LIVRE XX. — COHURSPONDANCR
voyés cette nuit à Soissonsonl été jusqn'iuix iioilcs de la ville par la rive gauche, et ont vu, de l'autie côté de l'Aisne, de grands feux. L'intention de Sa Majesté est de passer l'Aisne à Béry où il y a un pont de pierre, à Maisy, où Sa Majesté fait jeter un pont de chevalets, et au pont d'Arcis où le duc de Trévise a l'ordre d'établir aussi un pont sur chevalets. Mettez à cet effet vos compagnies de sapeurs à sa disposition : telle est l'intention de l'Empereur. Sa Majesté pense qu'avec votre corps vous devez barrer la route de Château-Thierry en vous tenant dans la position de Busancy et Hartennes : vous vous porteriez sur Soissons si l'ennemi évacuait la ville; et, s'il ne l'évacué pas, vous vous porterez sur Braines aussitôt que le pont d'Arcis sera terminé. Nous devons être entrés ce matin à Reims.
« Le prince vice-connétable, major général,
(( Alexandre. »
LE MAJOR GliiNÉIlAL AU MARÉCHAL MARMOiNT.
« Fismes, le 5 mars 4814, onze heures lia malin.
« Monsieur le duc de Raguse, si vous n'êtes pas entré à Soissons, l'intention de l'Empereur est (lue vous vous rendiez cette nuit à Braines. Le quartier général de l' Empereur sera ce soir h Béry-au-Bac.
r.ns MKMOinES ne ihm; dk hacusk.
« yuHs nous soimiics riiiparcs de Reims où nous avons fait deux iiiillo prisonniers, pris deux centsofficiers et trois mille hommes aux hôpitaux, ainsi que beaucoup de bagages. L'Empereur va marcliei demain sur Laon par Béry-au-Bac où il y a un pont de pierre.
(( Le prince vice-connétable, major général^
a Alexandre. »
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMOiNÏ.
« lién-aii-Rac. le 5 iii.ir? 1814, six iieuicsilu soir.
c( Monsieur le maréchal duc de Raguse, F Empereur pense que vous êtes ce soir à Bruines, comme je vous l'ai ordonné ce matin. Nous sommes arrivés à Béry-au-Bac, dont le pont était gardé par quelques pièces de canon et de la cavalerie ennemie. Nous avons pris deux pièces et fait quelques prisonniers. Notre arant-fjardc est ce soir à mi-chemin d'ici à Laon. L Empereur pense que vous devez rester ht journée de demain, 6, à Bruines pour voir si l'ennemi veut évacuer Soissons et couvrir Reims; mais que vous devez vous tenir en mesure de vous porter rapidement sur nous et vous rendre à Béry-au-Bac après-demain, ly pour nous joindre le 8 à la bataille qui peut avoir lieu ù Laon. L'Empereur ordonne que vous envoyiez
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sur-lo-chaini) ici, pour de là nous joindre sur Laou, lous les détachements que vous pomicz avoii-, (jui appartiendraient au V régiment de dragons et la division Roussel, et aux deuxième, cinquième et «ixième corps de cavalerie, ne devant garder acec vous que ce qui appartient au premier corps de cavalerie : vous formerez de tous ces détachements un régiment de marche qui viendra nous joindre à grandes journées.
. c< Le prince vice-connétable, major général,
a Alexandre. »
<' P. S. Le duc de Trévise doit être parti ce soir de Hraines pour venir à Réry-au-Bac. Vous saurez où il <i couché en faisant suivre sa marche. Faites-lui passer la lettre ci-incluse.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT
« Béiy-iui-Bac, le 6 mais 1814, onze heures du malin.
(c Monsieur le duc de Raguse, je donne l'ordre à la cavalerie du duc de Trévise, qui est à Braines, de se rendre à Béry-au-Bac pour nous rejoindre.
« Je donne en même temps Tordre au duc de Trévise de venir sur-le-champ ici avec son corps, s'il n'est pas entré à Soissons.
« Dans le cas où vous et le duc de Trévise seriez
r»io MiUfoiiiKs nu duc dk iiaguse.
enlrés à Soissons, riiitentioii de l'Empereur est que vous marchiez, ainsi (jue ce maréchal, jusqu'à trois lieues de Soissons sur la route de Laon, afin que nous arrivions à Laon tous ensemble. Le quartier général de l'Empereur sera à Corbeny. L'intention de Sa Majesté est que, de Braines, si vous n'avez pas été à Soissons, vous vous rendiez à Béry-au-Bac pour nous rejoindre le plus tôt possible sur la route de Laon. Surtout que votre cavalerie vous précède. « Le prince vice-connétable, major général,
(( Alexandre. »
le ma.ior général au maréchal marmont.
« Du bivac de ^Kilava, en avant de Bray, le 8 mars 1814, dix heures da matin.
u Monsieur le duc de Raguse, nous sommes à l'Ange-Gardien. Le prince de la Moskowa marche sur Vreil, route de Laon; le duc de Trévise marche sur Vreil par Chavigny. L'intention de Sa Majesté est que vous marchiez avec vos troupes sur Laon par Aubigny. Vous vous mettrez en communication avec le duc de Trévise. Nous avons envoyé des troupes sur Soissons; aussitôt que nous serons maîtres de cette ville, la ligne d'opération de l'armée sera par Soissons. Laissez quelques troupes à Béry-au- Bac pour garder le pont et la communication de
LiVHE XX. — corresI'om).\m;i:. :,\\
Reims. Le général Uordesoulle, qui est îi la ferme de Houstalin, près Craoïi, rentre à votre disposition; donnez-lui des ordres. Le duc de Padoue est également à vos ordres. Ces corps doivent marcher sur vous.
« Le prince vice-connétable, major général,
le major gknkral au markchal marmont.
« Bray-en-Laonnois, le 8 mars 1814.
a Monsieur le maréchal duc de Raguse, V Empereur ordonne que vous vom portiez à Corbeny avec votre corps; que vous y preniez sous vos ordres la dividon d'infanterie du duc de Padoue^ ainsi que votre cavalerie, cesl-à-dire le premier corps de cavalerie commandée par le général BordesouUe.
« L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez les dispositions nécessaires pour nettoyer vos derrières, et que vous vous dirigiez sur Laon, mais en ayant pour but de bien maintenir vos communications. Mettez-vous en correspondance avec Reims^ oii commande le général Corbineau.
c( Nous sommes à F Ange-Gardien; l'Empereur suppose que dans la journée nous serons dans Soissons. Sa Majesté attend cette nouvelle pour prendre
r.li MÉMOIRES DU DUC Dli RAGUSE.
sa marche sur Laon. En attendant, poussez-y une avant-garde avec les précautions convenables.
u Je vous envoie un rapport du général Paoz; mr.nœuvrez avec le duc de Padoue en conséquence. « Le prince vice-connétable, major général,
« Alexandre. »
le major général au jiaréciial marmont.
«Chiuignon, le 9 mars 1814.
M Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous ai écrit ce matin par un de vos courriers. Je vous faisais connaître qu'il était à présumer que notre avanttjarde était en possession de la ville de Laon; quen conséquence vous pouviez arrêter votre mouvement, si vous n'y trouviez pas d'inconvénient. 3Iais on s'y bat encore : l'Empereur s'y porte. Vous devez continuer à marcher sur cette ville.
« Le prince vice-connétable, major général, a Alexandre. »
« P. S. Tâchez de vous lier avec nous par des postes sur voire gauche. »
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
« Corbeny, le 9 mars 1814, deux heures ilu matin.
(c Sire, j'ai à rendre compte à Votre Majesté d'un
LlVr.K XX. — COIMUlSPOiNKANCK. :,\7,
événement de guerre niallieiireux et loiL cxLi-ioidinaire, et qui a peu d'exemples, .hî me suis mis en marche, conformément à vos ordres, ce matin, pour Laon. Le brouillard était extrêmement épais. Je me suis arrêté à b'étieux; vers midi, votre canon s'étant fait entendre et le temps s'étant élevé, je me suis hâté de marcher. J'ai trouvé l'ennemi à une lieue environ avec quatre mille chevaux, que j'ai poussé devant moi avec mon canon. Plus tard, m'étant emparé d'un bois, j'ai pu découvrir environ douze mille hommes d'infanterie et cinq mille chevaux. La supériorité de ces forces devait m'empêcher de rien entreprendre de très-sérieux; cependant il me sembla indispensable d'occuper l'ennemi et d'agir assez pour neutraliser ses forces et faire une diversion utile à votre attaque. En conséquence, j'ai fait attaquer le village d'Athies et je m'en suis emparé. Plus tard, j'ai fait attaquer une ferme qui me rapprochait de la route de Marie, sur laquelle l'ennemi paraissait faire des dispositions de retraite; je m'en suis également rendu maître. L'ennemi a incendié le village et la ferme avant de se retirer. J'ai fait établir une batterie de vingt pièces de canon, à laquelle l'ennemi a répondu par une batterie de trente, ayant encore beaucoup de pièces en vue, mais non en action. L'ennemi a porté de la cavalerie sur sa gauche, ce qui mena-
7AA MÉMOlItl'S DU DUC Dl' H A C USE.
çaitmu droite; mais j'avais fait dos dispositions eu conséquence. Nous sommes restés plusieurs heures dans cette position, nous canonnant de part et d'autre, et repoussant quelques entreprises que l'ennemi avait faites sur les postes que j'avais étal)lis; mais, à nuit bien close, à l'instant où je me disposais à prendre une position de nuit, des masses d'infanterie très-considérables, et formant au moins douze mille hommes, et toute la cavalerie de l'armée, ont débouché sur moi par différents points, et une portion de l'infanterie sur les derrières de ma position. Ce mouvement a eu d'autant plus d'effet, qu'il était moins prévu, parce que deux bataillons de la réserve de Paris, qui occupaient le village d'Athies et la ferme, en sont partis si vite, que je n'ai pas pu supposer même qu'ils fussent attaqués. De la précipitation de cette retraite vint le désordre, et du désordre la confusion ; de là une retraite sans ordres donnés et une espèce de fuite pour l'artillerie. L'infanterie ennemie s'approcha assez pour s'engager; il devint indispensable de suivre le mouvement; mais au moins je parvins à faire de toutes ces troupes une masse compacte qui offrît quelques moyens de résistance. En même temps la cavalerie ennemie chargea la nôtre et la renversa; celle-ci est prise pour l'ennemi par notre infanterie, ce qui augmente le mal; en même
Li\i!i: XX. - CdiniKsi'oNhA.Nci;. -ir,
temps, plusieurs masses de cavulcrie ciiiK'iiiic se trouvent sur nos flancs et à cheval sur la route. iNous repoussons constamment cette cavalerie, soil sur nos flancs, soit sur notre front, par un feu bien soutenu et des coups de baïonnette, et nous avançons; mais les équipages et les voitures d'artillerie qui avaient précédé la colonne sont sabrés par Tennemi; plusieurs pièces tombent en son pouvoir. Nous en reprenons plusieurs, nous les emmenons; mais d'autres restent sur la place, soit parce que les chevaux manquent, soit par toute autre raison; et nous ne pouvons consacrer beaucoup de temps à les mettre en état de nous suivre, à cause de la proximité des masses d'infanterie qui nous suivaient, en fusillant toujours avec nous. Par suite de cette impossibilité, nous avons perdu beaucoup de pièces: je n'en ai pas l'état précis, mais je crois que le nombre s'élève de douze à quatorze. La perte en hommes a été peu considérable, et je suis convaincu que l'ennemi a pris très-peu de monde, parce qu'il n'y a pas eu un seul bataillon d'ouvert par les charges de cavalerie. Nous sommes arrivés à Fétieux. L'ennemi suivant vivement et la confusion étant au comble, il a fallu nécessairement passer le village pour trouver une barrière, arrêter tout le monde, et réorganiser le personnel et le matériel. Le général Digeon se rend cette nuit à Béry-
au-Bac, dans l'objel de réorganiser l'artillerie qui reste. Nous n'avons encore pu ce soir mettre de l'ordre dans les corps, qui sont tous confondus et hors d'état de faire aucun mouvement et de rendre aucun service; et, comme il y a bon nombre d'individus qui se sont portés à Bér\ -au-Bac, je me vois forcé de m'y rendre pour remettre tout dans un état convenable demain matin. Tel est. Sire, l'étrange événement qui a eu lieu ce soir, mais qui aurait pu être bien pis encore, si les troupes, après le premier moment de terreur qui les a fait m.ettre en marche sans ordre, n'avaient pas été sensibles aux reproches et disposées par là à bien faire. Je prends la liberté de vous le répéter, notre perte ne serait rien sans les canons que nous avons laissés dans les fossés de la route. Nous avons eu sûrement affaire à vingt mille hommes. »