ENTREVUES DE TRÈVES (1473) ET SAINT-POL
du mariage de leurs enfans, qui puis est advenu. Comme ilz eurent esté plusieurs jours ensemble, l’empereur s’en alla sans dire adieu, à la grant honte et/folle4!} dudict duc. Oncques puys ne s’entreaymèrent, ne eulx ne leurs gens. Les Allemands mesprisoient la pompe et parolles dudict duc, l’atribuant à orgueil. Les Bourguygnons mesprisoient la petite compaignie de l’empereur et les povres habilllemens. Tant se demenab la question que la guerre qui fut à Nuz2 en advint.
Je veïz aussi ledict duc de Bourgongne se veoir à Sainct Pol en Artoys3 avecques le roy Edouard d'Angleterre, dont il avoit espousé la seur, et estoient frères d’ordrei. Ilz furent deux jours ensemble. Les serviteurs du roy estoient fort bendéz. Les deux parties se plaignoient audict duc. Il presta l’oreille plus aux ungs que aux autres, dont leur hayne s’acreüt. Toutesfois il ayda audict roy et° royaulme et luy baïlla gens et argent et naviresÿ; car il en estoit chassé par le conte de Warvic. Et nonobstant ce service, dont il recouvra ledict royaulme, jamais depuis ilz ne se aymèrent ne“ne dirent bien l’un de l’autre.
Je veïz venir vers ledict duc le conte palatin du Rin‘6,
a. foule B; folle M, à tort corrigé en follie par Chantelauze; follie P. — b. donna À. — c. P intercale recouvra son. — d. ny B. — e. conte palatin dernier P.
1. « Foule », c’est-à-dire : humiliation. Le verbe « fouler » est, de même, employé par Commynes et par les auteurs de son temps en général au sens de « ravaler ». La correction en « folie » des éditeurs est un non-sens.