DANGER DES ENTREVUES PRINCIÈRES
mareschal ne vouloit point moins de mal au roy que les autres dont j’ay parlé, à cause de la ville d’Epinal assise en Lorraine, qu’il avoit autresfois donné audict mareschal, et depuis la luy osta pour la donner au duc Jehan de Calabre, duquel assez de fois a esté parlé en ces presens memoiresf{.
Tost fut le roy adverty de l’arrivée“ de tous ces gens dessus nomméz et de l’abillement? en quoy ilz estoient arrivéze. Et en entra en grand paour, et envoya prier le duc de Bourgongne qu’il peüst loger au chasteau et que tous ceulx-là qui estoient venuz estoient ses malveillans. Ledict duc en fut très joyeux, et luy fit faire son logis et l’asseüra fort de n’avoir nulle doubte.
Grant follie? est à ung prince de se soubmettre à la puissance d’un autre, par especial quant ilz sont en guerre, et4 est grant advantaige aux princes d’avoir veü des hystoires en leur jeunesse‘, èsquelles voyent largement de telles assemblées et de grans fraudes et tromperies et parjuremens que aucuns des anciens ont fait les ungs vers les autres et prinz et tuéz ceulx qui en telles seüretéz s’estoient fiéz. Il n'est pas dit que tous en ayent usé, mais l’exemple d’ung est assez pour en faire saiges plusieurs et leur donner vouloir de se garder.
Et est, ce/ me semble (ad ce que j’ay veü par experiences de* ce monde, où j'ay esté autour des princes l’espace‘ de dix huit ans ou plus, ayant clère congnoissance des plus grandes et secrètes matières qui se soient traictées
a. D écrit armée. Nous corrigeons d’après les autres manuscrits. — b. d'habillement M. — c. M a la même leçon que D. Mais P et les autres ont arméz. — d. et D. Les autres manuscrits ont ou ilz ont esté en tous endroictz. B. de Mandrot coupe la phrase après esté. — e. en leur jeune eaage B; en leur jeune eage M. — f. et si me P; et si me semble À. — g. esperance P. — h. en P. — i. par l’espace À.