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intéressant a le jugement d'un Allemand, la pénétration d'un Italien et l’élévation d’âme d’un Espagnol. On sait qu’il participe de ces trois nations par ses père et mère et par sa naissance et son éducation en Toscane.
Au mois d’avril le roi de Prusse disait à un Anglais de mes amis : « Je ne conçois rien au duc de Brunswick, il lui manque toujours cinq cents hommes. Quoi qu’on lui ordonne, quelque expédition qu’on lui confie , il allègue toujours un déficit de force. Si je lui donnais deux cent mille hommes il me demanderait une seconde armée pour être en état de faire agir la première. »
Le duc de Brunswick avait fort incliné dans le principe à l’alliance de la Prusse et de l’Autriche. J’ai vu des lettres de lui qui en sont la preuve matérielle : il est resté dans ces sentiments jusqu'à l’automne dernier (1 792). Aujourd’hui (juillet 1793) il a reviré de bord et travaille sourdement à rompre l’alliance.
Au moment du jugement du roi, l’abbé Lajare fut chargé par M. de Malesherbes d’aller voir Sieyès , son ancien collègue à l’administration provinciale d’Orléans. Quand Sieyès le vit entrer il lui dit avant qu’il eût parlé : «Je vous entends, il est mort, mort : ne parlons plus de cela. »
Danton disait un jour à un de ses anciens confrères, avocat aux conseils, en 1793: «L’ancien régime a fait une grande faute. J’ai été élevé par lui dans une des bourses du collège du Plessis , j’y étais avec des grands seigneurs qui étaient mes camarades et vivaient avec moi dans la familiarité. Mes études finies , je n'avais rien , j’étais dans la misère, je cherchai un établissement, le barreau de Paris était inabordable et il fallait des efforts pour
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y être reçu. Je ne pouvais entrer dans le militaire sans naissance ni protections ; l’Église ne m’offrait aucune ressource ; je ne pouvais acheter une charge n’ayant pas le sou ; mes anciens camarades de collège me tournaient le dos : je restai sans état, et ce ne fut qu’après longues années que je parvins à avoir de quoi acheter une charge d’avocat aux conseils. La révolution est arrivée, moi et tous ceux qui me ressemblent nous y sommes jetés : l'ancien gouvernement nous y a forcés en nous faisant bien élever sans ouvrir aucun débouché à nos talents. »
Champcenetz mourut avec sa gaieté ordinaire. Lorsqu’on lui prononça sa sentence , il dit : « Ne peut-on pas se faire remplacer ici ? » Exécuté avec Parisot , ce dernier dit : « Je meurs républicain. — N’en croyez pas un mot, répliqua Champcenetz, c’est un charlatan, il est aristocrate comme moi. »
M. de Lavcrdy a été guillotiné parce que son fermier, en vannant du blé, jeta dans un angle les fausses cosses des épis ; M. Duruey, pour une lettre où un père non émigré le priait décompter à Paris deux mille écus à son fils qui se rendait à Bordeaux, d’où ensuite il avait émigré; le duc d’Orléans, jugé sur l’acte d’accusation de Brissot qui l’avait fait enfermer à Marseille, et jugé comme complice de ce Brissot. Mm€ de Marbcuf a été guillotinée pour avoir semé deux arpents de luzerne ; huit jours après le comité d’agriculture fit un rapport où il recommandait et encourageait la culture des prairies artificielles, comme la source nourricière de l’agriculture, etc. , etc.
Le duc de Biron , étant prisonnier au Luxembourg, quatre autres prisonnière de sa connaissance formèrent
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un projet d’évasion et le lui proposèrent; il reçut cette proposition avec assez d’indifférence , fit quelques objections à leur plan, et finit par accepter quand on aurait levé les difficultés. Ses camarades corrigèrent le plan, firent le calcul delà dépense, lui portèrent note du tout quelques jours après, et lui dirent qu’il leur en coûterait mille écus à chacun. Biron , qui passait sa journée au lit à boire du vin de Bordeaux , répondit nonchalamment qu’il n’en était plus et que cette fuite ne lui convenait pas. On lui demanda ses raisons. i< Ma foi , dit-il , j’aime autant rester ici. Il faudra traverser une corniche où je me casserai le cou , autant vaut être guillotiné : puis ce ne sera pas le tout, il faudra sortir de Paris , rester dans le royaume, s’y cacher et craindre d’être repris; ou passer au dehors et être insulté par tous ceux que je rencontrerai ; il vaut mieux être guillotiné.» Les quatre captifs le laissèrent et réussirent à se sauver.
Lorsqu il fut devant le tribunal révolutionnaire on lui demanda son nom, il répondit : « Chou, navet, Biron, comme vous voudrez, tout cela est fort égal. — Comment, dirent les juges, vous êtes un insolent. — Et vous des verbiageurs, allez au fait; guillotiné, voilà tout ce que vous avez à dire, et moi je n’ai rien à répondre. » Cependant ils se mirent à l’interroger sur ses prétendues trahisons dans la Vendée, etc. «Vous ne savez ce que vous dites, vous êtes des ignorants qui n’entendez rien à la guerre : finissez vos questions, j’ai remis le compte de ma conduite au comité de salut public, qui l’approuva dans le temps : aujourd’hui il a changé et vous a ordonné de me faire périr, obéissez et ne perdons pas de temps. »
Biron demanda pardon à Dieu et au roi : jamais il
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ne fut plus beau que sur la charrette. Le duc d’Orléans lisait un journal pendant qu’on l’interrogeait.
Dans la maison de santé de Charonne , chez Belhomme, et où étaient renfermés nombre de gens de qualité, il y avait des étiquettes, des rangs, des sociétés distinctes, comme à Versailles. M. de Boisgelin, guillotiné ensuite, ayant voulu recevoir chez lui un ancien intendant de Bretagne, qui avait eu des querelles avec la province, M. de Noyan, vieillard breton dit : « Si M. de Boisgelin eût fait cela il se perdait sans ressources , et n’eût certainement pas eu la présidence aux prochains états de Bretagne. »
Chaumette avait été l’auteur du premier réquisitoire contre les suspects, où il embrassait tout le monde, lorsque Robespierre l’eut fait arrêter, on le conduisit au Luxembourg, où la joie fut grande parmi les prisonniers. On proposa de lui envoyer une députation ; Parisot se mit à la tête , il passa devant Chaumette humilié des éclats de rire de la compagnie, et lui dit pour tout compliment r « Je suis suspect , tu es suspect , il est suspect, nous sommes suspects, vous êtes suspects , ils sont suspects. »
On dit que Mro* de Latnballe périt pour avoir perdu la tête. Lorsqu’elle sortait, on lui cria de dire : « Vive la nation ! » Deux gardes nationaux la tenaient sous les bras. Frappée d’effroi à la vue des corps entassés et palpitants dans des ruisseaux de sang, elle s’affaiblit et dit : « Ah! quelle horreur! » La nation crut qu’elle la maudissait. On lui porta les premiers coups, elle tomba et fut achevée en deux minutes.
C’est du Vaucel , fermier général qui sauva M“ de
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Tarente, après avoir sauve deux autres femmes moyennant trois cents louis donnés à l’un des Jacobins en chef. Celui-ci se défendit beaucoup lorsque duVauccllui proposa de sauver Mme de Tarente. Il lui dit : « Cela n’est pas possible, parce qu’elle a le secret de Lacroix , de Danton et des indépendants qui avaient traité avec la cour, et ils ont recommandé qu’elle pérît. » Enfin, moyennant cinq cents louis l’affaire réussit et la princesse fut épargnée.
Fouquier-Tainville recevait une pension de mille écus par mois de MM™ de Boufflcrs , la pension augmentant d’un quart chaque mois, en raison de l’atrocité des circonstances. Cette méthode a sauvé ces dames, tandis que ceux qui ont donné des sommes en bloc se sont perdus.
D’autres ont péri pour avoir fait souvenir d’eux; entre autres, le vicomte de Saint-Priest , qui eut l’imprudence d’envoyer un mémoire à Robespierre.
Les Anglais ont rendu à la république les caisses d’histoire naturelle, recueillies par M. d’Entrecasteaux et prises dans l’Inde avec une partie de l’escadre de cet officier, tandis que la république confisque les cabinets des princes avec lesquels elle est en guerre.
Boissy-d’Anglas imprima le 12 messidor, an u de la république , un Essai sur les fêtes nationales , adressé à la Convention , où il disait : « Robespierre parlant de l’Etre suprême au peuple le plus éclairé du monde , me rappelait Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la morale, et j’éprouvais un plaisir inconcevable en l’écoutant. »
Le 8 juin, Chaumette, procureur de la commune, dit
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en plein conseil général : « Il faut un dimanche, mais il ne faut pas qu’un dimanche soit souillé par des superstitions. Nous aurons des fêtes sans doute, mais des fêtes morales. Nous aurons des fêtes civiques, et le peuple sera notre Dieu, il ne nous en faut pas d’autre. »
Mme de Saint-Aignan, traduite au tribunal, Fouquier l’accusa, ainsi que son mari présent, d’avoir partagé les crimes de la cour, d’avoir été une sangsue du peuple, et d’avoir favorisé la corruption. Elle répondit avec sang-froid, qu’elle et son mari n’allaient jamais à la cour, qu’ils avaient trente mille livres de rente qui les dispensaient des grâces du roi, et qu’il suffisait de voir son mari pour être sûr qu’il était étranger aux galanteries de Versailles. Le peuple applaudit fort, et lui cria : « Va, tu peux t’en aller avec ton bossu. »> Elle fut absoute.
Le chevalier du Barry, enfermé avec M. Frisching de Berne, à Toulouse, est mené à la guillotine. En sortant, il dit en riant à ses camarades de captivité : « Le bourreau sera bien attrapé, lorsqu’il voudra me prendre par les cheveux, car mon toupet lui restera à la main. »
Mm* de Lavergne, femme du commandant de Longwy, était allée voir juger son mari , qu’elle croyait sauvé. Elle perdit la tête à l’instant où on le condamna et cria Vive le roi! A ses cris redoublés pour mourir avec lui, le peuple touché lui disait de se taire; elle fut exécutée avec son mari.
Avant le procès de la reine, les libellistes reprirent toutes les infamies sur cette princesse. On l’accusa d’avoir mangé à Trianon des pâtés de petits enfants; de coucher avec six hommes par jour, puis de les tuer, les
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faire bouillir et disparaître ; d’avoir envoyé deux cents millions par mois à son frère. Le peuple est resté persuadé de ces horreurs ; il accabla la reine d’outrages, lorsqu’elle alla au supplice.
La reine fit impression sur le peuple le premier jour de sa comparution au tribunal, nullement les deux autres. Au tournant de la rue Royale, il paraît qu’elle tomba dans une défaillance mortelle : elle arriva sans mouvement à l’échafaud. Le bourreau la secoua en lui disant de descendre. Elle reprit une palpitation purement physique : on fut obligé de la porter de la place sur la planche. Lorsque sa tête fut coupée, le sang bava et ne jaillit point; preuve que le mouvement vital avait cessé antérieurement. Trois mois auparavant on avait gagné Hébert et sa clique pour la sauver. En conséquence, il fit aux Jacobins la motion de la ramener de la Conciergerie au Temple. On renvoya la chose au comité de salut public, qui soupçonna Hébert et refusa. Alors ce dernier , voulant expier ce soupçon , se déchaîna avec fureur contre la reine et ne cessa de demander sa mort.
Camille Desmoulins avait pour cette princesse une espèce de passion ; il s’y était attaché ; il voulut la sauver. Hébert le lui reprocha. Ses efforts et ses discours le dépopularisèrent ; Robespierre le sacrifia. Dans sa lettre sur Arthur Dillon, l’un des pamphlets les plus piquants de la révolution, Camille Desmoulins appela le duc d’Orléans un Robespierre par assis et levé.
Personne n’est mort avec plus de fermeté, de grandeur d’àme, de fierté que le duc d’Orléans ; il redevint prince du sang. Lorsqu’on lui demanda, au tribunal révolutionnaire , s’il n’avait rien à dire pour sa n. 31
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défense, il répondit : « Mourir aujourd’hui plutôt que demain, délibérez là-dessus. « Cela fut accordé.
Custine se défendit avec talent, et mourut en enfant. Les députés, Merlin entre autres, pendant les séances, venaient exciter le tribunal contre lui.
Le représentant Dumont, qui a ravagé la Picardie, fait arrêter et périr le duc et la duchesse du Châtelet, était aux galères en 1791 pour vol avec effraction : Chabot l’en tira. Fouquier-Tinville , accusateur public, était le clerc d’un petit procureur. 11 fut mis au pilori et chassé de l’étude pour avoir volé et vendu à la partie adverse une liasse de papiers, dans un procès que traitait le procureur. Danton lui avait procuré sa place; il l’a fait périr.
11 est sûr que Danton et son parti avaient le projet d’en finir, de rétablir la monarchie, d’élire le jeune roi et de régner sans lui. Quant à Robespierre il visait réellement à rester seul maître de la France. Il avait espéré qu’on le proclamerait dictateur le jour de la fête de l’Être suprême, au moment où il alla brûler le mannequin de l’Athéisme, au milieu des bassins des Tuileries; mais la multitude ne lui donna aucun applaudissement et cria : « Vive la nation ! » Cette fête, par son ridicule, commença à le décréditer.... Lorsqu’il vit la Montagne s’élever contre lui le 9 thermidor et qu’elle le menaçait avec outrage, il se tourna vers le côté droit et lui dit : « Et vous aussi, honnêtes gens, vous m’abandonnez. »
Hérault de Séchelles , sûr qu’il n’échapperait pas , alla six semaines de suite, tous les jours, voir guillotiner, pour se familiariser avec ce supplice.
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Hébert était blond , les yeux bleus, la figure la plus douce. Lors de ses intrigues pour sauver la reine, il dit à Mœe de R.... : « Si je ne puis la sauver, je la ferai périr. » 11 a tenu parole. Telle fut la marche de Danton avec le roi, telle fut leur marche à tous.
Cet Hébert a laissé plus de deux millions. La Feuille du Père Duchesnc était si courue, qu’on la tirait à quatre-vingt mille exemplaires. Les bureaux en délivraient cinquante mille gratis aux armées, aux municipalités, etc. Un jour, le maire de Caen, sollicité pour une affaire dont on voulait occuper la commune à l’instant, répondit : « Je ne puis, nous avons une assemblée ce matin pour lire le Père Duchesrie. »
Saint-Just était le plus hardi et le plus fort talent du comité du salut public. Son audace passait toute idée. Donnant un jour un ordre à l’armée du Rhin, à Pichegru, ce général lui dit que dans un quart d’heure, cela serait fait. « Dans un quart d’heure , reprit Saint-Just, dans un quart d’heure, je réglerais l’Europe. » Cambacérès lui parlant à son retour, de l’idolâtrie du peuple, de l’enthousiasme pour la révolution : « Sot que tu es, répondit Saint-Just, tu verras bien d’autres acclamations de leur part lorsqu’on nous conduira au supplice. »
L’abbé Delille avait eu une permission de Garat, ministre de l’intérieur, pour vendre ses meubles qu’il avait à Meudon, mêlés avec ceux de M. de Las-Cases. Il porte sa patente à un marchand de bois de Sèvres, procureur syndic du département de Versailles, qui, sans regarder la permission, demande de qui elle est. «De M. Garat, ministre de l’intérieur. — Du ministre de l’intérieur? S’il était parmi vos meubles, on le vendrait avec.
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Allez; remportez votre permission, et adressez-vous au département de l’intérieur. »
Mm* la duchesse d’Orléans a refusé pension , traitements, à-compte de ses biens, disant que tout lui était dû, et qu’elle voulait son patrimoine, la liberté de ses enfants, ou rien. Ce n’est pas sans intention que les révolutionnaires tiennent les fils du duc d’Orléans enfermés et en France.
Février 1796. — Tallien dînant un jour chez M”*Panckoucke avec Fréron et d’autres, on parla du jeune roi. Tallien dit que sa mort serait nécessaire, et que la mort d’un enfant n’était pas à comparer avec le bonheur de vingt millions d’habitants. Sa femme lui dit qu’il était un monstre, passa dans une autre chambre et s’évanouit. Tallien, frappé de l’état de sa femme et de son imprudence, eut une attaque de haut mal. Il est épileptique.
Après la conspiration de Babeuf, découverte en mai 1796, le Directoire fit afficher un placard commençant parces mots : « Un affreux complot doit éclater la nuit prochaine : on doit égorger le corps législatif, les membres du gouvernement, toutes les autorités constituées, et ensuite massacrer une partie des habitants et mettre la ville au pillage. » A cette lecture, le peuple, dans les marchés, disait : « Ne voilà-t-il pas grand mal ? on en a bien égorgé d’autres! »
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