‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 81 sur 198 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

ne put pas déboucher pour culbuter et mettre eu déroute le corps russe, très-inférieur en force, isolé dans une position ouverte, sans appui et sans moyen pour résister. Mais aussi comment se précipiter au milieu décent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'étaient pas là, se trouvaient cependant à portée dans un bassin vaste et découvert, sans avoir derrière soi les forces nécessaires comme point d'appui? Et pourtant il y avait un tel désordre dans l'armée alliée en ce moment, que le corps de Yandamme seul pouvait, en l'accroissant encore, amener des résultats incalculables.

C'est l'esprit de justice dont je fais profession, et ma conviction profonde, qui me décident à prendre la défense de Yandamme, car ce général ne m'a jamais inspiré aucun intérêt. J'ajouterai à ce qui précède une dernière réflexion sur la conduite de Napoléon, réflexion qui la rend encore moins concevable.

L'armée ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait naturellement se rassembler dans la plaine de Tœplitz. Le 50 août, elle devait, d'après tous les calculs, s'y trouver réunie, et, le jour suivant, les divers corps de l'armée française, après avoir descendu du plateau de Saxe, se trouvaient en présence. Une fois nos corps réunis, qui devait commande]', qui devait donner la direction, l'im-

pulsion et l'ensemble? Personne, puisque Napoléon était le 30 à Dresde, et n'avait pris aucune disposition pour suppléer, le 51, à sa présence en Bohême. Ainsi, dans le cas de succès constants dans la poursuite, il se mettait, par sa propre volonté, dans des conditions qui en rendaient les effets plus que douteux. L'on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite, car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Yandamme en a reçu de contraires.

On se perd dans ce dédale où l'on ne peut découvrir ni un calcul ni une intention raisonnable. Seulement il paraît incontestable que Napoléon, frappé de la nouvelle du désastre de la Katzbach, et ne pensant qu'à la nécessité de le réparer, ne voulut pas s'éloigner de l'armée de Silésie; mais, quelque urgents que fussent les secours à lui porter, ils ne pouvaient pas être immédiats, tandis que les affaires de Bohême, d'une nature décisive, réclamaient à l'heure même et le secours de sa garde pour soutenir Vandamme, et sa présence pour la direction de l'ensemble des opérations. Dans tous les cas, rien n'excuse et ne peut excuser Napoléon de n'avoir pas informé Vandamme du changement de ses résolutions1.

1 La lettre ci-après prouve que, le 50 août, l'intention de l'Empereur et lit que l'armée continuât son mouvement offensif et descendit le plateau de la Saxe pour pénétrer en Bohême. Vandamme, non soutenu par la garde, qui avait été rappelée à Dresde, devait marcher sur Tœplitz,

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