S06 PIÈCES JUSTIFICATIVES
son trône par l’effet d’une transaction quelconque, recevant la loi au lieu de la donner, n’aurait et n’acquerrait jamais assez de puissance pour en imposer à des factions mal éteintes. De nouvelles intrigues, de nouvelles prétentions, de nouveaux séditieux, s’élèveraient bientôt pour bouleverser encore leroyaumeet reporter le trouble dans les Etats voisins.
« De pareilles vérités sont bien faites pour frapper des ministres sages et éclairés; mais pour les ramener encore plus à l’intérêt direct de leur nation, dites-leur, monsieur, que l’Angleterre se trouve aujourd’hui dans la même position où l’éclat du règne de Louis XIV avait placé la France ; que l’adresse de nos ennemis communs a dirigé et dirige sans cesse toutes les idées des puissances continentales vers la crainte que l’empire des mers ne laisse à la Grande-Bretagne tout l’avantage de cette lutte épouvantable; et que, en supposant même que la guerre se renouvelle en Allemagne, les exemples du passé doivent prouver aux ministres britanniques qu’il n’est pas un cabinet de l’Europe sur lequel ils puissent solidement compter.
« Ajoutez-leur encore, qu’il n’y a dans la circonstance d’autre allié ûdèle et assuré pour l’Angleterre que le parti royaliste, sous quelque forme qu’il se présente. Lui seul a véritablement des intérêts communs avec ceux du gouvernement britannique. Mais pour tirer de ce parti tout l’effet qu’il est susceptible de produire, il faut adopter des principes et des plans tout différents de ceux qu’on a suivis depuis six ans. On a jusqu’ici tant fait pour le comprimer et l’affaiblir, qu'il faut maintenant employer plus d’efforts pour lui rendre cette consistance, sans laquelle ses moyens isolés et disséminés ne peuvent rien. Un tel parti ne pouvait acqué-
ET ADDITIONS
rir 1 ensemble nécessaire et agir uniformément, d’après une volonté qui règle toutes les autres et les ramène au même but , sans un chef prédominant sous le chef légitime auquel il est lié par essence. Tout demeurera anarchique parmi les royalistes tant qu’une politique aveugle laissera sans consistance, sans appui fortement prononcé, un souverain privé de toutes propriétés, de tout pouvoir militaire et civil, relégué à six cents lieues de ses Etats, et sans aucun moyen quelconque de faire respecter et chérir ses volontés. Ce souverain, placé dans une situation si cruelle pour lui et si funeste pour la cause générale de tous les gouvernements, est cependant la pierre angulaire, la base fondamentale sur laquelle seule on peut établir l’union, la force et la solidité de ce parti royaliste, de cet allié véritable de l’Angleterre, et de toutes les puissances qui voudraient d’une manière efficace le rétablissement de la tranquillité en Europe.
u On ne peut espérer ce rétablissement de l’état actuel des choses, et de la confusion que jettent nécessairement en France le choc continuel des différentes factions, et le passage rapide d’une tyrannie à une autre. L’usurpatiou de la couronne par une brandie hors de la ligne naturelle d'hérédité ne permettrait pas une paix plus solide, puisque les séditieux et les mécontents ne manqueraient pas de se saisir de cette illégalité pour en faire un étendard d’agitation qui rallumerait tout l’incendie.
« La reconnaissance des droits de Louis XVIII, des témoignages publics de considération et d’intérêt donnés à ce monarque, sont donc les véritables moyens à prendre pour tout gouvernement qui voudra renverser le Directoire et détruire ce pouvoir monstrueux qui me-