LIVRE XVI
depuis devenu très-bon, s'abandonna à une terreur panique et se mit à fuir. En même temps, mon escorte et mon état-major s'éloignaient du lieu où la charge s'opérait. Ce malheureux régiment en déroute les prit pour l'ennemi et tira sur eux. Entraîné par ce mouvement, j'avais l'âme navrée en reconnaissant Terreur qui faisait passer par nos armes nos pauvres officiers, et cependant je supposais les Prussiens mêlés avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai que, si, comme je le croyais, les cavaliers prussiens allaient nous sabrer, il était inutile de me faire enlever en me signalant à eux et en leur donnant le moven de me reconnaître aux plumes blanches dont mon chapeau était garni. Je lis ma retraite forcée de quelques minutes, mon chapeau placé sous mon bras. La foule, allant plus vite que moi, me culbuta au passage du fossé de la grande route, mais enfin les fuyards s'arrêtèrent. Très-heureusement pour nous, les Prussiens n'avaient pas été informés de notre désordre; après avoir chargé sur le 1er régiment de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reçus bravement, ils s'étaient retirés.
Le 57e léger s'étant reformé, je lui fis honte de sa conduite. Je laissai mes troupes divisées en plusieurs carrés, afin qu'un nouveau désordre ne vint pas tout compromettre; mais je plaçai mes carrés si
près les uns des autres et les faces les plus voisines des carrés les plus rapprochées à si petite distance, qu'elles ne pouvaient pas tirer les unes sur les autres et empêchaient cependant l'ennemi de pénétrer entre elles.
Mes troupes, ainsi disposées, attendirent. J'avais le pressentiment d'une nouvelle entreprise tentée avec des moyens plus complets, et la chose arriva comme je l'avais prévue. Vers les dix heures du soir, quatre régiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun désordre n'eut lieu, et l'ennemi laissa cinq à 'six cents hommes morts autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout étant parfaitement tranquille, je portai mes troupes à une petite distance, auprès d'un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s'établir pour la nuit et se reposer ensuite.
La triste échauffourée dont je viens de rendre compte coûta la vie à mon premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mérite, tué par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres officiers périrent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de mon chef d'état-major reçut onze balles qui le frappèrent à la fois.
Après cette double tentative, l'ennemi évacua