Entendez : ce qui
3. Olivier de la Marche confirme tout à fait le récit de Commynes (Mémoires, liv. II, ch. vin, éd. Beaune et d’Arbaumont, t. III, p. 238), car il s'exprime ainsi : « Le duc... fut adverty que ses gens qui estoient à Nancy avoient rendu la ville..., et fut par les Angloix, qui estoient les plus fors dedans Nancy, qui contraindrent messire Jehan de Rubempré à rendre ladicte ville ; et estoit mort... Jehannin Collepin, et tant qu'il vesquit, il tint les Angloix, ses compaignons, en telle discipline qu’ilz n’eussent jamais rendu ladicte ville. »
4. C'est-à-dire : pourvu que soient en eux le sens et la vertu.
134 REDDITION DE NANCY (6 octobre 1476)
Dès ce que ledict Colpin fut mort, les Angloys qui estoient soubz luy commencèrent à murmurer et à se desesperer du secours, et ne congnoissoient point bien la petite force du duc de Lorraine et les grandz moyens que avoit ledict duc de Bourgongne de recouvrer gens !. Mais, pour le long temps qu'il y“ avoit que les Angloys n’avoient eu guerre hors de leur royaume, ilz n’entendoient point bien le faict des? sièges. Et, en effect, se misrent à vouloir parlamenter et dirent au seigneur de Bièvres, qui estoit chef en la ville, que, s’il n’appointoit, qu’ilz appointeroient sans luy. Combien qu’il fust bon chevalier, si avoit-il peu de vertuz*, et usa de grans prières et de grandz remonstrances, par quoy il me semble que’, s’il eust plus audacieusement parlé“, qu’il luy en fust mieulx prins, sinon que Dieu en eust ainsi ordonné, et cela croy-je*, car il ne failloit que tenir encores troys jours qu'ilz n’eussent eu le secours. Mais, pour abreger, il compleüt aux dessusdictz Angloys et rendit la place audit duc de Lorraine *, saulves/ leurs personnes et biens.
Le lendemain, ou, pour le plus tard, deux jours après ladicte place rendue, ledit duc de Bourgongne arriva® bien accompaigné selon le cas, car ilz luy estoient venuz quelques
a. y omis par P. — b. de ces P. — c. et croy que 4, B, Met P.—d. si plus audacieusement il eust parlé P.— e. croiroie je À; croiroie le P; courroussié M. — f. sauf À ; sauvées P et M.— g. arriva après M.
1. Commynes veut dire que les Anglais en garnison à Nancy ignoraient et le peu de forces du duc de Lorraine et les grandes ressources en hommes du duc de Bourgogne.
2. Quoique bon chevalier (c’est-à-dire capable de bien se comporter au combat), il avait peu de vertu, de fermeté dans sa conduite.
3. Le sens est : Rubempré céda aux Anglais et rendit la place.
4. Charles le Téméraire quitta son camp de la Rivière le 25 septembre et, par Besançon, Vesoul, Joinville, Bulgnéville et Neufchäteau, se dirigea sur Toul, où il parvint le 11 octobre. Depuis le 6, Nancy avait succombé. La garnison bourguignonne évacua la place (Pfister, Histoire de Nancy, t. I (1902), p. 432).
LE TÉMÉRAIRE DEVANT NANCY (22 octobre 1476) 135
gens du quartier de Luxembourg!, qui venoyent de® ses autres seigneuries, et se trouvèrent le duc de Lorraine et luy ; toutesfois, il n’y eut riens d’importance, pour ce que ledict duc de Lorraine n’estoit assez fort.
(CHAPITRE VI
COMMENT LE DUC DE BOURGONGNE, ADVERTY DE LA PRINSE DE NANCY, QUE LE DUC DE LORRAINE AVOIT FAICTE SUR LUY, MEÏST LE SIÈGE DEVANT LADICTE VILLE DE NANCY POUR LA REPRENDRE ET DES CHOSES QUI ADVINDRENT DURANT LEDIT SIÈGE’.
Ledit? duc de Bourgongne se mist à courir‘ après son esteuf3 et remettre‘ le siège devant Nancy. Il luy eust mieulx vallu n'avoir esté si obstiné en sa demourée‘; mais Dieu prepare telz vouloirs extraordinaires aux princes, quant il luy plaist muer leurs fortunes. Si ledict seigneur eust voulu user de conseil et bien garnir les petites places d’entour, il eust en peu de temps recouvré la place, car elle estoit très mal pourveüe de vivres et il y‘ avoit assez et trop gens pour
a. devers P ; vers M. — b. Titre en rouge dans D. — c. encores D. — d. et à remettre P. — e. y omis par P.
1. Le duc de Bourgogne aurait été retardé par l’arrivée des renforts luxembourgeois et il avait compté sur une plus longue résistance de la principale place lorraine.
2. L’alinéa qui suit termine le chapitre v dans les éditions antérieures. Nous le plaçons, au contraire, en tête du chapitre vi pour nous conformer à la disposition du manuscrit D, laquelle ne présente aucun inconvénient.
3. « Courir après l’esteuf », c’est-à-dire après la balle, est une expression empruntée au jeu de la longue paume. Elle est prise ici au figuré pour dire, de façon pittoresque, perdre son temps.