‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 141 sur 429 · IMPRESSIONS DE COMMYNES SUR VENISE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE COMMYNES SUR VENISE

[r. Arrivée de Commynes à Venise.] — Or est temps que je die quelque chose des Veniciens et pour quoy je y estoiz allé{, car le roy estoit à Napples, au dessus de ses affaires.

Mon allée fut d’Ast2, pour les remercier des bonnes responces qu'ilz avoient faictes à deux ambassadeurs du roy 3 et pour les entretenir en son amour, s’il m’estoit possible ; car, voyant leur force, leur sens et conduicte, ilz le pouvoient aiséement troubler, et nulz aultres en Ytalie.

Le duc de Millan, qui me aida à depescher, escripvit à son ambassadeur qui est? là resident (car tousjours y en a ung) qui me tint compaignée et adroissasti. Et a° sondit embas-

a. Or est-il éd. Dupont. — b. estoit éd. Dupont. — c. avoit éd. Dupont.

1. Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, t. IT, p. 104 et suiv., consacre son chapitre virt, Ambassade de Commynes à Venise, à la mission dont il est ici question ; il publie de nombreux documents à ce sujet. Nous reprendrons l'étude détaillée de cet important épisode de l’histoire diplomatique dans notre ouvrage en préparation sur La politique espagnole dans la première guerre d'Italie.

2. Cf. ci-dessus, p. 46. Commynes quitta Asti le 26 ou 27 septembre, probablement dans la nuit du 26-27.

3. Delaborde, L'expédition de Charles VIII, p. 360, et Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 239, parlent des deux ambassadeurs dont il est ici question et qui furent envoyés à Venise en mars et avril 1494 : Jean des Serpens, sire de Citain, et Raoul de Lannoy, sire de Morvilliers (Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. IV, p. 24 et 41).

4. Entendez : afin qu’il me tint compagnie et me servît de guide (le sens de « adroisser » est « redresser », c’est-à-dire « diriger »). Il y avait, dans les pratiques de la Seigneurie, dans ce mystère impressionnant du palais des doges, des usages et des secrets dont Commynes avait besoin d’être instruit. Mais surtout Ludovic Sforza, qui cachait son jeu, affectait de marcher, à cette heure

COMMYNES A VENISE (2 octobre 1494) 107

safeur cent ducatz le moys de la Seigneurie et son logis bien acoustré 1, et trois barcques qui ne luy coustent riens, pour les mener par la ville. Celuy de Venise en a autant à Millan, sauf les barcques, car on y va à cheval, et à Venise par eaue.

Je passay, en allant, par leurs citéz, comme Bresse, Veronne, Vincence, Padoua? et aultres lieux. Partout me fut faict grant honneur, pour l'honneur de celuy qui m’envoyoit ; et venoit grand nombre de gens au devant de moy, avecques leur potestat? ou cappitaine ; car ilz ne saillent point tous deux, mais le second venoit jusques à la porte par le dedans. I1z me conduisoient jusques à l’hostellerie et commendoient à l’hoste que habundanment fusse traicté et me faisoient defraier avecques toutes honnourables parolles. Mais qui compteroit bien ce qu’il fault donner aux trompètes et tabourins®, iln'y a guères de gaing à ce deffray 4 ; mais le traictement est honnourable.

Ce jour que j’entray à Venise vindrent au devant de moy jusques à la Chafasinef, qui est à cinq mil de Venise ; et là on

a. aux tabourins et aux trompettes éd. Dupont.

délicate, d'accord avec l'agent de Charles VIII à Venise. Il faut se rappeler, en effet, que le départ de Commynes d’Asti coïncide avec le moment où est, en apparence au moins, le plus intime l’accord franco-milanais.

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