‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 4 sur 126 · LIVRE XIX. isn · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. isn

(pi'ils ii'élaienL pas éloignés de Icrniinci' l;i liuif. Aussi pensions-nous qu'il fallait saisir avidenicni l;i première occasion de négocier de bonne foi, et de faire la paix sans retard; mais Napoléon n'entrait pas dans ces calculs, et semblait, au moins par ses discours publics, se bercer des plus vaines espérances.

Un soir, vers le 4 ou 5 novembre, on discutait les projets probables de l'ennemi. Je dis qu'il allait remonter le Pihin avec une grande partie de ses forces, violer le territoire suisse, et passer le lUiin à Râle. Ce calcul était basé sur la nécessité où il était d'avoir un pont à l'abri des glaces pendant l'hiver. Le pontdeBâleremplissaitparfaitementce but. L'Empereur s'impatienta et dit : « Et que fera-t-il ensuite? — Il marchera sur Paris ! répondis-je. — C'est un projet insensé, répliqua l'Empereur. — Non, Sire, car où est l'obstacle qui peut l'empêcher d'y arriver? » Là-dessus, Napoléon se mit à déblatérer et à se plaindre du peu de zèle dont les chefs de ses armées étaient maintenant animés, et certes il s'adressait mal ; car ce zèle de tous les instants, ce feu sacré, tel qu'il l'appelait, n'a pas cessé de m'animer jusqu'à la catastrophe accomplie.

Le silence le plus complet, parmi les auditeurs, approuvait ce que je venais de dire. L'Empereur voulut mendier un suffrage au prix d'une

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ll;ill('iii', cl. iDiil ;i ('()ii|). il se loiinia vers l)rouot ; puis, le ri;i|)|)ant ;i la poitrine, il lui dit : « Il me l'audrail cmmiI lioiunies comme cela! » Drouot, homme de sens et honnête homme, repoussa ce compliment avec un tact admirable et avec cette ligure austère (pii donne un poids particulier à ses paroles. Il repondit : « Non, Sire, vous vous trompez : il vous en faudrait cent mille. »

La Hollande, dès ce moment en insurrection, obligeait le général Molitor, qui y commandait avec un faible corps de troupes, de l'évacuer. Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, écrivit à l'Empereur pour lui proposer de retourner dans ce pays, dans le but d'employer à son profit l'inlluence qu'il supposait y avoir conservée. Napoléon me donna surle-champ connaissance de cette lettre, et ajouta : « J'aimerais mieux rendre la Hollande au prince d'Orange que d'y renvoyer mon frère ! »

Voici comment furent divisés les commandements de la frontière.

Le duc de Bellune, envoyé à Strasbourg, eut le commandement de la ligne du Rhin, depuis Huningue jusqu'à Landau.

Je fus placé à Mayence, et je commandais depuis Landau jusqu'à Andernach.

Le duc de Tarente, chargé du Bas-Rhin, plaça son quartier général à Cologne.

I IVliF XIX. — 1S1 \. Il

I.e duc de Tarcnte avait avec lui le onzième corps, et le deuxième corps de cavalerie, commandé par le général Sébastiani. Toutes les autres ti'oupes se trouvaient sous mes ordres. Elles se composaient :

Du deuxième, commandé par le général Dubreton, à VVorms;

Du troisième, commandé par le général Ricard, à Bertheim;

Du quatrième, commandé par le général Bertrand, à Ilochheim et Castel ;

Du cinquième, commandé par le général Albert, à Nieder-Ingelheim;

Du sixième, commandé par le général La^range. à Oppenheim ;

Toute la garde, les dragons venant d'Espagne, commandés par le général Milhaud.

Deux régiments de gardes d'honneur furent placés aux pieds des montagnes, à Datesheim; le premier corps de cavalerie, commandé par le général Doumerc, dans le Hundstruck ; et le duc de Padoue. avec sa cavalerie, près d'Andernach. Le matériel d'artillerie de campagne, qui avait pu être ramené, fut déposé, en partie à Mayence, et en partie évacué sur Metz.

Une nouvelle organisation étant donnée aux troupes, le troisième corps devint une seule division, sous le u" 8 ; le sixième, une autre, sous le n" :^0:

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