfait l'esprit sur le phénomène et semble ne laisser rien à désirer. Autre singularité : le lac souterrain, recevant les eaux, conserve aussi les poissons, et les pècheui*s placent leurs filets aux roragines ou gouffres, à l'arrivée de l'eau comme à son départ.
Je reviens à la construction des routes. La partie que j'ai décrite fut faite comme par enchantement. Ces travaux me donnèrent beaucoup de popularité. Les peuples aiment à voir l'action de la puissance^ quand elle est salutaire ou glorieuse; ils aiment à voir leurs chefs parler à Vimagination^ par leurs actions. Les Dalmates disaient et répétaient, dans leur langage rempli d'images : « Les Autrichiens, pendant huit ans, ont fait et discuté des plans de route sans les exécuter; Marmont est monté à cheval pour les faire faire, et, quand il en est descendu, elles étaient terminées. » Je me rendis à Raguse pour faire l'inspection des travaux ordonnés, et je fus content de l'état dans lequel je trouvai toute chose.
m MÉMOIRES DU DUC DE RAtiUSE.
Le 20 avril, d'après Tordre de l'Empereur^ et à la demande du général Sébastiani, je préparai l'envoi à Conslantinople de cinq cents canonniers et sapeurs. Des (irmans du Grand Seigneur me parvinrent pour autoriser leur entrée en Bosnie. Je ne perdis pas un moment pour l'exécution de cette importante mesure; mais, au moment de mettre la troupe en marche, les firmans ne se trouvèrent pas en règle : ils ne portaient que le nombre de trois cents hommes, ensuite le pacha, par une sollicitude dont je ne pus admettre la nécessité, voulait que les canonniers marchassent par détachement de douze à quinze. .11 en résulta une discussion qui fit perdre beaucoup de temps.
Enfin, le 0 juin, le détachement entra en Bosnie, pourvu de tout ce dont il pouvait avoir besoin, ayant l'argent nécessaire à sa dépense pendant toute sa route, et sous le commandement du souschef de mon état-major, le colonel Delort. Le pacha de Bosnie le reçut avec beaucoup d'égards et de soins; mais, après avoir dépassé Traunich, la nouvelle de la catastrophe de Sélim étant parvenue, et le commandant du détachement ayant reçu iine lettre de Sébastiani qui lui prescrivait de rentrer en Dalmalie, il revint sur ses pas. On ne savait pas quel système politique suivrait Mustapha, successeur de Sélim. Les institutions nouvelles, et conformes aux usages des peuples civilisés, étaient Tobjet