FAUTES DE PIERRE DE MÉDICIS
delibera de resister ou partir: de la ville. Mais tost oÿté crier par tout : « Libertal Liberta®l », et vit le peuple en armes. Et ainsi partit: de la ville, comme bien conseillé, o/ l’aide! dudit Paul Orsin, qui fut une piteuse departie? pour luy, car en puissance et en biens? il avoit esté esgal! aux grans princes, et luy et ses predecesseurs, depuis Cosme!, qui fut le chief. Et ce jour se mist à courre fortune/ et perdit honneur et biens.
Et j’estoie à Venise ; et par l'ambassadeur florentin estant là sceü“ ces nouvelles3, qui bien me despleürent, car j’avoys aymé le père ; et, s’il me eust voulu croire, il ne luy fust point ainsi mesadvenu : car, sur l'heure que je arryvay à Venise, luy escripvitz! et offris l’appoincter "4, car j'en avoie le pouvoir de bouche du seneschal de Beaucaire et generalÿ, et eust esté content le roy du passaige, ou à pis venir, d’avoir Libournef entre ses mains et faire toutes chouses que Pierre eut sceü demander. Mais il me respondit comme en mocquerie par le moyen de ce sire Pierre que j’ay nommé ailleurs7.
a. resister aux partisans éd. Dupont. — b. tost on ouyt éd. Dupont. — c. Liberté, liberté éd. Dupont. — d. et vint éd. Dupont. — e. partit ledit Pierre éd. Dupont. — f. à éd. Dupont. — g.et en biens omis par P, que suit B. de Mandrot. — h. quasi esgal éd. Dupont. — i. Cosme de Medicis éd. Dupont. — j. se mist à luy courre sus fortune éd. Dupont. — k. je sceuz éd. Dupont. —l. escripvis éd. Dupont. — m. 1’ omis par éd. Dupont.
. C'est-à-dire : avec l’aide.
. Delaborde, L'expédition de Charles VIII, p. 443 et suiv. . Cf. ci-dessous, p. 48.
. Entendez : j'offris de lui faire faire un accommodement. . C'est-à-dire que Commynes avait reçu oralement pouvoir de Vesc et de Briçonnet. La lettre de Commynes à Pierre de Médicis dont il s’agit ici n’a pas été conservée ; mais ce que notre auteur nous en dit cadre bien avec ce que Pierre de Médicis écrivait vers le même temps à Soderini (Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, t. II, p. 127-128).
6. Livourne. Étant à Venise, Commynes s'intéressait au sort de cette place (Kervyn, Tbid., p. 140).
7. ll peut s’agir soit de Pietro Capponi (ci-dessus, p. 43), comme
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64 PIERRE DE MÉDICIS A VENISE (novembre 1494)
Ledit ambassadeur! porta le lendemain lettres à la Seigneurie de par ses seigneurs‘, contenant comme il avoit esté chassé pour ce qu'il se vouloit faire seigneur de la ville par le moyen de la maison d’Arragon et des Orsins, et assés ? aultres charges qui n’estoient point vrayes?. Mais telles sont les adventures du monde que celluy qui fuyt et pert ne trouve point seullement qui le chasse, mais ses° amys tournent ses ennemys, comme fit cest ambassadeur nommé Paul Anthoyne Soderin, qui estoit des saiges hommes qui fust en Ytalie : le jour devant, m’avoit parlé dudit Pierre comme s’il eust esté son seigneur naturel, et à ceste heure se declaire“i son ennemy par commendement de sa* Seigneurie ; mais de soy ne faisoit nulle declaration. Le jour après, sceüt/ comme ledit Pierre venoit à Venise et comme le roy estoit entré en grant triumphe à Florence, et luy mandoient” qu'il print congié de ladite Seigneurieÿ et qu'il s’en retournast et qu'il failloit qu’ilz navigeassent * avecques ce vent (et veïs la lettre, car il la me monstra) et s’en partit.
a. de par ses seigneurs n'est que dans P, suivi par B. de Mandrot. — b. assés P} assez éd. Dupont. — c. ses omis éd. Dupont. — d. desclara éd. Dupont. — e. la éd. Dupont. — f. je sceuz dans toutes les anciennes éditions ; sceu P, que B. de Mandrot corrige avec raison en sceut. — g. et mandoient audict ambassadeur éd. Dupont. — h. qu'il navigeast éd. Dupont.
le croit Mile Dupont (au t. II de son édition, p. 359, n. 1), soit de Pietro Soderini (ci-dessus, p. 40), comme le préfère B. de Mandrot (au t. II de son édition, p. 162, n. 2).
1. Paolo-Antonio Soderini. Il était à Venise en même temps que notre auteur. Cf. Kervyn de Lettenhove, loc. cit., p. 121, 144 et 145.
2. C'est-à-dire : et beaucoup (assez est pris ici dans le sens ancien du mot, qu'a retenu l'italien assai) d’autres accusations fausses.