‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 143 sur 429 · LE SITE DE VENISE · texte numérisé non relu

LE SITE DE VENISE

laisse le bateau en quoy on est venu de Padoua au long d’une rivière! et se mect-l’on en petites barquètes® bien nectes et couvertes de tappisserie, et beaulx tappis veluz dedans pour se seoir dessus. Et jusques là vient la mer et n’y a nulle plus prochaine terre pour arriver à Venise ; mais la mer y est fort plate, sy? ne faict tormente ; et à ceste cause qu'elle est ainsi plate, se prend grand nombre de poisson et de toutes sortes.

[2.] Digression ou discours, aucunement hors de la matière principale, par laquelle Philippe de Commynes, autheur de ce present livre, parle assez amplement de l’estat et gouvernement de la seigneurie de Venise et de ce qu'il veit et y fut faict pendant qu'il estoit ambassadeur pour le roy en leur ville de Venise. — Et fuz bien esmerveillé de veoir l’assiète de ceste cité et de veoir tant de clochiers et de monastères et si grand maisonnement et tout en l’eaue et le peuple n'avoir nulle aultre forme d’aller que en ces barcques, dont je croy qu'il s’y en fineroit trente mil; mais elles sont fort petitest. A l’environ de ladite cité y a bien soixante et dix* monastères, à moins de demye lieue françoise, à le prendre en rondeur (qui tous sont en ysle, tant d'hommes que de femmes, fort beaulx et riches, tant de ediffices que parement’, et ont fort beaux jardrins), sans comprendre ceulx qui sont dedans la ville, où sont les quatre ordres de mendians?, bien soixante et douze parroisses 3 et mainte confrairie ; et est chose bien estrange de veoir si belles et si grandes eglises fondées en la mer.

a. barques éd. Dupont. — b. s'y éd. Dupont. — c. si P.— d. petitez P, que suit B. de Mandrot. — e. septante éd. Dupont. — f. que de paremens éd. Dupont.

hôtellerie où l’on s’arrêtait, pour prendre ensuite le bateau qui transportait les voyageurs à Venise.

1. Cette rivière est la Brenta. Commynes l'avait descendue de Padoue à Fusina.

2. Commynes désigne ici les Carmes, les Jacobins, les Cordeliers et les Augustins.

3. Une paroisse s'élevait sur chacune des soixante-douze îles de Venise, les chapelles n'étant pas comprises dans ce nombre.

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