SUR LES IDÉES PROTECTIONNISTES
24 janvier 1870.
Les idées protectionnistes de M. Thiers ont une haute portée et soulèvent une masse de grosses questions qu'il est facile de ne pas résoudre de la même manière que lui. Elles étaient plus vraies du temps de Colbert que du temps de M. Thiers, du temps de M. Thiers qu'aujourd'hui. Quand on pense que le résultat définitif de l'adoption de ces théories serait d'employer nos ouvriers à des travaux qui se font ailleurs à bien meilleur compte, de faire payer au consommateur un prix plus élevé d& 1/6 ou 1/8 que celui qu'il paierait sans protection, on s'étonne de cet acharnement à nous proléger.
Je ne parle pas de deux à trois gros sophismes : ainsi notre marine ne peut pas prospérer parce qu'elle n'a à exporter et à importer, au dire de M. Thiers, que des marchandises ou des matières de peu de volume, et cependant l'étranger se livre avec succès à ces importations et exportations.
Un vaisseau décrit dans un voyage complet un circuit fermé. Quel que soit le point de départ sur ce circuit^ c'est-à-dire quelle que soit la nationalité, quel que soit le port d'origine du vaisseau, tous les éléments du trajet total sont les mêmes, l'ordre seul en est modifié; de sorte que le bénéfice final est le même, pourvu que les tarifs soient réciproques. Donc, si nos ports sont visités avec
fruit par des vaisseaux étrangers, ils pourraient être de mêmes ports d'origine pour des vaisseaux faisant exactement le même trafic.
L'argument relatif aux caboteurs anglais est contradictoire avec l'affluence des pavillons du Nord dans nos ports. L'examen des produits de haute qualité comme les soieries et certains lainages est très confus. C'est là que se trouve, à ce qu'il me semble, l'avenir de notre industrie.
Nous avons des ouvriers d'une intelligence supérieure et dont les besoins sont en rapport avec leur supériorité. La protection leur permet de produire des marchandises communes, la liberté les oblige à produire des qualités supérieures. Le consommateur gagne à la liberté ^.