‹ Mémoires éditésChapitre 70 sur 379 · Entendez : qui connaissaient son habitude · texte numérisé non relu

Entendez : qui connaissaient son habitude

58 LES ANGLAIS FÊTÉS A AMIENS (août 1475)

Toutesfois, ce matin dont je parle, comme le roy se levoit et disoit ses heures, quelcun me vint dire qu'il y avoit bien neuf mil Angloys en la ville. Je me deliberay de‘ prendre l'adventure! de luy dire et rentrer en son retraict?. Et luy dis : « Sire, nonobstant qu'il soit le jour des Innocens, si est-il necessaire que je vous dye ce que l’on m'a dit. » Et luy comptay au long, et le nombre qui y estoit, et tousjours en venoit, et tous arméz, et que nul n'’osoit reffuser la porte de peur de les mescontenter.

Ledict seigneur ne fut point obstiné ; mais tost laissa ses heures et me dist qu’il ne failloit point tenir la cerimonie des Innocens ce jour et que je montasse à cheval et essayasse de parler aux chefz des Angloys pour veoir si les pourrions retirer ? et que je deïsse à ses cappitaines, si aucuns en rencontraye, que ilz veinsent parler à luy et qu'il viendroit incontinent à la porte après moy. Ainsi le feïz et parlay à trois ou quatre des chefz des Angloys que je congnoissoie, et leur deïz ce qui servoit à ceste matière. Pour ung qu'ilzc en renvoyoient, il y en entroit vingt. Le roy envoya après moy monsr de Gyé3, à ceste heure mareschal de France.

Pour ceste matière d, nous entrasmes en une taverne où jà y avoyent esté faictz cent et unze escotz{, et n'estoit pas encores neuf heures du matin. La maison estoit plaine : les ungs chantoyent, les autres dormoyent et estoient yvres. Quant je congneü cela, il me sembla bien qu'il n’y avoit point de peril, et le manday au roy, lequel vint incontinent à la porte, bien accompaigné. Et secrettement feit armer deux ou trois cens hommes d'armes ès maisons de leurs cappitaines,

a. de omis par P. — b. s’il les pourroient retirer À ; si les pourroye faire retirer P. — c. il D. — d. pour ceste mesme matière P.

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