‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 232 sur 429 · Entendez : ils enlevèrent leurs chevaux au petit galop · texte numérisé non relu

Entendez : ils enlevèrent leurs chevaux au petit galop

BATAILLE DE FORNOUE (6 juillet 1495) 185

cousté gauche, là où j’estoye, leur donna sur le cousté, qui fut grant avantaige“, et n’est possible au monde de plus hardiement donner que l’on donna des deux coustéz. Leurs stradiotz, qui estoient à leur? queuhe, virent fouyr mulletz et coffres vers nostre avangarde et que leurs compaignons gaignoient. Tous allèrent celle part, sans suyvre leurs hommes d’armes, qui ne se trouvèrent point acompaignéz ; car sans doubte si ung mil cinq cens chevaulxligiers ! se fussent mesléz parmy nous, avecques leurs cymetaires au poing, qui sont terribles espées, au‘ petit nombre que nous estions, nous estions desconfictz sans remède. Dieu nous donna ceste aide, et tout aussi tost comme les coups des lances furent passéz, les Ytaliens se myrent tous à la fuyte, et leurs gens de pied se jettèrent au coustau 4? ou la pluspart.

À ceste propre instance qu'’ilz donnèrent sur nous, donna le conte de Gaïiasse sur l’avengarde ; mais ilz ne joignirent point si près, car, quant vint l'heure de coucher les lances, ilz eurent peur et se rompirent d’eulx-mesmes ?. Quinze ou vingt en prindrent là les Almans par les brides*, qu’ilz tuèrent ; le reste fouyt/ mal chassé, car le mareschal” mettoit grant peyne à tenir sa compaignée ensemble, car il veoit encores grand compaignée assez près de luy. Toutesfoiz quelzqu’uns en chassèrent, et partie de ces fuyans venoient le chemin où

a. advantaige grant éd. Dupont. — b. à la éd. Dupont. — c. veu le éd. Dupont. — d. se jectèrent au costé éd. Dupont. — e. bendes éd. Dupont. — f. fut éd. Dupont. — g. mareschal de Gié éd. Dupont.

1. Ce sont les chevaux-légers dont il a été question à la fin du chap. vint (p. 168).

2. Commynes veut dire qu'ils s’enfuient par le coteau. En somme, les assaillants, contents d’avoir pillé les bagages, se retirent en hâte par la montagne, emportant leur butin.

3. L'attaque sur l’avant-garde, conduite par Caïazzo, échoua ; mais Gié ne fit rien pour transformer la retraite du marquis de Mantoue en déroute. Il estimait ses forces trop faibles et craignaït, s’il ordonnait une poursuite, une dislocation dangereuse des troupes dont il disposait. Cf., à ce sujet, un peu plus bas, p. 188, n.5.

4. C'est-à-dire sans être sérieusement poursuivi, pris en chasse. Cf. la note précédente.

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nous avions combatu, le long de la grève!, les espées au poing ; car les lances estoient gectées.

Or vous fault sçavoir que ceulx qui assaillirent le roy se myrent incontinent à la fuyte, et furent merveilleusement vivement“ chasséz, car tout ala après?. Les ungs prindrent le chemin du villaige dont estions partiz, les aultres prenoient le plus court en leur ost; et chassa tout”, excepté le roy 3. Avecques poy‘ de gens demoura, qui se mist en grand peril pour ne venir quant et nousi. L’ung des premiers hommes tué fut le seigneur Rodof de Mantoua, oncle dudit marquis, qui devoit mander à ce messire Anthoyne d’Urbinÿ quant il seroit temps qu’il marchast : et cuydoient que la chose dust durer comme font leurs faictz d'armes d’Itallye. De cela s’est excusé ledit messire Anthoine ; mais je croy qu'il ne vit nulz signes pour le faire venir.

Nous avions grant sequelle6 de varletz et de serviteurs, qui tous estoient à l’environ? de ces hommes d’armes ytaliens, et en tuèrent la pluspart de ce qui en fut tué; et presque tous* avoient des haches pour coupper boys’ en la main, de quoy ilz faisoient noz logis, dont ilz rompirent les visières des armetz£$, et leur en donnoient de grans coup sur

a. et vivement éd. Dupont. — b. tout chassa éd. Dupont. — c. qui avec peu éd. Dupont. — d. Et de cela éd. Dupont. — e. la pluspart ; ceulx-ci presque tout éd. Sauvage ; ceulx-ci presque tous éd. Dupont. — f. à couper boys éd. Dupont. — g. armez éd. B. de Mandrot.

1. Entendez: que ces fuyards étaient rejetés sur les bords du Taro.

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