‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 88 sur 156 · LIVRE XXVI. — CORHESPOiXDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI. — CORHESPOiXDANCE

résistance d'autant plus opiniâtre, qu'elle deviendrait infailliblement nationale. Méhémet-Ali, même avec la certitude de succomber, prouvera ce qu'on peut faire encore avec du courage et de la résolution.

(( Agréez, etc., etc.

« BOGHOS-JOUSSOUF

Voici les deux lettres que je lui écrivis en réponse :

« Vienne, le 8 septembre 1859.

« Monsieur,

c( J'ai reçu avec un véritable plaisir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 6 août, qui vient seulement de me parvenir. Je me suis identifié avec les intérêts de l'Egypte, avec la cause de Méhérnet-Âli, et j'ai joui du succès de ses armes. Aussi toutes les nouvelles qui viennent de votre pays sont-elles remplies d'intérêt pour moi, et, quand elles me sont adressées, elles sont reçues avec reconnaissance. J'accepte, monsieur, avec empressement la promesse que vous me faites de m'écrire souvent, et je prends l'engagement de vous répondre exactement.

« J'ni joui beaucoup de la victoire de Nézib; el'e a satisfait mon penchant et réalisé mes prédictions.

J'avais annoncé à tout le monde ici et répété à satiété que, s'il y avait une collision, l'armée ottomane serait, non-seulement battue, mais encore dispersée et détruite, et il me semble que les choses se sont passées précisément ainsi. J'ai reçu de Soliman-Pacha une relation très-intéressante de la bataille, que j'ai communiquée à plusieurs personnes; lue avec un grand intérêt, elle a appris à chacun combien l'armée égyptienne est devenue manœuvrière, car on ne pouvait pas exécuter le mouvement décisif qui a été fait sans avoir des troupes très-instruites et très-disciplinées.

c( Yous imaginez bien que toutes les affaires qui vous concernent sont l'objet de toutes les conversations et l'aliment de tous les discours. Chacun a son système, et, pour mon compte, je remets à une époque peu éloignée à vous communiquer mes idées à cet égard, pouvant profiter alors dune occasion sûre; mais tout le monde s'accorde à trouver que le vice-roi a prouvé une grande habileté en montrant une si grande longanimité avant l'explosion, en apportant ainsi à l'Europe la preuve qu'il ne voulait pas sortir des limites de ses doits reconnus, et en s'en tenant à une défensive légitime et nécessaire. En cette circonstance, il est vrai, il a été servi puissamment par les passions et l'aveuglement de ses ennemis; mais c'est un auxiliaire pré-

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