‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 54 sur 198 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

sage et juste; peu de passions, mais une profonde raison et une ambition bornée. Les faveurs sont venues le chercher plus souvent qu'il n'a couru après elles. Naturellement réservé, son commerce était sûr, et jamais on n'eut à lui reprocher la plus légère indiscrétion. Étranger au sentiment de la haine, il n'a nui à personne; mais, au contraire, il a rendu une multitude de services à des personnes qui l'ont ignoré. Une réclamation juste et fondée l'a toujours trouvé bien disposé, et il faisait auprès de l'Empereur telle démarche qu'il croyait utile, sans jamais s'en faire de mérite auprès de celui qui en était l'objet. Simple, vrai, modeste, probe et désintéressé, son caractère froid l'aurait empêché de se dévouer pour un autre, de se compromettre pour le servir; mais, dans sa position, c'était déjà beaucoup que de rencontrer, si près du pouvoir suprême, un homme sans malveillance; car tout ce qu'on peut raisonnablement désirer et espérer, c'est d'y trouver, en outre de la justice, une bienveillance active quand elle est sans danger. Duroc était bon officier, et il a regretté d'être éloigné du métier pour lequel il avait de L'attrait. Très-utile à l'Empereur, il lui a fait souvent des amis. Ses opinions, toujours sages, lui permettaient, en les exprimant, de s'élever avec une certaine indépendance, quoiqu'il craignît beau-

coup Napoléon. S'il eût vécu pendant l'armistice de 1815, peut-être aurait-il eu sur l'Empereur une influence utile et lui aurait-il fait sentir les inconvénients qui devaient résulter de la reprise des hostilités. Mais Napoléon, après l'avoir perdu, n'avait près de lui alors presque que des flatteurs; et de ceux-là seuls il aimait les conseils.

Je reviens aux événements militaires. Le 25, l'armée ennemie se retira sur deux colonnes. Celle de droite, commandée par Barclay de Tolly, sur la route de Buntzlau , et celle de gauche, sous les ordres de Wittgenstein, se dirigea sur Loubau. L'arrière-garde, commandée par Miloradowitch, brûla le pont de la Niesse à Gôrlitz, et détruisit tous les moyens de passage. L'empereur de Russie et le roi de Prusse se rendirent à Lôwenberg. Le septième <>orps, commandé par le général Régnier, arriva devant Gôrlitz, et passa la Niesse de vive force. Le cinquième corps, qui le suivait, prit la direction de Buntzlau. Le quatrième vint à Hemersdorf, en arrière du septième. Le onzième corps s'établit à Schiomberg. Le quartier général, la garde, les troisième et sixième corps restèrent à Gôrlitz.

Le 24, le quatrième corps se porta sur Loubau; au moment où il se disposait à attaquer cette ville, l'ennemi l'évacua et prit position derrière la Queiss.

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