DÉFIANCES DE LOUIS XI
verses et ne les peuent pas entendre tous ceulx qui se meslent d’en parler. Il n’estoit riens dont il eut si grand craincte que de perdre son obeissance, qu’il avoit bien grande, et que on ne luy desobeist en quelque chose que ce fust.
D'autre part, le roy Charles, son père, quant il print la maladie dont il mourut, il entra en ymagination que on le vouloit empoisonner à la requeste de son filz, et se y mist si avant qu'il ne vouloit point manger : par quoy fut advisé, par le conseil des medecins et de ses plus grandz et especiaulx serviteurs, que on le feroit manger par force. Et ainsi fut faict, par grand deliberation et ordre des personnes qui le servoient, et luy fut mys du coulis en la bouche ; peu après ceste force ledict roy Charles mourut!. Ledict roy Loys, qui de tout temps avoit blasmé ceste façon, print tant à cueur que à merveilles ce que on l’avoit tenu par force, et en faisoit plus de semblant qu’il ne luy tenoit au cueur, car le principal fons de ceste matière estoit de peur qu’on ne le voulsist maistrier ?, et entre autres choses en expedicion de ses affaires et matières, soubz couleur de dire que son sens ne fust pas bon.
Quant il eut faict cest espoventement à tous ceulx dont j'ay parlé, il se enquist de l’expedicion du conseil et despeches “que on avoit faict en dix ou douze jours, dontavoyent la charge l’evesque d’Alby #, son frère, le gouverneur de Bourgongne, le mareschal de Gyé, le seigneur du Lude : car ceulx-là? se trouvèrent à l'heure que son mal luy print, et estoient tous logéz soubz sa chambre, en deux petites chambrettes, qu'il y avoit. Et voulut les lettres qui estoyent arrivées et qui arrivoyent à chascune heure. On luy monstroit les principalles et je les luy lysoye. Il faisoit semblant de les
a. des despeches P. — b. là omis par P.
1. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. VI (1892), p. 441 et suiv. Charles VII mourut le 22 juillet 1461.