‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 213 sur 247 · LIVRE XIV. - COBBKSPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. - COBBKSPONDANCE

étranges et incroyables; mais elles n'en sont pas moins vraies et à la connaissance de tout le monde. Les voici :

« M. d'Auchy avait pris en aversion la Dalmatie, et, quelque chose que j'aie faite et quelque promesse que j'en aie obtenue, ce qui est constaté par le procès-verbal de nos séances, il n'a jamais voulu s*occuper ni envoyer des secours. Ce n'est que pendant le mois de juin qu'il a commencé à faire quelques dispositions de fonds pour ce pays.

« Le prétexte d'absence de ressource ne peut le justifier; car jamais je ne lui ai demandé des envois de fonds que lorsque j* avais la connaissance des moyens existants; et c'est précisément lorsqu'il manquait à ses engagements qu'il payait avec profusion des fournisseurs qui étaient ses favoris.

c( Lors de la vente des marchandises coloniales, j'avais proposé à M. d'Auchy d'admettre les régiments en payement de leur solde, dans l'achat de ces marchandises. Il en résultait un recouvrement et payement sans numéraire, dont la rareté était un obstacle de plus. M. d'Auchy n'a étendu cette lisposition qu'aux fournisseurs, et des sommes rès-considérables ont disparu lorsque les troupes étaient dans le plus grand besoin.

<c Enfin M. d'Auchy a mis une telle volonté et une elle négligence dans cette partie du service, qu'il vait oublié ou feint d'oublier qu'il existait dans

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la caisse du receveur, à Zara, cent mille francs: tandis que le préposé du trésorier n'avait pas un sou, que tout le monde était dans le besoin, et (ju'cn ayant été instruit j'ai dû lui écrire, le m juillet, pour le presser de donner Tordre de faire verser des fonds, de manière à ce qu'on put en faire l'emploi pour le payement des troupes.

« Pendant ce temps de disette et de besoins, lorsque M. d'Auchy ne voulait s'occuper ni de la Dalmatie ni des troupes qui y sont en garnison, il donnait, sans ma participation, sans mon consentement, et outre mesure, des sommes à l'administration d'Idria pour des travaux qui nous sont étrangers, travaux dont il fallait sans doute empAcher la suspension, mais qu'il ne fallait pas traiter plus favorablement que les troupes.

(( 11 est du, en outre, aux troupes, d'assez fortes sommes sur Tan 1809; mais, comme Tadministration (les provinces illyriennes commence au l'' janvier INIO, nous n'avons pas payé des dettes antérieures. Bien plus, le ministre du trésor public ayant envoyé, au mois de février, huit cent mille francs en numéraire pour payer ce qui était dû aux troupes sédentaires de la Dalmatie pour Tan 1809, nous avons étr obligés d'en prendre une partie pour faire la soldedes troupes dans les provinces conquisrs. parce ({ualors on était dans le plus fort de la "**is(' du papier, crise ({ui n'est pas encore passée.

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et qui était telle alors, que nous ne pouvions pas nous promettre la rentrée de mille louis.

a Mais les fonds sont compensés par une solde de huit cent quatorze mille francs, qui nous est due par la caisse de la cinquième coalition^ et qui servira à solder toutes les dépenses de l'année pour ran 1809,

a Votre Excellence pourra se convaincre, d'après ce qui précède et qui est de la plus rigoureuse vérité, que, si le sort des troupes de Dalmatie n'est pas le même que celui des provinces cédées, c'est que mes efforts, pour le bien du service de TEmpereur, étaient impuissants lorsque M. d'Âuchy était ici.

<c Notre situation à cet égard a beaucoup changé, 5t je ne doute pas qu'avec le concours de M. Belleâlle et les bonnes dispositions qu'il annonce nous te fassions tout ce qu'on peut attendre du zèle le lus pur et le plus soutenu.

« Notre situation serait meilleure si M. d'Âuchy rait voulu plus tôt, et d'une manière plus comète, s'ocouper des moyens d'augmenter les reveis^ Mais il a été sourd à ma voix, en cela comme i toute autre chose; et je n'ai pas à me reprocher ; l'avoir laissé ignorer, car j'ai la crainte même d'air répété trop fréquemment combien son inertie, 1 insouciance et sa mauvaise volonté étaient fuites. Mais il faut que Sa Majesté sache qu'en ce

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moment même pas un seul octroi n'est établi, et cependant c'était un des moyens les plus simples et les plus prompts d'augmenter les revenus.

c( Une chose aussi qui est indispensable à ramélioration de nos finances, c'est la mise en activité da Code Napoléon, sans lequel nous ne pouvons établir l'impôt sur l'enregistrement, et que le retard prolongé de M. Cofinhal ajourne indéfiniment. Chaque mois de retard prive le trésor des provinces illyriennes de cent cinquante mille francs, qui est la moitié de la solde de l'armée.

c< Je saisis cette circonstance pour prier Votre Excellence de solliciter de Sa Majesté ses ordres à cet égard.

i< Enfin, je le répète, les provinces iilyriennes, dont les finances seront très-belles en 1811, et qui auront amplement ce qu'il leur faut pour supporter les charges que Sa Majesté leur a imposées, ont besoin d'im secours et d'un prêt cette année, pour donner le temps d'attendre le moment où toute b nouvelle organisation financière pourra être en M* tivité et donner les produits qu'efle promet.

(c Toutes mes sollicitudes et celles de M. BeUeTÎDe tendent à mettre les troupes de Dalmatie au niveii de celles des provinces cédées; et, comme nous sonmes pénétrés l'un et l'autre des mêmes principes d des mêmes idées, que nous sommes parfaitemeil convenus de nos faits, Sa Majesté peut être assurée

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