‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 116 sur 260 · SUITE DU JOURNAL DE MADAME D'EPINAY · texte numérisé non relu

SUITE DU JOURNAL DE MADAME D'EPINAY

Mes indispositions réitérées et mes affaires ne m'ont pas permis de m'occuper depuis longtemps de mon journal. 11 faut que je le reprenne; et je commencerai, mon tuteur, par vous dire que M. de liellegarde a enfin consenti au mariage de M. de Jully, malgré l'éloignement qu'il avoit d'abord montré pour prendre une bru dans la famille des Cliambon. Mais sa tendresse, ou, si vous aimez mieux, sa foiblcsse pour ses enfants est si grande, (ju'il n'a pu se refuser au bonheur de l'un d'eux. N'attendez pas de moi que je vous fasse aucun détail de ce inariagc\Les deux époux sont heureux: c'est tout dire.

* Le mariage avait eu lieu l'année précédente, le 50 juin 174U, dans la cliapcllc iloniesliiiuc de la Chevrelle, dépendant de la paroisse de Deuil. L'époux est qualifié dans lacté « écuyer, iiis mineur de M. La Live de Bellegaide, seigneur dÈpinay, de Deuil, la ChevreUe, etc., » et

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Ils jouissent d'une félicité que je désire qui soit durable; mais j'ai été aussi heureuse, une fois; et j'ai bientôt cessé de l'être.

Mon mari me laisse un peu plus tranquille depuis notre arrangement, et je mène actuellement une vie absolument conforme à mon goût. Rien ne manqueroit à mon bonlieiir, si je jouissois d'une santé moins misérable, Francueil vient tous les deux jours passer la soirée avec moi; et on le trouve très-bon. J'ai beaucoup éloigné de visites importunes. Miulamo de Maupeou, mes bellessœurs, M. de Francueil, M. Rousseau, M. Gauffccourt, le chevalier de Valory et mademoiselle d'Ette; voilà ce qui fait le fond de ma société.

Je vous dirai, mon cher tuteur, que je commence à concevoir beaucoup d'espérance de mon fils. Cet enfant apprend avec facilité, il a de la mémoire et montre du jugement. Il est doux, trop docile même pour ?on âge. Je veux faire une étude particulière des défauts et des vertus qu'il annonce, et mettre tous mes soins à le former. Il y a près d'un mois que mon beau-] ère a déjà parlé du colicge pour lui. J'ai hasardé de rejeter ce projet, mais sans fruit. Depuis ce moment, je me suis assujettie à donner moi-même à mon fds ses leçons; je tâche surtout de l'amuser; et, réellement, il profite. J'espère, si mes succès continuent, qu'on me le laissera. Cette occupation est délicieuse. Mes journées sont partagées

l'épouse « Louise-Elisabeth Chambon, fille mineure de défunt Léoncr Chambon, écuyer, et de dame Elisabeth Belon. b Elle avait vingt ans, et son nKiri vingt-quatre, mais on n'clait majeur qu'à vingt-cinq ans.

C'est l'oncle André Prouveur qui fit la cérémonie, « par permission de M. Lejûllivet, cure de Deuil. » Parmi les témoins figure le plus jeune des trois fils de M. de Bellegarde ■ Alexis-Janvier La Live de la Briche, « ccnyer, demeurant au collège du Plessis. » Il avait qualorie ans.

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