LA CHARTREUSE DE PAVIE
mot du duc de Milan, qui jà eust voulu le roy hors d'Italie et en avoit faict ou en vouloit encores faire son prouffict pour avoir les places qu’il avoit conquises. Et pressa fort le roy pour avoir Seresanne et Pietre Sante“, qu’il disoit appartenir aux Genevoys! ; et presta au roy lors trente mil ducatz ; et le m'a dit?, et à plusieurs aultres depuys, que on luy promist de les luy baïller. Et merveilleusement mal content se partit du roy pour le reffuz, disant que ses affaires le contraignoient de s’en retourner; mais oncques puis le roy ne le vit3, mais laissa messire Galiace de Sainct-Severin avecques le roy, et entendoit qu'il fust en tous conseilz, ou le conte Carle de Bellejoyeuse, dont a esté parlé 1.
Estant le roy dedans Pise, ledit messire Galiace?, conduict de son maistre, fist venir en son logis des principaulx bourgeois de la ville et leur conseilla se rebeller contre Florentins et requerir au roy qu'il les mist en liberté, esperant que par ce moyen ladite cité de Pise tumberoit soubz la main du duc de Milan, où autresfoiz avoit esté du temps du duc Jehan Galiace, le premier de ce nom en la maison de Milan, ung grant et mauvais tirant, mais honourable toutesfoiz : son corps est aux Chartreux à Pavye, près du Parc, plus hault que le grand ostel: ; et le m'ont monstré les Chartreux, au moins ses os (et y monte-l’on par une eschelle), lesquelz sentoient comme la nature ordonne. Et ung natif de Bourgef
a. Cersanne et Pietresaincte éd. Dupont. — b. Galleasche éd. Dupont. — c. haultier éd. princeps ; autel éd. Dupont.
1. Dire que ces places devaient revenir aux Génois était, pour Ludovic Sforza, une façon de les revendiquer.