‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 44 sur 126 · LIVRE XIX. — COKRi;SI'ONI)ANCn · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — COKRi;SI'ONI)ANCn

temps dans cette position, je prends moi-même position à Gravelotte à deux lieues de Metz, observant la Moselle et ayant une avant-garde dans la direction de Pont-à-Mousson.

« Je pourrai garder cette position autant de temps que le duc de Bellune restera à ïoul, et que l'ennemi ne débouchera pas sur moi ou sur Saint- Mihiel avec des forces supérieures. Il est extrêmement fâcheux que le prince de la Moskowa n'ait pas ordonné de couper le pont sur la Moselle à Frouard, à l'instant où il a évacué Nancy. Le général Ricard aurait également fait couper celui de Pont-à-Mousson, et il aurait pu reèter sur les bords de la Moselle sans s'occuper de Thiaucourt, sur lequel on lui a dit que l'ennemi se portait par Bernecourt.

« Quoi qu'il en soit, depuis que je sais que le duc de Bellune tient à Toul, j'ai donné l'ordre au général Ricard de garder Thiaucourt le plus longtemps possible, voulant rester à Gravelotte et conserver la communication avec Metz tant que cela sera possible, et que je ne courrai pas risque de voir ma communication compromise.

« J'ai envoyé sur Verdun la division de la jeune garde, conformément à l'ordre que j'ai reçu. 11 serait utile que ces troupes restassent sur la Meuse pour me soutenir au besoin.

« Je viens de recevoir la lettre de Votre Altesse,

(In IT), et 1 instriictioii (jui y est jointe. Aux détails que votre lettre contient sur larmée de Silésie, il Tant ajouter le corps de Kleist qui, d'après le rapport que j'ai reçu hier au soir, vient de rejoindre, et un corps bavarois et badois de sept à huit mille hommes, qui était près de Bitche il y a huit jours, et qui paraîtrait avoir opéré sur Dieuze et revenir maintenant sur Metz; un corps considérable, qui ne peut être que celui-là, ayant été vu avant-hier descendant la côte de Delme, route de Strasbourg a Metz.

« Le corps de Sacken m'a suivi de fort près, et a pris position sur la Nied, le jour où je me suis établi en avant de Metz, à la croisée des routes de Sarrebrûck et de Sarrelouis.

« Le lendemain, ce corps s'est porté, par des chemins de traverse, dans la direction de l*ont-à- Mousson, en passant par Soigne. Les troupes ont été vues et comptées par un habitant digne de foi. Le même jour, ce corps a été remplacé devant moi par les troupes du corps d'York, et il parait qu'hier le corps de Kleist est arrivé aux environs de Thionville, et s'est placé entre Thionville et Metz.

« Le 13, j'ai envoyé une division à Pont-à-Mousson, afin de défendre ce poste important; mais Sacken n'y a rien entrepris. Quant au corps de Saint-Priest, qui fait également partie de l'armée

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de Silésie, il pîirail (|iio c'ost lui (Hii est entré n Trêves, mais il n'y est plus, et je ne sais ce qu'il est devenu; il est possible qu il ait fait face au duc de Ta rente. Le corps de Langeron est devant Mayence. (( D'après le mouvement du général Sacken, je me serais porté en masse sur Pont-à-Mousson, alin de me lier davantage avec les troupes du duc de Bellune, laissant Metz et Tliionville me couvrir contre le corps prussien, si la crue subite de la Moselle ot les inonda lions qui en ont été la suite, occasionnées à ce qu'il paraît par l'ouverture de plusieurs étangs des Vosges, n'avaient couvert la route de la rive gauche de la Moselle de manière à la rendre tout à fait impraticable aux voitures, et cela deux heures aprèsle passage de la division Ricard. Maintenantque l'ennemi est maître du défdé de Pont-à-Mousson, cette opération ne serait plus praticable, lors même que les inondations viendraienl à disparaître. »

LE MAJOR GÉINÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT

« Paris, le 16 janvier 1814.

« Monsieur le duc de Raguse, je viens de faire l'onnaître à M. le maréchal duc de Bellune que l'Empereur a été surpris qu'il ait abandonné Saint- Mcolas et Nancy sans se battre et sans défendre la Meurthe, quand vous avez votre corps d'armée en

avant de Met/ et que vous faites occuper Pont-à- Moussou; je lui mande que le duc de Trévise est en avant de Langres où il arrête l'ennemi; que l'on ne doit pas supposer qu'il ait devant lui autant de forces qu'il l'annonce, puisque l'ennemi a une grande partie de ses troupes dans l'Alsace et devant nos places, devant Gênes et sur Bourg-en-Bresse, pour menacer Lyon. Je préviens le duc de Bellune que la Meurthe et la Moselle forment une barrière qu'il doit défendre, et que l'essentiel est de retarder la marche de l'ennemi autant qu'il sera possible, et de pouvoir attendre jusqu'au 15 février: nous aurons alors une grande armée. Concertezvous avec le duc de Bellune et le prince de la Moskowa.

« Le prince vice-connétable, major général,

« Alexandre. »

le major général au maréchal marm0?it.

«Paris, le 17 janvier 1814, onze heures du soir.

(( Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur espère que vous n'aurez pas quitté Metz, car c'est très-mal à propos que le duc de Bellune a quitté Nancy pour se porter à Toul; rien n'est aussi ridkule que la manière dont ce maréchal évacue le pays : je lui donne l'ordre de tenir à Toul. L'Em-

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pereur va se porter à Chàlons. J'écris au duc de Tarente de se rapprocher de nous en suivant nos mouvements. Je reçois à l'instant votre lettre du 16 à midi. Je vais la mettre sous les yeux de l'Empereur.

« Le prince vice-connétable, major général,

« Alexandre. »

le maréchal marmont au major général.

« Harville, le 17 janvier 1814.

« J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime de mon mouvement pour me rapprocher de la Meuse. J'avais envoyé, dès hier matin, des officiers en poste pour préparer la défense de la Meuse, et faire sauter les ponts depuis Saint- Mihiel jusqu'à Verdun. — Mais la fatale imprévoyance du prince de la Moskowa, qui, en évacuant Nancy, n'a pas fait sauter le pont de Frouard sur la Moselle, a donné à l'ennemi le moyen d'arriver sur la Meuse avant moi, et a empêché que les dispositions eussent leur effet.

« L'officier que j'avais envoyé à Saint-Mihiel arrive et m'annonce que l'ennemi y est entré ce matin en forces. »

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