LIVRE XVIII. - CORRESPONDANCE
« Les troupes de la troisième division, qui occupaient la ligne en plaine, furent exposées au feu de mitraille le plus épouvantable, sans imaginer, pendant neuf heures, de faire un pas rétrograde. A la fin de la journée, notre artillerie démontée et nos munitions épuisées permirent à l'ennemi d'approcher tellement son immense artillerie, que la position n'était plus tenable, ce qui força à prendre position un peu en arrière. Mais l'artillerie du troisième corps arriva, et la division Ricard se porta rapidement à la position que nous venions de quitter, et chassa une huitième fois l'ennemi du village de Schœnfeld. Ainsi finit cette glorieuse journée.
« Je ne connais pas d'éloges dont ne soient dignes des troupes aussi braves, aussi dévouées, et qui, malgré les pertes qu'elles avaient éprouvées l'avantveille, n'en combattaient pas avec moins de courage.
« Notre perte dans cette journée a été considérable. Elle a consisté particulièrement en officiers généraux. Le général Richemont, mon chef d'étatmajor, a été tué à mes côtés. Les généraux Delmas, Friederich et Cohorn ont été blessés mortellement. Les généraux Cbmpans, Pelleport et Choisy l'ont été d'une manière moins grave. Mon sous-chef d'étatmajor, quatre de mes aides de camp, et cinq officiers de mon état-major ont été tués ou blessés.
« Et, dès ce moment, je dois faire une mention particulière du courage et du zèle que les colonels Denis de Damrémont et Fabvier, employés près de moi, ont montrés. »
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
« k20 ociobre 1813.
« Sire, je supplie Votre Majesté de me permettre de lui exprimer la vive affliction que j'ai éprouvée à la lecture de son bulletin du 19, qui vient de me parvenir. — Sire, tout ce qui est relatif à la défense de Schœnfeld et de toute la plaine, jusqu'à la hauteur en arrière de Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majesté attribue les succès obtenus. — Il a paru à peine en tout dix minutes sur ce point. J'ai été personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la nécessité des circonstances, parce •que c'était seulement en payant de sa personne et par la présence du chef qu'Un aussi petit nombre d'hommes que celui que j'avais pouvait résister à des forces aussi supérieures que celles qui étaient devant moi. C'est ce jour-là, Sire, que tout ce qui m'environnait a péri. —Jamais, à aucune époque