‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 297 sur 429 · Jacques de Vendôme · texte numérisé non relu

Jacques de Vendôme

4. Il est difficile d'apprécier ici jusqu’à quel point le désir de se justifier contre ses censeurs a influé ici sur Commynes, qui, en tout cas, plaide aussi habilement que possible sa cause.

242 TRAITÉ DE VERCEIL (9 octobre 1495)

qu'elle ne tiendroit point ; mais nous avions neccessité de la faire pour maintes raisons que avez entendues, et pour la saison qui nous y forsoit®, et par faulte d’argent, et pour # departir honnourablement avecques une honnourable paix par escript, qui se pourroit envoier partout, comme elle fut. Et ainsi l’avoit conclud le roy en ung grant conseil, present le duc d’Orleans.

La substance estoit! que le duc de Millan serviroit le roy, de Gennes°, contre tout le monde et en ceste heure-là propre, de deux navesd à ses despens, pour aller secourir le chasteau de Napples, qui encores tenoit ; et, l’an après, de trois ; et de sa personne serviroit le roy de rechief en l'emprise du royaulme, en cas que le roy y retournast, et donneroit passaige aux gens du roy. Et, en cas que les Veniciens ne acceptassent la paix dedans deux moys et qu’ilz voulsissent soustenir la maison d’Arragon, il devoit servir: le roy contre eulx, moyennant que tout ce que le roy prendroit de leurs terres luy seroient baillées, et emploiroit sa personne et subjectz. Et quittoit au roy quatre vingts mil ducatz de cent quatre vingt mil’ qu’il luy avoit prestés en ce voyage que le roy avoit faict ; et devoit baiïller deux ostaiges de Gennes pour seüreté?. Et fut mis le chastellet3 entre les mains du duc de Ferrare, comme neutre, pour deux années ; et paioit ledit duc la

a. pour la saison d’yver qui nous y contraignoit éd. Dupont. — b. et pour nous éd. Dupont. — c. de Gènes éd. princeps, éd. Sauvage et éd. Lenglet ; de gens éd. 1530 et éd. Dupont. — d. et en ce faisant il feroit equiper deux navires éd. Dupont. — e. soustenir éd. Dupont. — j. cent 1111 xx mil éd. princeps ; cent quatre vingtquatre mil éd. Sauvage, éd. Lenglet et éd. Dupont, chiffre erroné.

1. En face de cette analyse, on peut placer le texte même du traité de Verceil. Il figure au Recueil des ordonnances, t. XX, p. 485 et suiv.

2. Mie Dupont, au t. II de son édition, p. 527, n. 2, signale que l’un des otages génois était le fils aîné d’Agostino Adorno.

3. Le Châtelet ou Roque de Gênes. Il ne s’agit nullement ici, comme le croyait Mile Dupont, au t. II de son édition, p. 527, n. 3, de la place de Castelleto.

AGITATION PARMI LES SUISSES (10 octobre 1495) 243

moittié de la garde qui estoit audit chastellet et le roy l’autre ; et, en cas que le duc de Millan fist riens de Gennes contre le roy, ledit duc de Ferrare pouvoit bailler ledit chastellet au roy. Et devoit baïller deux aultres ostaiges de Millan, qu’il baïilla ; et aussi eussent faict ceulx de Gennes si leroy n’eust esté si hastif de partir ; mais, dès qu’il le veït party, il s’excusa !.

[2. Les Suisses se mutinent.] — Dès ce que nous fusmes retournéz de faire jurer ceste paix au duc de Millan? et que les Veniciens eurent prins terme de deux moys de l’accepter ou non (car plus avant ne s’y4 voulurent mettre), ledit seigneur jura aussi ladite paix, et l’endemain ? delibera de partir, comme celuy qui avoit grant envie de retourner en France etc toute sa compaignéeë. Mais, la nuyt, les Suysses qui estoient en nostre ost se misdrent en plusieurs conseils, chascun avecques ceulx de son canton, et sonnèrent leurs tabourins et tindrent leur rin4#, qui est leur forme de conseil. Et ces choses que je diz me compta Lornay#, qui estoit ung des chiefz d’entre eulx et tousjours a esté, et qui entend bien leur langue ; et estoit couchié en l’ost et en vint la nuyt* advertir le roy. Les ungs disoient qu’ilz prinsent le roy et toute sa

a. si P. — b. dès le lendemain éd. Dupont. — c. et avoit éd. Dupont. — d. reng ou renc partout sauf dans P, que suit B. de Mandrot. — e. la nuyt n’est que dans P, que suit B. de Mandrot.

1. Entendez : il (le duc) trouva une excuse pour ne point livrer les otages.

2. Après la signature, le 9 octobre, Gié, Ganay et Rigault d’Oreille, qui avaient mené les derniers pourparlers avec le duc de Milan, vinrent à Verceil pour obtenir la ratification et le serment de Charles VIII (10 octobre); toutefois, les négociations continuèrent encore pour l’exécution des articles, car, le 13 octobre, de Trino, Charles VIII délivre une nouvelle lettre de créance pour Commynes et Rigault d’Oreille envoyés à Sforza (Lettres de Charles VIIT, éd. Pélicier, t. IV, p. 304).

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