‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 21 sur 156 · LIVRE XXV. — 1855-1838. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE XXV. — 1855-1838. 4i

directions. On en voit d'importantes. Il y a une tort belle fabrique de porcelaines, située à une lieue dans la vallée; mais une autre plus belle et plus considérable est placée à Elbogen, petite ville trèspittoresque, située sur le chemin d'Égra. Toutes ces manufactures sont élevées avec économie. Aucun luxe de construction ne s'y remarque; aussi prospèrent-elles.

La composition de cette porcelaine est parfaite, et peut être comparée à ce qu'il y a de mieux en Europe. On sait que plus la proportion d'alumine est forte et moins il y a de silice, plus la porcelaine est parfaite. La porcelaine est un sel double d'alumine, de silice et de potasse. Les procédés de fabrication sont les mêmes que partout; mais on emploie pour certains objets de très-grande dimension, pour les vases qui sortent de grandeur ordinaire, un procédé qui mérite d'être connu. Un moule fait en plâtre se compose de deux parties, qui se joignent hermétiquement. On emplit le vase d'une pâte liquide et, au bout de quelques minutes, on le vide. Toute la partie liquide qui a touché le moule s'est solidifiée, le plâtre du moule ayant absorbé l'eau de la pâte. On donne au vase l'épaisseur que l'on veut, en augmentant le temps pendant lequel on laisse la pâte liquide dans le moule; mais tout cela est l'affaire de quelques minutes. Quand

il est suffisamment sec, on sépare les deux parties du moule et on cuit le vase. La porcelaine faite ainsi est seulement un peu moins douce; mais, pour' en déguiser les inconvénients, on polit l'ouvrage extérieurement avant de le mettre au feu, quand la pâle est encore un peu molle, avec une règle flexible et à la main. A Elbogen, j'ai vu imprimer sur porcelaine; le procédé est simple et ingénieux.

On opère sur le biscuit qui n'a été qu'au dégourdi et qui est encore poreux. On se sert d'un papier fort, enduit d'un mastic. On imprime sur le mastic au moyen d'una plaque gravée en cuivre. L'impression faite, l'empreinte prise se trouve présenterl'image renversée; mise sur le biscuit, elle se trouve redressée. Le papier se détache par le lavage, sans emporter la moindre parcelle de la couleur entièrement absorbée par le biscuit. Le vernis est donné ensuite et l'objet est cuit. Si on y ajoute un petit filet d'or, il faut cuire de nouveau. On sait que, pour dorer, on dissout l'or dans l'eau régale, puis on le précipite avec du sulfate de fer. Il en résulte une matière noire qui, combinée avec de l'huile, donne la couleur dont on se sert. Exposé au feu et bruni à la main, l'or est mis à nu et reprend sa couleur et son éclat.

Arrivé à Égra, j'allai visiter la chambre où Waldstein fut assassinée Linsu de ses gardes. La maison

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est restée la même, et l'on montre encore par quelle issue les assassins pénétrèrent jusqu'à lui. Ce logement n'était guère en rapport avec ce qu'on nous raconte de son faste. On m'a montré aussi à la maison de ville l'une des deux hallebardes qui servirent à le tuer; l'autre est à Duchs. On a conservé également à la maison de ville l'épée qu'il faisait porter devant lui. J'allai coucher à Franzensbad, situé à deux lieues d'Égra. L'établissement est frais et bien planté, mais placé au milieu d'une immense plaine triste et monotone. 11 y a sept sources, toutes froides, gazeuses et ferrugineuses. On les dit salubres comme moyen tonique. On les boit et on prend aussi des bains, avec les eaux seules ou bien avec des boues de marais fortement imprégnées de ces gaz, et dont le mélange est fait après avoir suffisamment chauffé l'eau. Une chose nouvelle pour moi et dont je n'avais jamais entendu parler, ce sont les bains de gaz. Il y a des ouvertures d'où un gaz abondant, venant par-dessous terre, est conduit par des tuyaux à robinet dans des baignoires fermées, où on le reçoit et où l'on se soumet à son action.

Les environs de Franzensbad ou Francisbad présentent deux choses remarquables. Une partie de la plaine est composée d'enveloppes d'animaux microscopiques, qui forment un sable impalpable de

phosphate calcaire. 11 est de même nature que celui des environs de Postdam, en Silésie, et des bords de la mer Glaciale. Les Lapons le font entrer en partie dans la fabrication de leur pain. L'autre chose, c'est le cratère d'un volcan éteint, qui semble avoir été un volcan sous-marin. A une distance assez considérable autour de lui, le terrain ne se compose que des cendres qu'il a vomies.

Je partis de Franzensbad pour me rendre à Kœnigswart, château du prince de Metternich, où il m'avait donné rendez-vous. Je trouvai le pays mieux que sa réputation ne me l'avait fait supposer. Il est sévère, mais il a du mouvement; les montagnes sont bien boisées; tout est cultivé dans les plaines. Une eau abondante et réglée arrose de très-belles prairies.

Le château est vaste, mais sans aucune architecture; c'était autrefois une espèce de grande ferme. Le prince de Metternich l'a fait réparer, augmenter, embellir, et c'est aujourd'hui une habitation , bonne et convenable. Elle se compose d'un corps de logis et de deux ailes formant le fer à cheval. Chaque aile est terminée par deux tours carrées qui viennent d'être élevées. La maison était couverte en bois; on y a substitué une couverture en tôle. Une fort belle chapelle, d'un bon style et trèsgrande, a été également construite par le prince.

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