‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 45 sur 198 · LIVRE XVI. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — CORRESPONDANCE

l'une par la rive gauche du ravin et plus courte, l'autre par la rive droite et plus longue.

« Je choisis la deuxième parce qu'elle me liait plus avec l'armée, et que, dans le cas dune grande bataille, je ne courrais pas risque d'en être séparé.

« Mes troupes formées en neuf colonnes, sur plusieurs lignes, prêtes à former promptement des carrés et disposées en échelons, je m'ébranlai; après une heure de marche, j'arrivai au village de Starlield. En ce moment le canon se fit entendre au village de Kaia, et, au même instant, l'ennemi se montra sur l'immense plateau qui précède et domine le village de Starlîeld ; les forces qu'il me montra dans ce moment ne me parurent pas assez grandes pour devoir m'arrèter; je me disposai donc à remplir la partie de mes instructions qui me prescrivait de marcher à lui ; mais, afin d'être à L'abri de tout événement fâcheux, j'occupai fortement le village de Starfield, qui devait être mon point d'appui. Je portai en avant du village, et un peu à sa gauche, la division Compans, et en échelons sur sa gauche, celle' du général Bonnet; et, soutenu d'une nombreuse artillerie, je portai ces troupes en avant.

« La charge que j'avais ordonnée s'exécuta avec promptitude et vigueur; les forces que l'ennemi me montra bientôt me prouvèrent qu'une grande

bataille allait être livrée: alors j'arrêtai mon mouvement offensif, qui, en m'éloignant de l'armée et de mes points d'appui, aurait infailliblement causé ma perte; mais je conservai toutefois une attitude offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi, de l'empêcher d'écraser les troupes du troisième corps qui combattaient à Kaia, et de donner le temps aux échelons que Sa Majesté avait formés en arrière de se réunir et de venir nous dégager. Alors l'ennemi réunit de grandes forces contre moi, et surtout une nombreuse artillerie. Plus de cent cinquante pièces de canon furent dirigées contre mon seul corps d'armée; mais les troupes supportèrent leur feu avec un calme et un courage dignes des plus grands éloges. La division Compans, surtout, la plus exposée, mérite des éloges particuliers; les rangs éclaircis à chaque instant se reformaient aux cris de Vive t Empereur I Immédiatement après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla et fit une charge vigoureuse également dirigée contre le 1er régiment d'artillerie de marine. Cet excellent régiment, commandé par le brave colonel Esmond, montra en ce moment tout ce qu'une bonne infanterie peut contre la cavalerie, et les efforts de l'ennemi vinrent échouer contre ses baïonnettes; d'autres charges furent également faites, et toutes également sans succès.

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