‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 155 sur 315 · CAMPAGNE DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE CONTRE LES LIÉGEOIS · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE CONTRE LES LIÉGEOIS

Tousjours se traictoient® choses secrettes et nouvelles entre les princes. Le roy estoit si iré contre le duc de Bourgogne et le duc de Bretaigne que merveilles? Et avoient lesditz ducz grand peine pour avoir nouvelles les ungs des autres : car souvent avoient empeschement leurs messaigiers et, en temps de guerre, failloit qu’ilz vinssent par mer; et, pour le moins, failloit que de Bretaigne passassent en Angleterre et puis par terre jusques à Douvres et passer à Calaix ; ou, s’ilz venoient par terre le droit chemin, ilz venoyent en grant peril!.

En toutes ces années et autres subsequentes des differens qui ont duré environ vingt annéesd ou plus, les unes en guerres, les autres en trefves et dissimulations, que chascun des princes comprenoit par la trefve ses alliéz, a fait Dieu ce bien au royaulme de France, que les guerres et divisions au pays d'Angleterre estoient encores en nature qui povoient estre commancées quinze ans par avant, où il y a eu de grandes et cruelles batailles, et maint homme de bien fait mourir. Et tous disoyent qu'ilz estoient traistres, à cause qu’il y avoit deux maisons qui pretendoient à la couronne d'Angleterre : c’est assavoir la maison de Lanclastre et la

a. trouvoient D. Nous corrigeons d’après les autres manuscrits. — b. P donne tiré entre au lieu de si iré contre et supprime que merveilles. Le sens est aussi plausible, avec la leçon que nous adoptons, quoi qu'en dise B. de Mandrot (éd., t. I, p. 103). P a probablement interprété.

1. H. Stein, Étude sur Olivier de la Marche, p. 39 et suiv., raconte l’histoire d’Olivier de la Marche qui illustre le texte de Commynes.

2. Estimation qui n’a aucune rigueur. Dans ce passage, Commynes veut faire observer, avec raison, que les divisions d’Angleterre ont rendu grand service à la France au cours de la guerre de Cent ans.

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