‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 67 sur 142 · CXLVI. — -^ LETTRE DE M. DE MlliANDE · texte numérisé non relu

CXLVI. — -^ LETTRE DE M. DE MlliANDE

,A M* DupUssis.

Monsieur , Tçsperance que j'avois de ne séjourner pas long temps eaœ lieu, et de vous aller moi mesmes remercier de vive voix des lettres de faveur qu'il vous a pieu me faire tenir, m'a faict différer quelques jours de vous escrire ; mais me voyant eocores reteneu par deçà avec incertitude du temps de mon retour, j'ai ereu que je manquerois trop à mon debvoir, si je retenois plus long temps les très humbles remerdemens que je vous doibs de la faveur qu'il vous a pieu me tesmoigner en ceste occasion.

le vous en rends grâces très humbles, monsieur, et recognois que vos lettres ont rendeu des tesmoignages de moi qui surpassent de beaucoup mes mérites; mais le mdiheur dû temps, ou le mien particulier, ont esté tels que je n'ai peu jusques ici avoir expédition de mon affaire , et crains bien que le succès ne m'en soit pas fort advantageux ; car encores que M. le chancellier et ces aultres messieurs, aulxquels vousavës pris la peine d'en escrire, y ayent contribué en apparence oe qui dependoit d'eulx , si est ce que la chambre de Tedict en laquelle s'est traitée l'opposition de ceulx qui me travenent, m'a donné ung asséi mauvais arrest, par lequel elle surseoit à la réception de mon resigna- Uire. Je travaille à faire lever ceste surseance par jussions, mais je crains de n'en pouvoir venir à bout, et suis resoleu, si dans peu de jours je n'en vois une fin, de tout quitter, et me retirer. Gest afiaire m'importe à la vérité et au bien de ma fomille , mais ne me touche

3oiO L£TXB£ DË M. D£ MIRANDE

elle pas de si pi es que la désolation et confusion que je vois se glisser et croistre par chacun jour en uostre ' ville. Vous en sçavés les particularités mieulx que moi, car vous estes plus près. M. David, mon gendre,. a esté envoyé ici exprès pour cela, pour y trouver des remèdes ; lequel j'ai assisté de tout mon pouvoir comme j'estois obligé; et neantmoins je ne veuk pas celer que nous avons visiblement recogneu que tant s'en fâult que nous puissions trouver en ce lieu ce que nous y cherchons, qu'au contraire il semble que les causes en viennent d'ici en partie, et qu'on prenne plaisir i * fomenter nostre mal. Voici Farrest qu*a donné le conseil sur la requeste de nos mal contens et sur la piaincte de leurs insolences : il est ordonné que nous serons appelles au conseil pour respondre aulx articles qu'ils ont proposés , et à i évocation qu'ils demandent de rinstance par eulx auparavant intentée au parlement; cependant deffenses leur sont faiclcs de faire aulcunes assemblées , ni faire auitres actes qui puissent altérer le repos de la ville , sur les peines des ordonnances, est toutesfois permis h leurs procureurs de s'assembler avec leur conseil ordinaire pour adviser à ce qui despend de ladicte poursuite , sans qu'ils puissent estre recherchés par le maire pour cela , auquel maire il est enjoinct de les traicter bien et favorablement, comme aussi à eulx d'honorer et respecter ledict maire et corps de ville. Et au par sus, le roi évoque en sou conseil tous les décret^ et poursuites criminelles commencées contre lesdicts mal contens, et met le tout en surséance. Vous pou v es recognoistre que cest arrest ne tranche pas ce nœud gordien de divisions, et que ce n'en est qu'ung préparatoire : c'est pourquoi j'estime nécessaire, que patmi nous, nous recherchions les

A M. DUPLESSIS. 3a l

moyens de le couper, en nous accordant à quelque prix que ce soit, et suis resoleu d'y oontribuer de ma part tout ce que je pourrai,, et de haster mon retour par delà exprès, pour ce que je vois que ce maudict chancre nous rongera el rendra tous estiomenés s'il n'y est pounreu. Vous pouvës par vos bons conseils beaucoup contribuer à ceste cure , etc.

De Paris, oe 27 joillel i6i3.

CXLVIL — LETTRE. DE M. DUPLESSIS ji M. Merlin, M. D. S. E. à La Rochelle.

HoHSiEim, j'oy dire que vostre division croist de

jour à aultre , en danger d'aboutir en quelque esclandre ; et sçais les mauvais contes qui s'en font entre les adversaires de nostre profession; cela m'afflige, comme une playe au cœur de nostre cœur, et vous dirois volontiers ce que dict lapostre ; N'y a il donc poinct de sages entre' vous? Et à quand àttendës vous à courir au remède? Certes, ce n'est pas peu que leur soyofns en fable ^ mais que seroit ce si nous leur estions enfin en spectacle de tragédie? Et vauldroit i] pas mieulx que chacung relaschast quelque chose de ses prétentions, pour tomber en quelque milieu, qui terminast la contention et rendist b paix à vostre ville, l'amitié et l'union entre ceulx qui ne peuvent vivre l*ung sans l'aultre ? Vous estes le vray baume de ceste playe; et si cestui là perd sa vertu, je ne sçais plus où il se puisse prendre. Ores je ne doubte pas que vous n'y fassiés tous, tout ce qui est en vous; mais trouvés bon que je ' vous die qu'il n'y a plus de temps à y perdre , é[ue j'entends que plusieurs fois ce cancer . a menacé de Min. OK Duraiim-lIoRVâT. Tomb xit« 2 1

32 1 LETTRE DE M. DUPLESSIS , cic.

s^eotaiaer) ce qa*advenant* il seroit incurable. A quelqu'ung semblera peult eêtre que je m*ingere trop adrant pour me dire, Tanlumne tibi abs re tiia est dii^ eie. ; mais je lui responds qu'il n'y a bon chrestien | qui ne pense avoir sa part à La Rochelle ; et m'asseure que tous les gens de bien trouveront bon que je m'y interesse, etc.

Du a8 juillet i6s8.

CXLYIII. -~ * LETTRE DE M. DE LOtMEAU

^ M. Duplessis,

Monsieur, il nie semble que si on eust este nussi dispose à paix comme on vous la escrit do Samct Jean, il ne ftUoit poinclvous remettre à une aultre despesche après avoir eslë à Mouron. Car c'est monstrer que Tisseue de son voyage dépend du conseil qu'on prendra là ; je crains que ce soit aussi le principal subject da retardement de madame de Eohan, qui veuit sçavoir quelle resolution on y aura prise sur cest affîure devant que s*aoheminer au Parc. Nous rattendons ici ceste sepmaine; nous ia saluerons tous ensemble. Mais si jc la yois en particulier, ce que je ne ferai sî je n'y sois convié, je lui dirai mon sentiment. Elle a communiqué avec M. Chevallier, et approuvé, voire loué ses seoU* mens; et sur cela je crws qu'elle ne pourroit improuver les miens. Quant à nostre estai depuis ma dernière, ]VlM*Merlm et Leiévre, députés du consistoire, ayant obteneu des bourgeois d'entrer en conférence Terbtle avec quelques uugs du corps de ville qui feussent nom- , niés et deucnient auctorisés à cefite fin , lesdicts sieurs Merlin et Lefevre allèrent fiiire ceste proposition su

LETTRE DE M. DE LOUMEAtT, eie. 3!»3

corps de ville en pleia conseil mercredi dernier, laquelle ouverture le conseil n'a vouUeu suivre ni depu*

ter aulcungs , de peur de l ecognoistre les bourgeois pour leurs parties, ce qu'ils nom faict encores; mais qu'ils baillent leurs plainctes et demandes par esorit aulxdicts sieurs députés du conseil , pour les présenter à M. le maire. Le consistoire advisa là dessus de prier les bourgeois d'ainsi (aire, et que si on ne pouvoit obtenir cela d'eulx, que messieurs du corps de ville serpienl priés de leur xeder cela et nommer quelques ungs pour conférer avec eulx, et les ouir au moins sans rien arrester; et d'auitant que nous ne nous accommodons pas en tout et partout aulx désirs du corps de ville, ni au conseil que nous leur donnons, ni en une condamnation et detestation absolue de tout ce que font les bourgeois, ils disent que nous sommes de

leur costé, et les favorisons ; cl ainsi nous pouvoais peu, ou plutost rien du tout. Les bourgeois d'auUre part, depuis ce qui est surveneu le 1 5 de ce mois, se roi* dissent en leur resolution et pensent avoir de Tadvantftge en ce qu'ils sont les plus forts. Nous continuons tous à exhorter à paix et conférence amiable, et à faiire prières sur ce subject. Je remarque en cest al&ire la justice de Dieu toute apparente, et toute preste à venger nos passions et rebellions passées. L'affaire d'Aiguesmortes ainsi renvoyée au consentement du, synode provincial , y portera tant de brigaes et menées que pour un petit bien il portera un grand mal. Je ne sçais à quel dessemg M, l'admirai de France donne tant de passeports, et à qui en veult, sans les cautions en

tel <:as accoiUuinecs pour aller de là la Ligne. Ceulx de cestc coste en ont pris, et y a certains commissaires en divers lieux qui adjugent toutes les prises. Je suis

324 LETTRE DE M. DE LOI M F AU, etc.

ehcorès plvs esbahi 4u desseing de M. le prince en ceste absence de la court, veu que la dernière a donné tant d advantagesy etceste ci fortifiera encores ses ennemis. A quel desseing aussi M. de Bonnivet a il iaict mettre

en son chasteau , depuis peu, des armes pour deux

nulle hommes qui son veneus de Paris, voi^e tout à

découvert, et depuis encores trois cents piques de Bis-

caye, dont messieurs de ceste ville ont faict plaincte

à M. le chancellier , qui respondit qu'il ny a\oit en cela

aulcung subject d'ombrage pour ce que ceulx de Poic-

tiers n'en prenoient poinct? Vous sçaurës de Pans en

quel estât sera laffaire de ceste ville en court , mieulx

que nous ne le pouvons sçavoir ici, etc.

A La Rodielle , ce 29 juillet i6i3.

jé M, de Rouvraj, \

Monsieur, j'ai receu les vostres du 22 par îe sieur Pillel. Il est certain que ce que nos af^iu-es estoient traitées en foule, y apportoit les longueurs, contradictions et contraires advis , et que vous n'avés pas peu £iict de les faire restreindre dedans ce petit nombre qui les sçaura mieuix considérer et représenter à laroyne, en leur naïveté, et en décider après avec auctoritë; car s'il y a rien en quoi elles se doibvent voir et &ire voir, c*est en ce qui nous regarde , traversé le plus souvent par personnes, ou qui ignorent les aifaires de ceulx de nostre reliigion , ou qui veulent s'acquérir crédit par les contredire, sans avoir esgard au mal qui s'enpeult ensuivre. Vous verres ce que j'en escns à M. le président Jeannin» fondé sur l'exemple; ciir lorsqu'il feut

LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. SaS

question d'exécuter l*edict de Nantes, je feis une semblable proposition au feu roy, sur laquelle feut pris

roesme expédient et suivi plusieurs années. Je n ai rien encores de Mouron , et m'attends à lundi 29 pour en avoir response. Vous aurës veu que je lès ai mis en beau

chetniii pour La Koclicllc ; je 11 ai rien oublié à leur lair.e àautir leur mal; il s'en est faict prières publicques, nmoMS proposé ung jeune; et depuis, par lettres' du 22 y je VOIS que plusieurs s adouicissent , mais il ea reste Umsjours de part et d'aultre qui n'en yeulent rien rabattre. Le procureur du roy y pesche grandement , et vous sçaves que j'ai souveat adverti qu'il le falluii reprimer; sur quoi on me mandott qu'on Tavoit^ict, maison Ta (jiihlië, ou il on a mal faict son profîct, et cela iaict croire à plusieurs qu on y veult nourrir la division , dont il ne réussira aultre'efFect, sinon qu*en-

lin ils se iL'joiiuiiouL sur ccLtc opinion et vivront en plus de soupçon de la court, et seront plus capables d'impression et de nouveauté. Certes, je recognois què ■ les bourgeois se plaignent 'le plusieurs abus qui rè*quierent reformation, et que le corps de ville se debvroit xendre plus* facile pour leur èii faire droict de soi mesmes; niais après tout pour le service du roy et repos {public, il y a tousjours plus de seureté en la conduicte •d'ung corps de ville qu'es mouvemens extraordinaires d ung peuple. Je suis bien aise que messieurs du lias liaoguedoc soient partis contens, car il estoit temps et jebommençois à en recevoir des lettres^'i m patientes. lie tout est qu il n y arrive poinet de changement eu la wsojution qui leur a esté déclarée. J'attends ce que sera ;deveneu vostre procès , et tost après vostre frère /pour

discourir à bouche du surplus, elc.

De Saulmar , oe 27 juiLkt 1627.

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