LIVRE XVII
Le quartier général ennemi se dirigea sur Schweidnitz.
Le même jour, w27, je passai la Katzbach, et je chassai l'ennemi qui gardait les défilés en arrière -de cette rivière. L'ennemi présenta à ma vue environ trente mille hommes placés en échelons, ce qui annonçait l'intention de se retirer.
Le surlendemain, 29, je marchai sur Jauer, tandis que le quatrième corps couvrait ma droite en se portant sur Hemsdorf. En avant de Jauer, je trouvai un corps ennemi d'environ quinze mille hommes que je culbutai après un combat assez vif. J'avais été rejoint par le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg; mais cette cavalerie, toute nouvelle et peu instruite, était d'une faible ressource. Avec une cavalerie capable de combattre, et sur laquelle j'eusse pu compter, ce corps de quinze mille hommes aurait probablement été détruit, tant le succès obtenu avait été prononcé. Il y eut un millier de prisonniers de faits. Toutes les forces ennemies se dirigèrent sur Striegau.
Les troisième, cinquième et septième corps continuèrent leur mouvement dans la direction de Breslau, et s'établirent à Neumarck. Le w29, les armées restèrent en position.
Le 50, je reçus l'ordre de me diriger sur Eisendorf, et le duc de Tarente, avec le onzième corps,
fut dirigé sur Striegau. Pendant ce mouvement de flanc, une nombreuse cavalerie s'opposa à ma marche et m'obligea à prendre beaucoup de précautions. La position de l'armée ainsi réunie obligeait l'ennemi à rester acculé à la Bohême et à la Silésie autrichienne. Si la guerre eût continué immédiatement avec des succès marqués, sa situation pouvait devenir fort critique et même désespérée.
Mais l'ennemi, en choisissant cette direction, avait calculé toutes les chances qui pouvaient en résulter. En repassant l'Oder, il abandonnait toute la Prusse et la livrait à notre vengeance. Il consacrait l'opinion d'une infériorité décidée. L'Autriche, encore indécise sur le parti qu'elle prendrait, car des velléités et des projets hypothétiques étaient seuls entrés alors dans son esprit, était abandonnée et livrée à ses craintes si on s'éloignait d'elle. En se serrant sur elle, on l'entraînait dans une alliance. En la prenant pour arbitre, la laissant maîtresse de dicter les conditions de la paix aux puissances belligérantes, on flattait son orgueil, on servait ses intérêts, et on la forçait à prendre parti contre Napoléon, s'il se refusait à se conformer à ses offres.
D'un autre côté, ce parti hardi avait ses inconvénients; car, si les événements eussent pris un grand caractère d'urgence, l'Autriche, n'étant pas encore prête, n'aurait pas voulu se compromettre en se dé-