‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 109 sur 113 · IT · texte numérisé non relu

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Enfin nous avons vu l*an dernier une armée où tous les grands chefs avaient leur voiture, à l'instar du maréchal, et ces voitures n'ont servi qu'à conduire le maître et les serviteurs en captivité.

A la guerre, la santé vaut mieux que l'expérience; la santé est une des conditions du génie militaire; elle est une des conditions du bon service d'un officier, surtout d'un officier général

Il ne faut donc pas que le commandement des armées soit exclusivement réservé à la vieillesse. Il faut faire disparaître autant que possible les conditions d'âge. Un concours donne ce résultat.

Reste enfin le point de l'élection : l'élection dans l'armée, voilà un véritable épouvantail; mais il faut considérer que le choix des généraux parmi les officiers remplissant les conditions d'aptitude ne peut pas être réglé par leur ancienneté, puisque l'on veut justement éviter les vieux généraux. Il ne peut pas être réglé par une limite'd'âge, car il y a des hommes qui sont vieux à quarante ans, et d'autres qui sont vigoureux à soixante. Nous avons vu qu'il est dangereux de confier ce choix au gouvernement, qui n'a pas assez d'esprit de suite pour en user sagement; le confier au général en chef, c'est lui donner un pouvoir bien large. Le choix des officiers, l'élection est peut-être ce qu'il y a de plus sage et de plus moral.

On a vu plus de batailles gagnées par des jeunes gens que par des vieillards. Condé est un beau type de jeune général. Il y a en lui une résolution emportée, implacable qui déjoue toute la sagesse de ses ennemis. Les batailles qu'il livre sont souvent des carnages parce qu'il ne démord pas tant qu'il n'est pas vainqueur.

Lorsqu'on étudie la campagne de 4796, ou comprend

Tengouement, ou plutôt Penlhousiasme qu'excila Bonaparte. Son activité est prodigieuse, aussi bien que l'activité de toute celte jeune armée. Dans l'emportement de sa fougue, Bonaparte ne songe ni à sa personne, ni à son bien-être, et il est fort divertissant de le voir, un soir de victpire, après Bassano, je crois, seul, sans pain, sans abri sur le champ de bataille. Le général vainqueur se serait couché sans souper si un soldat ne lui avait pas fait la charité de partager son pain avec lui.

Si la vigueur intellectuelle peut suffire au général en chef, la vigueur physique est indispensable aux généraux en sous-ordre, qui ont un service régulier à faire. Le service de général de brigade, bien fait, est plus fatigant que celui du caporal de semaine. Lui-même, il doit installer le camp sur remplacement désigné, lui-même il doit placer les grand'gardes et les postes avancés. S'il est paresseux, les Iroupes campent comme elles se trouvent, les postes avancés ne s'avancent pas et les obus tombent dans son camp avant qu'on ait eu le temps de renverser les marmites.

(( Tout se fait aujourd'hui par les vieillards ». Sans doute, un vieillard peut-être prélat, le verbe se prélasser l'indique suffisamment. Un vieillard peut être chef de cabinet parce que c'est encore une magistrature assise. Mais la place du Nestor le plus vert et le mieux conservé sera toujours plutôt au conseil qu'au combat. Je défie un homme ûgé ou un peu infirme de commander honnêtement une division ou une brigade.

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