‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 207 sur 247 · III · texte numérisé non relu

III

tioii : il nomma une commission pour m'entendre : deux séances suffirent pour lout expliquer, tout faire comprendre, et tout terminer. On adopta sans restriction toutes mes idées. J'obtins la grâce de tous les Dalmates condamnés pendant la guerre pour délits politiques; j'obtins aussi pour les lll\riens la participation au cabotage des côtes d'Italie, réservé jusque-là aux seuls Italiens. Dans la discussion de tous ces intérêts, on vanta peut-être avec excès mes connaissances en législation, en administration et en politique.

Je vis alors pour la première fois la nouvelle Impératrice : je trouvai en elle de la dignité et cette expression de bonté qui est Tapanage de toute sa famille.

Le moment des couches de Marie-Louise approchait : l'agitation était dans tous les esprits! Que d'espérances! quel prix on mettait à la naissance d'un iils! Le 19 mars, l'Impératrice ressentit h's premières douleurs, et tout ce qui tenait à la ( our se rendit aux Tuileries. Nous passâmes la nuit dans le salon bleu, où aujourd'hui reçoit madame la Dauphiiie. A cinq heures du matin, Dubois ayant annoncé (|uo, selon les apparences, Taccouchement n aurait pas encore lieu, chacun se retira chez soi. A six heures, le canon annonça la délivrance de l'hniM'ratrice : le nombre des coups de canon devant lairr connaître le sexe de l'enfant, tout le

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monde compla avec soin jusqu'au vingt-deuxième; on courut ensuite aux Tuileries pour féliciter TEmpereur. On a I>eaucoup argumenté sur les circonstances de cet accouchement si brusque pour faire croire à la supposition d'un enfent. Le renvoi des courtisans fut une maladresse; mais jamais rien n'a été moins fondé ni plus calomnieux que le bruit répandu alors.

On en a dit autant depuis, et ayec une aussi grande injustice, lorsque madame la duchesse de Berry accoucha du duc de Bordeaux avec encore plus de promptitude.

C'était mon troisième voyage à Paris depuis TEmpire. Quel que fût mon goût pour les camps, et ma passion pour la guerre, je jouissais vivement de ce séjour; mais il ne devait pas se prolonger beaucoup. Je ne devais plus revoir qu'une seule fois, à répoque de son déclin, après les désastres de Moscou, cette cour alors si grande, si éclatante et si magnifique.

Masséna avait été envoyé en Espagne Tannée précédente pour prendre le commandement d'une armée forte et bien pourvue, destinée à faire la conquête du Portugal. Arrivé jusque devant les lignes de Lisbonne, il n'osa pas les attaquer. Les besoins do toute espèce, la misère, la disette, assaillirent bientôt cette armée, la désorganisèrent et la forcèrent à la retraite.

Le général Foy, envoyé par Masséiia, avait in- Ibrnié l'Empereur de la situation des choses. Des divisions fâcheuses existaient dans Tarmée. Masséna, vieilli, s'était trouvé au-dessous de lui-même; son rôle, malgré ses grandes qualités comme homme de guerre, aurait été d'ailleurs au-dessus de ses facultés, même dans son plus beau temps : il n'était donc pas étonnant qu'il n'eût pas réussi. Mais je n'anticiperai pas sur le récit de ces événements, dont je vais m'occuper immédiatement. Il formera le préambule de l'histoire de mes campagnes dans la Péninsule, du compte rendu de mes opérations. La retraite résolue s'exécuta, et l'armée se rapprocha de la Castille, ayant à sa suite l'armée anglaise.

L'Empereur, décidé à rappeler Masséna, me proposa de le remplacer et de prendre le commandement de cette année; tâche difficile dans les circonslanccs où elle se trouvait! Je crus cependant que celte tâche n'était pas au-dessus de mon zèle. L'Empereur me fit, suivant son usage, les plus belles promesses en secours de toute espèce : on verw comme il les a tenues. •

J'allais chercher de la gloire, il voulut stimuler mon ambition : c*était un moyen superflu pour exciter mon ardeur. Il me dit, quand je le quittai. ces projues paroles : « En Espagne sont les grandes réc(un[»enses. Après la conquête, la Péninsule esl

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destinée à être divisée en cinq États gouvernés par des vice-rois, qui auront une cour et jouiront de tous les honneurs de la royauté; une de ces viceroyautés vous est destinée : allez la conquérir et la mériter. »

Je partis avec le litre de commandant du sixième corps, qui faisait partie de Târmée du Portugal : à mon arrivée, je devais trouver mes lettres de service comme général en chef, et le rappel de Masséna. Je me mis en route le 26 avril 1811, et je rejoignis l'armée le 6 mai, le lendemain même du combat de Fuentes-de-Onoro. L'armée étant réunie sous les murs de Ciudad-Rodrigo, Masséna m'en remit le commandement et partit pour rentrer en France.

CORRESPONDANCe ET DOCUMENTS^

r.EL\TIFS AU LIVKE QUATOHZIÈIIE

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