L'ÉDUCATION DES PRINCES
“hardiz de leur faire entendre mensonges. Et croyez que Dieu n’a point estably l'office de roy ny d’autre prince pour estre exercé par les bestes ny par ceulx qui par“ gloire dient : « Je ne suis point clerc, je laisse faire à mon conseil; je me fie en eulx? » et puis, sans assigner aultre raison, s’en vont à leurs esbatz. S’ilz avoient esté bien nourriz{ en la jeunesse, leurs raisons seroient autres, et auroient envie que l’on estimast leurs personnes et leurs vertuz.
Je ne veulx point dire que tous les princes se servent de gens mal condicionnéz, mais bien la pluspart de ceulx que j'ay congneü n’en ont pas tousjours esté desgarnyz. En temps de nécessité ay-je bien veü que les aucuns saiges se sont bien sceü servir des plus apparens: et les cercher sans y riens plaindre.
Et, entre tous les princes dont j’ay eu la congnoissance, l’a le mieulx sceü faire le roy nostre maistre et plus honnorer | et estimer les gens de bien et de valleur. ILestoit assez lettré. 11 aymoit à demander et à entendre de toutes choses, et avoit le sens naturel parfaictement bon, lequel precède? toutes sciencesd que on scauroit apprendre en ce monde; et tous les livres qui sont faitz ne serviroient de riens, si ce n’estoit pour ramener à memoire les choses passées, et° que plus se veoit de choses en ung seul livre en trois moys que n’en sauroient veoir à l’œil et entendre par experience’ vingt hommes de renc, vivans l’ung après l’autre.
Ainsi, pour conclure cest article, me semble que Dieu ne peult envoyer plus grant playe en ung pays que d’ung prince
a. B et M intercalent vague. — b. La dernière phrase du propos est omise par B et M. — c. parans P.— d. toutes autres sciences B et M; aultres sciences P.— e. et aussi P. — f. P omet et entendre par experience.