LIVRE VINGTIEME
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SoMMAïKK. — Pioclaiiiation île Louis XVIII — Marche circulaiie autour do Montmirail. — Arrivée de M.irmont à Suzanne (22 février' . — Conduite siniiulière de Grouchy. — Fdute de Tsapoléon. — Retraite de ilarmont devant Bliklier. — Jonction avec Mortier. — Combat de Gué-à-Treni. — Retraite de l'ennemi sur l'Aisne (2 mars). — Reddition mallicurcusc de Soissons. — Rilailles de Craonne et de Laon. — Marmont prend position à Corbeny. — Mouvement sur Reims. — Combat et occupation de Reims.
— entretien avec l'Empereur. — Retraite sur Fismes. - Bataille d'Arcissur-Aube (21 mars). — Manœuvres de ^'apoléon sur les derrières des alliés. — Marmont manœuvre pour rejoindre Napoléon. — Combat de Sommesous. — Combat de Fère-Champenoise. — Retraite sur Paris. — Occupation de Provins. — Arrivée de Marmont à Cliarenton — Marmont est chargé par Joseph de la défense de Paris. — Bataille de Paris (50 mars).
— Le roi Joseph abandonne Paris. — Capitulation. — Etat des esprits à Paris. — Talleyr.ind. — Arrivée de Napoléon à Fontainebleau. — Marmont se porte à Essonne. — Dernière entrevue avec l'Empereur. — Le sénat proclame la déchéance de Napoléon. — Marmont quitte Essonne pour accompagner les plénipotentiaires envoyés par l'Empereur. — Entrelien avec Alexandre. — Révolte du sixième corps calmée par Marmont. — Réllexions. — Nature des rapports particuliers qui ont existé entre l'Empereur et Marmont.
Pendant ces combats, la grande armée ennemie s'était portée à Nogent, qu'elle avait attaqué et pris, en s'avançant jusqu'à Nangiset Fontainebleau. Les corps des ducs de Bellune et de Reggio étaient les seules forces qu'elle eût devant elle. L'Empereur se décida à marcher en toute hâte à leur secours, et à profiter de la destruction dune partie
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de Farinée de Silésie et de l'éloignement du reste, pour la battre et la faire reculer.
II se mit en route avec sa garde et la cavalerie do réserve, laissant provisoirement le général Grouchv à Montmirail, avec la division Levai et son corps de cavalerie, et le duc de Trévise sur l'Aisne, en observation contre les troupes du Nord (York et Sacken), qui s'étaient retirées sur Épernav et sur Châlons. Il me donna l'ordre de pousser des partis sur cette ville, et de faire même une marche en avant pour en imposer à l'ennemi; mais d'agir avec circonspection. En conséquence, je laissai à Étoges la division du général Ricard, et, avec la division Lagrange et ma cavalerie, je me portai sur Vertus le 15.
Le 15, à minuit, une lettre du général Grouchy m'informa qu'un ordre de l'Empereur lui prescrivait de le suivre, avec sa cavalerie et la division Levai, afin d'opérer avec lui contre la grande armée; qu'au moment où il allait exécuter le mouvement un corps russe de douze mille hommes environ (celui des grenadiers de Rajesky) avait paru de l'autre côté du Morin, et pris poste en face de Montmirail. Il ajoutait que, vu ma position, il suspendait son départ pour me donner le temps de me replier.
A une heure du matin mes troupes étaient en
vu MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
route pour Éloges. Dans cette marche, j'eus connaissance pour la première fois d'une proclamation de Louis XVIII, datée du 1" janvier, où il annonçait, entre autres choses, que, de retour en France, il favoriserait les transactions relatives aux biens nationaux. Je fus frappé de son ignorance de l'état des choses dans ce pays. Arrivé à Étoges, une autre lettre du général Grouchy m'annonçait que, pensant à la nécessité de ne pas faire faute aux calculs de l'Empereur, il se décidait à partir et m'en prévenait, afin de me mettre à même de prendre les dispositions que je trouverais convenables.
Ma position était critique. Tant que je ne serais pas parvenu à retrouver ma ligne naturelle de retraite, ou au moins tant que je ne serais pas assuré de pouvoir la prendre sur la Marne, je courrais de grands dangers, ayant un corps de douze mille hommes devant moi, et les corps de Sacken, d'York et de Kleist sur mon flanc ou derrière.
Je pris mon parti sur-le-champ, et voici ce que j'exécutai.
Je jetai jusque sur Montmirail ma cavalerie légère. Je la chargeai d'observer cette ville du plus près possible, et de tourner autour d'elle, en prenant sa retraite sur la Marne, si elle était forcée à s'éloigner.
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Je me portai à Montniaur, et j'entrepris -le même mouvement circulaire dont Monlmirail était le centre, en passant par Orbais. Une fois arrivé sur la route qui mène à Château-Thierry, tout danger était passé, j'avais ma retraite sur la Marne, et, si j'étais forcé de m'y porter, je me réunissais à Mortier. Je pris position en me mettant à cheval sur cette grande route. Avant le jour j'avais pris ma marche circulaire, et j'arrivai enfin sur la route de Montmirail à la Ferlé-sous-Jouarre. Revenu dans une position naturelle, je me portai sur l'ennemi, qui occupait Montmirail avec une partie de ses forces. Un combat de deux heures le força d'en sortir, après avoir éprouvé une perte de plus de cinq cents hommes en tués ou prisonniers. Je n'ai jamais compris pourquoi l'ennemi se conduisit ainsi. Car, s'il tenait à conserver Montmirail, il fallait soutenir les troupes qui y étaient; et, s'il n'y tenait pas, il fallait l'évacuer, et non s'en faire chasser. I.e ^.'orin nous sépara pendant la nuit, et le lendemain l'ennemi fit sa retraite dans la direction de la grande armée. Le 17, j'avais repris Montmirail. J'y restai les 18, 19 et 20, pour faire reposer mes troupes, exténuées partant de mouvements et tant de combats. Le 21, je me mis en marche pour Sézanne, où j'arrivai le 22.
Mais qu'avait fait, pendant tout ce temps-là. le
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giMiéral Gi'oucliy avec son corps de cavalerie et sa belle division d'infanlerie? Je vais le dire, et oir anra peine à le croire. 11 s'était arrêté à la Ferlésous-Jonarre ! Le 18, il vint de sa personne à Moiilmirail ponr nie faire son compliment, et me témoigner sa joie de me voir échappé à danssi grands dangers, lime dit que, l'idée de mes périls l'ayan». poursuivi et anéanti, il n'avait pu continuer son mouvement; que, s'il me fût arrivé malheur, il se serait brûlé la cervelle. «C'eût été, lui dis-je, une grande consolation; mais, puisque vous avez tremblé pour moi, et que vous n'avez pas été au secours de l'Empereur, il fallait au moins revenir à ma rencontre et faire une diversion en ma faveur. » Ainsi, grâce à ses indécisions, à ses irrésolutions, il m'avait compromis pour aller au secours de l'Empereur; et, à peine ce mal fait, il avait renoncé à tout ce qui lui restait d'utile à exécuter en allant rejoindre Napoléon, en sorte qu'il ne servit à rien et ne fut utile à personne. Ne voit-on pas, en cette circonstance, l'homme de Waterloo?
Grouchy est le plus mauvais chef à mettre à la tête d'une armée. Il ne manque ni de bravoure ni de quelques talents pour manier les troupes; mais il est sans résolution et incapable de prendre mi parti : c'est ce qu'il y a de pire à la guerre.
A mon arrivée à Sézanne, je fus instruit du mou-