‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 48 sur 142 · CXV. — -^LETTRE De madame de Rohoii à M. Dupks^is · texte numérisé non relu

CXV. — -^LETTRE De madame de Rohoii à M. Dupks^is

Monsieur, estant arrivée en ce- lieu de Soubise en revenant de Sainct Jean , j'ai trouvé la responsc d'une lettre que je vous avois escrite , par laquelle j'ai esté fort marrie de voir que vous aviés une defluxion sur les

A M. DUPLESSIS. ^65 yeulxy sçachaiu combien i'incomin«dité eu est grande; je prye Dieu de vous en délivrer, et de tous aultres maulx et incommodités, aussi promplement que je le désire. J'ai veu l'extraict de la lettre que vous a escrit M. d'Aersens : je crois qu^il se trompe en madame la princesse d'Orange, non qu'elle ne se contentast de la personne de ma fille Anne, mais elle la vouldroit accompaignee des dons de la royne, et non de son contentement; et sur le peu crapparence qu'elle en a y elle jette les yeulx partout où elle voit des biens; mais le inieuk est qu'elle n'y a pas le principal pouvoir; et Crois qu'il ne poiivoit venir rien plus à propos que le voyage de M, d'Aersens, estant resoleu par la pryere de M. Duplessis , comme je le recognois bien, de s'employer pour tenir les choses en estât en attendant que madame de Rohan soit à la court, qui pourra estre.vers le temps de son retour , là où ladicte dame de Rohan se resoult de mettre toutes pryeres en œuvre pour y voir une fin, vous asseurant, monsieur, que • beaucoup d'esprits s'y traversent, et que si la princesse d'Orange avoit faict les mesmes espreuves que faict madame de Rohan , elle acheleroit une humeur telle que celle de ma fille Anne au poids de l'or ; mais Dieu lui a gardé en cest endroîct là une affiiction , après beaucoup d'aultres ; il le fault louer de tout* Je suis fort aise de ce que vous n'avés poinct eu de mal contentement de M. de La Touche : je lui ai mandé ce que vous m'avés escrit de lui, et m'asseure qu'il aura cestc iiouvulle fort agréable. Au demeurant, madame de Rohan a bien recogneu que les lenitifs dont elle avoit usé sur l'aflàire de M. Duplessis avoient esté fort altérés par des compositions corruoiv^'s. On faict croire à M. de Rohan que M. Duplessis le mesprisc ,

266 LLITllE

en ce que H. de Rouvray àyaoC au commencement de ceste brouillerie démandé à M. de Rohan s'il auroit

agréable que M. Duplessis lui escrivist, et M. de ilohaii iaict repose que s'il commençait, ledict sieur de Rohan continueroit, et rencberiroit encores par dessus lui ; ce nonobstant , ledict sieur Duplessis n a jamais escrit , ce qui est jugé mespris; et ce qui est passé par les voix de ce pays là est ung arrest Madame de Rohan lui i cspondit qu'on s estoit tousjours remis au voyage de M. Durand , et que madame de Rohan mesmes avoit pryë les ungs et les aultres qu on ne rechercfaast aultre voye que M. Durand, laquelle croyant debvoir estre plus prompte , a anreaté toutes choses. J'ai adjousté encores que M. Duplessis avoit eu la plume à la main pour escrire à M. de iiohan sur le >ubject que vous m'avés mandé, et ce qui l'en empescha. M. de Rohan me respondit que , pour le faict de Normandie , il n'en pouvoit mais, et que ce n'estoit lui qui Tavoit fiiict. Pour celui du synode d'Anjou , ce o'estoit poinct contre M, Duplessis, mais contre M. lîouchereau. Enfin, monsieur, je ne doubte poinct que rentremise de M. Durand et sa venue n^accommodent tout (chose que Je désire impaliemmeiit ) , qui faict que j'en presse les ungs et les aultres, et vous peult estre, avec impertunité : mais on m*a mandé de Paris que cela ne s advaiice pas comme je le desirerois; voilà pourquoi je vous supplie adviser, si au cas que les choses se reUr* dent, vous trouveriés poinct bon de reprendre ces premiers erremen^, qui seroit d'escrire suivant la de- ' mande qu'en avoit faicte M. de Rouvray, et d'en prendre le subject sur Tadverlissement que je vous en aurois donné, lequel vous pouvés dire en telle teneur qu'il vous plaira et que vous jugerés estre à propos ;

car j'avauerai avoir mandé tout ce que yous dires et v«rbës estre bon , ponrveu que j^en sois advertie. Bien est vrai que si le voyage de M. Durand estoit prompt,^ je trouveras meilleur de l'attendre, puisqu'on a attendeu jusques ici; mais s'il tire trop en longueur, advisés, monsieur ) si cest expédient serait poiiict propre, et vous serves de moi comme il vous plaira. Pour la

.fin, je vous remercie bien hainblenient des noiivellcj que vous m avés mandées^ On dict ici que celui qui a est^ roué pour l'utelligence avec M. de Savoye estoit de la relligioa, dont je serois bien luai i ie, car ce seroit le premier des nos très qui auroit esté convaincu de telles trahisons. Dieu veuille en préserver les aultres , et garder que cest orage ne fonde sur Genève, comme aulcungs soupçonnent! etc.

Dn ai jvin i6i3.

Page 1