ET DE GÉNÉRAUX
Sans contester ce que peuvent avoir d'utile le§ notions acquises comme par intuition dès le début de la vie, dans les familles où les fonctions publiques sont un patrimoine, on peut croire que le même but peut-être atteint par des écoles supérieures qui ouvriraient la carrière des hauts emplois.
Il faut convenir que les aristocraties ne sont pas des (^coles de moralité, ni d'assiduité; il faut beaucoup plus de vertu à un aristocrate qu'à un pauvre homme pour consacrer sa jeunesse à l'élude, car le jeune aristocrate bien choyé, bien doté, n'a qu'à se laisser vivre, tandis que l'autre doit gagner sa vie.
Ainsi l'Ecole Polytechnique est absolument démocra-
tique; à peine si, de loin en loin, on trouve un grand nom parmi ses élèves ; même la grande majorité a pour ressource les emplois publics.
Une aristocratie de fonctionnaires ayant pour principales ressources leurs appointements ne semble pas une institution favorable au libre développement d'une nation. Des hommes qui n'ont d'aulre influence que celle qu'ils empruntent à leur place, sont naturellement enclins à augmenter leurs attributions pour accroître leur importance dans la société.
Il n'en est pas de même de fonctionnaires électifs qui ne représentent que pour un temps limité les intérêts publics, et qui, destinés à rentrer prochainement dans la masse des citoyens, n'ont pas un intérêt dominant à inféoder les citoyens à l'administration.
Il n'en est pas de même non plus d'administrateurs choisis dans une aristocratie héréditaire et bien dotée^ parce que leurs privilèges, leur notoriété, leurs ressources pécuniaires sont à peu près indépendantes de leurs fonctions administratives.
Ainsi l'aristocratie ou l'élection donnent des fonctionnaires moins dangereux pour les libertés publiques que l'avancement.
Le défaut capital des fonctionnaires qui ne sont (fue fonctionnaires, et que j'appellerai les prolétaires fonctionnaires, soit qu'ils n'aient pas de patrimoine^ soit qu'ils n'en aient pas un suffisant pour assurer leur indépendance, consiste en ce qu'ils deviennent étrangers à la cité, qu'ils sont exclus de la vie politique et industrielle en même temps qu'arbitres de la vie politique et industrielle, ilotes en même temps que magistrats.