LE GÉNÉRAL LAURISTON A MARMONT
( : . « Rade de CastclnuovOy le 11 août 18( 6.
« Je viens, mon cher Marmont, de parler à M. l'amiral Siniavin, et suis convenu avec lui de la manière dont se ferait la remise des places et forts des bouches de Cattaro. Je n*ai pu'arrêter le jour, parce que M. Tamiral ne peut rien décider sans le conseiller d'État Saukowsky, qui est charçé de toute la partie civile. M. Saukowsky est incommodé à Cattaro; j'ai fait sentir à l'amiral que sa maladie ne devait retarder en rien l'exécution du traité de paix, et lui ai donné mon opinion sur la conduite à tenir avec les habitants, et les proclamations à faire. J'aurai demain à midi la réponse de M. Saukowsky; je déterminerai alors le jour, en laissant le temps aux troupes russes de s'embarquer, et aux vaisseaux de sortir du port après notre mise en possession des forts.
« Il faut, mon cher général, arriver ici tout de suite avec des forces suffisantes; les esprits sont agités, inquiets; les Russes mêmes ont des craintes pour eux : avec des forces, on leur en imposera tout de suite. Je crois cependant que les Russes augmentent
beaucoup dans leurs récits et veulent peut-être nous faire peur. Il ne faut pas compter trouver ici ni grains^ ni bœufs, ni vin; il faut absolument tout apporter; les habitants craignent beaucoup que nous ne mettions des contributions. Cependant ils ne se refuseront pas à nous donner, en payant, ce qu'ils pourront avoir, et sans doute ils prendront, dès ce moment, la plus grande confiance.
« J'ai regardé en entrant la Puntad'Ostro, leScoglio de l'autre côté, et les côtes voisines. Les Russes ont fait à Porto-Rose une batterie; ils ont travaillé à Castelnuovo et au fort Spagnola. Je crois que, dans le premier moment, il n'est pas très-nécessaire d'occuper la Punta d'Ostro et le Scoglio; ils sont placés de manière que les Anglais ne pourront s'y établir, et qu'il y faut faire de bons ouvrages à cause de leur isolement. Mais la batterie de Porto-Rose, celles de Castelnuovo, défendent le mouillage, et les chaloupes canonnières seront placées à merveille, sous la protection de Castelnuovo et du fort Spagnola, dont les mortiers doivent bien battre la rade.
« Ce sont les premières observations que j'ai pu faire ce soir: je les rectifierai demain. Mais je crois toujours qu'il ne faut pas se presser d'occuper la Punta d'Ostro.
<c J'ai rencontré M. de l'Épine; il m'a demandé ce qu'il avait à faire; je lui ai dit que je n'en savais