‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 42 sur 247 · LIVRE X. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — CORRESPONDANCE

alliés, et vous êtes autorisé à leur fournir ce que vous pourrez en cartouches, poudres, canons, etc., s'ils vous le demandent.

« Un ambassadeur de Perse et un de Constantinople se rendent à Varsovie, et, quand vous recevrez cette lettre, ils seront déjà arrivés à Vienne. Ces deux grands empires sont de cœur attachés à la France, parce que la France seule peut les soutenir contre les entreprises ambitieuses des Russes. Dans cette grande circonstance, les Anglais hésitent et paraissent vouloir rester en paix avec la Porte, Celte dernière puissance s'est servie pour cela de la menace de transporter quarante mille hommes jusqu'aux portes d'Ispahan, et nos relations sont telles avec les Perses, que nous pourrions nous porter sur Tlndus; ce qui était chimérique autrefois deviendrait assez simple dans ce moment ^ù l'Empereur reçoit fréquemment des lettres des sultans, non des lettres d'emphase et trompeuses, mais dans le véritable style de crainte contre la puissance des Russes, et portant une graijde confiance dans la protection de l'empire français.

« Vous devez publier que vous n'attendez que les ' firmans de la Porte pour passer sur le Danube et marcher à la rencontre des Russes. 11 est très-utile que cela se redise dans le pays; cela intimidera les Russes, qui, soldats et officiers, craignent les armées françaises.

90 MÉMOIRES DU DUC DE RÂtiUSE.

« Telle esl la situation des affaires.

« Envoyez des officiers au général Sébastian! pour correspondre avec lui. L'éloignement de la Dalmatie à Vareovie est tel, que vous devez beaucoup prendre sur vous. Bien entendu que les détachements français ne s'éloigneraient jamais à plus de deux lieues au delà des frontières.

c< L'Empereur a ordonné au général Andréossi d'envoyer à Widdin un officier de son ambassade pour servir de correspondance intermédiaire avec Constantinople; mais cela n'empêche pas que vous aurez à envoyer de votre côté. Quand vous lirez cette lettre, il est vraisemblable que TEmpereur sera maître de Kœnigsberg, de Grodno et de tout le cours du Niémen.

« Il y a un fort près de Raguso qui paraît influer sur la défense de cette place, et il est possible que le général Sébastian! obtienne qu'il soit remis entre nos mains ; écrivez-lui a cet égard.

« Jusqu'à cette heure, nous paraissons toujours assez bien avec TAulriche, qui paraît comprendre qu'elle a beaucoup à gagner avec la France et à perdre avec les Russes. Les Autrichiens craignent les Français, mais ils craignent aussi les Russes. Il paraît qu'ils ont vu de mauvais œil Tenvahissemenl de la Valachie et de la Moldavie.

« Il esl bon que des officiers français parcourent les difféi'ontes provinces de la Turquie. Ils feront

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connaître tout le bien que TEmpereur veut au Grand Seigneur; cela servira à exalter les tètes, et voys en obtiendrez des renseignements utiles et que vous nous transmettrez.

« En deux mots, général, l'Empereur est aujourd'hui ami sincère de la Turquie et* ne désire que lui faire du bien ; conduisez-vous donc en conséquence. L'Empereur regarde comme 1 événement le plus heureux dans noire position celui de la déclaration de guerre des Turcs à la Russie; car déjà des recrues, destinées p4ur l'armée qui nous est opposée, ont été envoyées à celle de Michelson. Le Bosphore est aujourd'hui fermé. L'escadre de Corfou, par cela seul, cesse d'être redoutable. L'Empereur a un bon agent à léna ; écrivez-lui. Sa Majesté remarque que vous ne vous entremettez pas assez^ dans les affaires des pachas de J8ucharest, de Bosnie et de Scutari, avec lesquels vous devez fréquemment correspondre. »

SKBASTIAM A MARMONT.

<t Constantinople, le 28 janvier 1807.

« Mon général, nous sommes au moment de voir arriver devant cette ville une escadre anglo-russe. Je ne pense pas que les Dardanelles offrent une résistance bien longue dans le mauvais état où se trouvent les forlificalionsqui en défendent l'entrée.

C'est à présent que j'éprouve une vive affliclion par le relard des officiers d'artillerie et du génie que vous avez la boulé d'expédier. S'ils m'étaient parvenus il y a un mois, nous aurions eu le temps de tout préparer aux Dardanelles et dans cette capitale, qui se trouve elle-même fortement menacée. Ses moyens de défense sont faibles, et l'entrée môme du poit, si aisée à défendre, offrirait, dans Tétat actuel, peu de résistance. I-.a flotte est fortement compromise; cependant le Divan a pris la résolution courageuse de la résistance, et a rejeté des propositions humiliantes qui lui ont été faites par l'Angleterre. Puisse cette noble fermeté être couronnée par d'heureux succès! La position naturelle de Constantinople est très-forte contre les forces navales. On fait à la hâte quelques ouvrages que l'ignorance de ceux qui les exécutent rend bien faibles. Cependant ils peuvent encore offrir aux projets dos ennemis un obstacle assez grand pour rassurer cette population contre la première épouvante. Les Anglais, n'ayant point de forces de terre, ne peuvent point faire la conquête de Constantinople, dont la population s'élève à plus de huit cent mille âmes ; mais ils peuvent compromettre le sort de l'escadre lurque et des établissements maritimes. D'ailleurs, n'avonsnous pas à craindre aussi que les ministres, effrayés, ne cèdent enfin et ne se soumeltent aux volontés des Russes et des An-

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