CARACTÈRE SOUPÇONNEUX DES PRINCES
allèrent en leurs offices et charges ou en leurs maisons ; mais cecy ne dura guères, car il ne vesquit point longuement et feit de bien‘ estranges choses, dont ceulx qui ne le congnoissoient le tenoient à devié? de sens! ; mais ne le congnoissoient ©.
Quant à estre suspicionneux, tous grandz princes le sont, et par especial les saiges et ceulx qui ont eu beaucoup d’ennemys et offensé plusieurs, comme avoit cestuy-cy. Davantaige, il sçavoit bien n’estre point aymé de grandz personnages de ce royaulme ny # de beaucoup de menuz, et si avoit plus chargé? le peuple que jamais roy ne feït, combien qu'il eust bon vouloir le descharger, comme j’ay dit? ; mais il devoit commancer plus tost.
Le roy Charles VII fut le premier (par le moyen de plusieurs saiges et bons chevaliers, qui luy avoyent aydé et servy en sa conqueste de Normandie et Guyenne, que les Angloys tenoient), lequel gaigna ce point * que de imposer tailles en son pays et à son plaisir, sans consentement des Estatz de son royaume À, Et pour lors y avoit grant matière, tant pour garnyr les pays conquis que pour departir 5 les gens de compaignye qui pilloyent le royaulme. Et à ceci se consentirent les seigneurs de France pour certaines pensions qui leur furent promises pour les deniers que on levoit en leurs terres.
Si ce roy eust tousjours vescu et ceulx qui estoyent lors
a. bien de P. — b. le tenoient à estre diminué P. — c. mais ne le congnoissoient omis par D. Nous rétablissons d'après À et M; on lit cognoissoit dans P.— d.ne P. — e. qu’il gaigna, qui se print P et M.
1. Comme on voit par cette phrase, Commynes n’a pas l’intention de nier les extravagances du Louis XI de Plessis-lès-Tours. Mais il n’appartient pas à un confident tel que lui d’en dévoiler les détails intimes. Cf. notre observation ci-dessus, p. 280, n. 2.
2. Entendez : chargé d'impôts. Sur ces charges, cf. ci-dessus.