‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 22 sur 130 · CCXX. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND AIT COUTE · texte numérisé non relu

CCXX. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND AIT COUTE

DE VILLÈLK.

M Londres, 23 septembre 1822.

« Ma petite dépèche d'aujourd'hui, mon cher ami, vous apprendra où nous en sommes ici. Vous verrez que j'ai fini tout ce que j'avais à faire, et qu'il ne me reste plus qu'à partir. Mais, comme vous paraissez désirer que je ne me presse pas trop, au lieu de partir vendredi 6, je ne partirai que dimanche 8 au soîr, et n'arriverai à Paris que le 1 1 , ou même le 12. Je rentre ainsi dans le temps que Mathieu lui-même

1. Ainsi qu'on Je veira, les lettres adressées & M. de MoDtraorencj par M. de Villèle, pendant le congrès de Vérone, avaient pour la plupart un caractère cunfldeodel. Pendant ce temps M. de Monlmorency recevait régulièrement des dépêches offlcielles rédigées par M. Herman, directeur des affaires politiques au mioislère des Affaires Étrangères.

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fS SEPTEMBRE 1S22.

avait désiré, et il ne me restera que le temps juste d'aller àVérone en passantpar Vienne, ce qui importe autant à vos intérêts qu'aux miens. Le duc de Wellington ne va aussi qu'à Viejine et point au Congrès. Yous le verrez samedi: il part d'ici jeudi. Ma dépêche vous dira qui j'ai vu et ce que j'ai fait. Ma nomination, que les journaux ont donnée ici, a produit un très bon effet, et a été très bien reçue du ministère anglais.

Il Avez-vous envoyé le congé h Calais, comme je vous en priais? Si vous ne l'avez pas encore fait, chargez Herman de me l'expédier à l'instant même (c'est-à-dire vendredi, jour où vous recevrez cette lettre) : je lui indique le moyen de me l'envoyer par estafette. Il m'arrivera à Londres dimanche matin, cinq ou six heures avant mon départ.

<» Bonjour, mon cher Villfele, je vous remercie de votre fidélité. Vous pouvez compter à jamais sur la mienne. J'ai bien des choses à vous dire.

« Il parait que le duc de Wellington retarde son départ d'un ou deux jours, »

CGXXI. — r,E COMTE UE VILI^LE AU VICOMTE DE MOSTMORENCY.

" Paris, 6 septembre 1822.

(( Mon cher collègue, nous nous décidons à vous

expédier M. le duc de Rauzan, d'abord parce que nous

en étions convenus; ensuite pour vous apprendre

que le ducde Wellington arrivera ici aujourd'hui ou

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LËTTRIÎ UE M. UE VILLËLE. 43

demain, el partira pour Vienne après vingl-quatre heures de séjour à Paris.

(( M. Herman vous instruitdetoutcequiest arrivé des divers points au ministère des Affaires Étrangères depuis votre départ; il doit vous dire que nous souffrons faute de moyens de déchiffrer quelques déjièchcs et vous y pourvoirez en noua renvoyant ces chiffres indispensables ici.

« Le Roi nous a dit vous avoir communiqué son projet de présidence du Conseil ; il vient de l'exécuter; je ferai ce qui dépendra de moi pour justifier cette haute marque de sa confiance et me faire pardonner le titre périlleux qu'elle m'impose. Corbière est malade; nous voudrions qu'il se rétablit assez pour pouvoir se rendre en Bretagne : ce serait sans doute le meilleur remède à son mal; Peyronnet va se charger du portefeuille pendant son absence.

« Le jury a prononcé cette nuit sur les prévenus dans l'affaire de La Rochelle ; quatre ont été condamnés à mort, Bories, Goubin, Pommier et Raoulx ; un cinquième n'a eu contre lui que la simple majorité, non étayée de celle dutribunal, et a ainsi été acquitté; six autres ont été condamnés à diverses peines pour uon-révélation .

i< L'affaire de Poitiers marche, otlàcomme ici, justice sera rendue. Nous n'avons que de bons renseignements sur la tranquillité du pays et la fidélité des troupes.

11 Nouséprouvons des difficultés pour compléter les chevaux nécessaires k la cavalerie, au train et aux charrois de notre petite armée des Pyrénées; un mai-ché de huit cents chevaux, fait pour le 1" de ce

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mois, a dû être remis an 1" octobte, et deux mille autres, qui nous sont absolument nécessaires pour pouvoir faire un pas, ne pourront être fournis qu'an i" novembre, M. le maréchal y faitce qu'il peut; je l'aiderai de tout mou pouvoir; mais tout cela a été tellement négligé que, pour nous remettre en état, il faut beaucoup d'argent et du temps.

« Nous avoas du renoncer tout à fait à la missiou de Hyde de Neuville; l'état de l'Espagne empire cbaquejour. La mort de Goueffier n'a produîtqu'une disposition plus prononcée à verser du sang; on craint plus que jamais pour les autres officiers des gardes. Le régime de la terreur s'établit dans les villes et jusque dans les villages de la Péninsule; chaque endroit a ses suspects, ses détenus et ses proscrits. Presque partoutilse faitdes soulèvements, mais partiels et sans consistance. Ce malheureux pays est dans un étal effroyable; c'est pis encore que la France en 93. Les constitutionnels arment tout ce qu'ils peuvent pour extirper les moyens de résistance organisés en Catalogne et en Navarre ; il est probable que la supériorité des assaillants leur donnera de l'avantage, mais je doule que ces avantages soient tels qu'ils puissent rétablir leur domination sur cotte partie de l'Espagne, trop voisine de nos frontières pour n'être pas toujours tentés de se soustraire à une si dure oppression.

« Nous avons écrit à M. de La Garde pour l'encourager, le rassurer sur les sentiments du Roi pour lui, et rejeter sur les difUcultés inhérentes k la position tout ce qu'il ue cesse d'attribuer à des préventions ou des méfiances contre lui. Nous 1 ui prescrivons de

LETTRE D£ H. DE VILLÈLE. tS

resteràsouposte taut qu'il croira être utile au Roi et à la famille royale, tant que l'honneur de la couronne de France le permettra. Nous lui communiquons nos intentions positives de ne pointsecourir les insurgés, mais en même temps de ne rien souffrir de contraire à l'honneur du Roi et k la sûreté de notre propre pays.

<' M.- A'Conrl, ministre anglais à Madrid, est ici; je l'ai vu; ii va partir et fera, dit-il, tout ce qu'il pourra pour rétablir entre sa légation el celle de M. de La Garde la meilleure harmonie . Lui et Stuart m'ont parlé de l'Espagne avec beaucoup plus d'indifférence que ne semble eu mériter la situation de ce pays; ils paraissent croire que tout peut et doit s'y terminer sans intervention étrangère. Je leur ai dit que, plus qu'eux sans doute, la France était intéressée à ce que cela fût possible ; mais que nous étions bien décidés à nous conserver les moyens d'intervenir activement dans cette affaire, si la conservation de notre propre sûreté le rendait nécessaire.

« L'infante de Portugal et son fils retournent en Espagne, y reçoivent l'hommage de la constitution avec reconnaissance, cl feront probablement une marche triomphale de Badajoz à Madrid. Nous ne pouvons encore apprécier l'importance de cet incident. La Garde ne nous parle pas dans sa dernière dépêche du procès des Infants.

« Voyez, monchercollègue, à tirer parti de tousces documents pour votre gouverne. Informez-nous, le plus tôt que vous pourrez, des dispositions dans lesquelles sont les cabinets sur cette maudite affaire. Voyez-les venir ; ne vous avancez pas trop ; demandez h nous consulter, s'il s'agissait de quelque grand

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parti sur lequel vous eussiez des doutes. Nous sommes en état de nous préserver alors même qu'où nous laisserait seuls. Ainsi, si l'on veut quelque chose déplus, si on combine un concours, il faut que ce soit sans accroître nos charges et nos dangers.

« Vous êtes sur un très bon terrain en ne mettant pas plus d'empressement que les autres à cette affaire; au contraire, si on vous voit embarrassé, on fera des choses qui nous seront onéreuses, et on aura l'air de les faire pour nous

H Je vais faire pour Hyde de Neu\ille tout ce qu'il demande et lui ai dit que c'était à vous qu'il en serait redevable, puisque vous m'en aviez chargé en parlant.

« Chateaubriand nous arrive à la fin de la semaine. S'il quitte l'Angleterre avant la nomination du ministère, il aura tort. Je le lui ai mandé, mais j'ignore si l'avis sera arrivé à temps.

(( Adieu, mon cher, voilà je crois tout ce que j'avais à vous dire ; comptez sur nous comme nous comptons sur vous. De tout cœur.

« ]= DE VitLÈLE.

(( Ne perdez pas devue, mon cher, tout ce que peut avoir de grave l'arrivée de l'infante de Portugal, si l'Angleterre voulait aider à exclure Ferdinand et ses frères du trône d'Espagne ; tout ce que peut produire la disposition autrichienne des Catalans, si l'Autriche avait le même but ; enfin l'appui certain que trouverait dans les révolutionnaires toute prétention fondée sur rillégitimité: rien de tout cela n'est probable sans doute, mais en politique il faut, je crois, veiller sur tout ce qui est possible. »

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CCXXil. — LE VICOMTE DE UONTMOAENCY AD COMTE DE VILLÈLE.

" Vienne, ce 7 septembre ISÏÏ.

« Jen'airéellementriend'importaQt àajouter, mon cher collègue, à ma leltre officielle, mais j'ai toujours voulu vous roQouvelermes sentiments particuliers, qui sont les mêmes à Vienne qu'à Paris. J'ai fait un trèsheureuxvoyage, et je suis de la nuit dernière établi à merveille chez M. de Caraman, où venait de descendre quelques heures auparavant M. de La Ferronnays; ils sont tous les deux ensemble dans les meilleurs rapports, malgré leur réputation de n'être pas souvent du même avis ; et je suis moi-même tort content de mes premières conversations avec mes coopératenrs ou auxiliaires. Yous recevrez incessamment le récit intéressant de la dernière audience donnée par l'empereur Alexandre à M. de La Ferronnays avant son départ de Pétersbourg. Vous en conclurez que nous aurions très mal fait de ne pas accréditer ce dernier ici. Je ne sais pourquoi le bruit s'était répandu à Saint-Pétersbourg que M. do Rayneval serait aussi accrédité. L'empereur Alexandre paraissait l'approuver beaucoup. Vous savez dans quel sens je lui ai écrit à Berlin, lui laissant la liberté de venir ici, mais comme pour son plaisir. Verriez- vous de l'inconvénient h prendre les ordres du Roi, pour qu'il daign&t me donner l'autorisation éventuelle de l'accréditer dans le cas où la marche des alfaires et le nombre comparé des ministres étrangers, me le feraient juger utile et convenable? Saisissez cette

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occasion, ou toute autre, je vous prie, de mtsttre aux pieds de S. M. l'hommage de mes profonds respects.

<' Ce que vous m'avez fait savoir par le télégraphe à Metz sur l'afTaire manquée d'Hyde de Neuville n'a fait que me donner, comme vous le croyez bien, une vive impatience d'apprendre si vous mettriez quelque choseàlaplace,etsi vous prendriez quelque parti pour lui, ou pourcelui qu'il était destiné à remplacer .Je me joins d'avance à vous pour tous les moyens que vous trouverez de contenter d'une manière di^e pour nous, et convenable pour lui, cet homme intéressant sous beaucoup de rapports, qui semblerait destiné à être toujours de nos amis, mais qui a tourné un peu promptement à l'exigence, il faut l'avouer. Il me semble que vous avez quelques données de plus auprès de lui et que vous aviez mieux réussi que moi,

« Je vous prie de parler de moi d'une manière toute spéciale à M. le garde des Sceaux,qui doit être revenu de son voyage, et j'espère en bonne santé. Je veux lui écrire incessamment. Rappelez-moi au souvenir de tous mes collègues, au milieu desquels ma pensée est souvent. Je cherche sans cesse à me pénétrer de celles que j'ai recueillies dans nos derniers Conseils. Recevez pour vous en particulier,mon cher collègue, l'assurance de mes inviolables sentiments. « Mont...

« P. S. Je voulais vous recommander avant de partir cette estimation de la maison Thélusson. Vous rendriez un vrai service à la chose publique et à moi-même, si pendant votre intérim vous abrégiez et simplifiiez cette aiïaire fort coûteuse.

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« Le 9 septembre.

« J'ajoute un seul mot à la dernière partie de ma dépêche, que je ferme aujourd'hui même pour l'envoyer par estafette, le baron de Binder se faisant trop attendre. Dans l'audience de l'Empereur dont je voua rends compte, il vient de me dire quelques mots très flatteurs sur notre ministère ; qu'il lui attribuait une grande partie de l'amélioration sensible de notre position; qu'il savait nos principes, et aussi combien nous avions d'obstacles à vaincre, etc.

« Je renvoie & mon premier courrier, et après l'audience de l'empereur de Russie, que j'aurai vraisemblablement demain ou après-demain, à vous développer mes premières conversations politiques. Je n'en ai eu hier qu'une préalable avec le prince de Metternich, qui m*a parlé un peu de la Grèce, et surtout du système général de l'Autriche et de la grande Alliance, du principe essentiel et peu contestable de la conservation de tout ce gui existe légalement. Nous avons renvoyé à une autre conversation l'affaire d'Espagne, dont il est bien vrai que tout le monde est ici très occupé.

CCXXin. LE VICOMTE DE MONTHORENCT AU COMTE

DE Vn.I.ÈLE.

" Vienne, ce 14 septembre 1832, au soir. t< Je réponds dans ce moment, mon cher collègue, à votre lettre confidentielle : je crois devoir en adresser une directement au Roi sur ma conversation de ce matin même avec l'empereur Alexandre. Je lui

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en avais demandé la permission qu'il a bien voulu m'accorder. Je joins la Ictlre ici, pour que vous veuillez bien la remeltre à S. M. J'espère, je suis sûr qu'elle vous la remettra ou renverra immédiatement après lue. Ainsi pour vous, comme pour nos collègues, elle fera suite à nos dépêches officielles qui vous racontent mes conversations avec les ministres influents. Vous serez parfaitement au courant des dispositions qui régnent aujourd'hui dans cette ville centrale, et de ma position particulière, qui est entourée de beaucoup de marques de considération et même de témoignages extérieurs de bienveillance. Mais cen'est pas là la question, ni le résultat important à obtenir.

" Je crois devoir vous parler ici d'abord en toute confiance sur la nouvelle que vous m'apprenez en même temps que le Moniteur du jeudi 5, et qui en a été une pour moi, quoique le Roi m'eût fait l'honneur de m'en parler le jeudi soir 29, quand je pris congé de lui. S. M. m'avait en effet annoncé son intention, sans me faire connaître à quelle époque elle la déclarerait. Ma réponse dut être et fut un silence respectueux. Une discrétion absolue et sans exception m'était prescrite. Je dus la garder même avec vous dans le court entretien de nos adieux. Je l'ai regretté depuis : j'ai regretté encore davantage que vous ne m'en ayez pas parlé, si vous étiez déjà informé. J'imagine que vous vous en serez entretenu avec nos collègues quelques jours avant le Conseil du mercredi : je vous aurais répondu alors ce que je crois devoir vous exprimer encore avec toute franchise aujourd'hui, parce que la réticence me met-

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trait mal à mon aise avec moi-même et avec vous. Je suis charmé pour vous d'une nouvelle marque de confiance, dont vous êtes digne par votre parfait dévouement, vos travaux et votre haute capacité; j'y vois pour la chose publique un véritable avantage, mais un avantage unique, celui de déjouer, de décourager même les tentations d'ambitions individuelles, que pouvait toujours exciter une place, vacante en apparence, quoiqu'elle ne fût pas nécessaire. Je ne vois pas bien ce que la marche de nos travaux pourrait y gagner, car il me semble qu'ils allaient sans cela, et je n'imagine pas qu'il y ait rien de changé à nos rapports réciproques, ni à nos indépendances individuelles. J'aperçois au contraire, ou je crains quelques inconvénients, quelques mouvements de jalousie, qu'on ne s'avoue pas d'abord, et dont je crois pouvoir vous parler avec d'autant plus de simplicité que je ne m'y sens pas plus disposé qu'un autre naturellement , et que personne ne vous rend plus que moi un franc hommage. Ensuite, dussiez-voiis être étonné de mes prétentions ou susceptibilités constitutionnelles (car c'est le mot), je vous dirai, comme je l'aurais dit au Conseil, si j'avais été consulté, que cela ne me parait pas convenable pour la pairie ; qu'elle est une de nos premières institutions; qu'elle a besoin plus qu'une autre d'être soutenue et rehaussée, parce qu'elle manque de racines assez profondes, qu'il ne faut donc pas lui donner une sorte de désagrément, que les malveillants de la Chambre et du dehors relèveront avec affectation, en vous accusant d'ambition, «t nous quatre pairs d'avoir manqué h notre dignité.

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Yous voyez avec quelle simplicité et abanilon je vous parle, comme si vous étiez pair et moi député. Il est de fait que je De coanais aucun exemple, ni en Angleterre en aucun temps, ni en France depuis la Restauration, d'un Conseil composé en majorité de pairs et présidé par un député, ou membre de la Chambre des Communes. Vous savez que M. Pilt n'a jamais présidé le Conseil. Enfin, pour vous rendre toute ma pensée, et me mettre bien de côté, je vous dirai que si le maréchal de Bellune avait été président, et vous vice-président, les résultats auraient été les mêmes, et j'aurais été parfaitement content.

« J'ai dit, mon cher collègue, j'ai déchargé ma conscience du besoin de franchise qui l'oppressait ; actuellement c'est fini. La chose est grave, mais ne l'est pas assez pour balancer tant d'autres sentiments qui m'attachent à vous, et me rendent heureux de servir en commun avec vous le Roi et la France. Nous nous dévouerons donc plus que jamais à un si grand intérêt ; il n'y a pas trop de tous les efforts réunis.

(( Je reviens à nos affaires. Je crois que l'ensemble de mes lettres et dépèches vous les fait connaître telles qu'elles sont dans ce moment k Vienne. Les conversations particulières les avanceront plus ou moins d'ici à huit ou dix jours ; mais il ne doit pas y avoir de réunions ou conférences régulières jusqu'à l'arrivée du duc de Wellington. La fin de ma dépèche vous instruit des dernières nouvelles qu'on a eues de lui postérieurement aux vôtres, et de l'obligation où cela me met de demander les ordres du Roi. Faites-les-moi attendre le moins possible, et

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LETTRES DE H. DE MOnTHOREXCT. 53

que votre courrier de retour soit ici avant le 1". On est peu en confiance ici sur les dispositions de l'Angleterre relativement à L'Espagne. On croit que le motif du duc en passant par Paris, ce qui est le plus long, est de vous engager, de vous presser pour une déclaration de ne rien faire contre nos voisins ; ils aimeraient à se mettre commodément derrière nous dans ce système, qui est le leur. Ici, tout en redoutant la guerre, on arrive par divers motifs à croire indispensable de prendre un parti. Quand on parle plus officiellement, on discute celui de retirer les agents diplomatiques, et de mettre l'Espagne comme en interdit. Dans les conversations plus libres, on parle sans cesse d'encourager les insurgés par des armes, des munitions, de l'argent. On dit que nous, avant tout, serions insensés de laisser écraser des auxiliaires qui nous seraient si indispensables dans un cas que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir empêcher. J'ai été obligé de répéter sonvent qu'il répugnerait à la loyauté du Roi, à la nôtre même, de donner des secours secrets aux insurgés, lorsque nous conservons des relations amicales à Madrid. C'est alors que revient l'idée de les interrompre tous en commun. Après avoir tenu sur ce point des secours, le langage qui m'était prescrit, ce que je crois d'ailleurs convenable dans une réunion quelconque, je vous exprimerai confidentiellement mon opinion qu'il serait inutile de faire là-dessus des déclarations aussi explicites que celles que vous m'annoncez vis-à-vis de MM. Stuart et A'Court, et même vis-à-vis de M. de La Garde. Les circonstances chaque jour plus graves, que vous

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m'annoncez par votre courrier même, peuvent d'un moment h l'autre faire prendre une autre résolution .

« Adieu, mon cher collègue, je vous accompagne de tous mes vœux pour vos délibérations sur nos affaires intérieures. Songez aux journaux, qui doivent èlre mis sur un meilleur pied, et non négligés uu dédaignés, comme notre collègue Corbière en est toujours tenté. Je suis bien fâché de la mauvaise santé de celui-ci. Parlez-lui beaucoup de moi, s'il n'est pas parti pour la Bretagne, et à M. Peyronnet aussi, à qui je voulais écrire, mais le temps me presse. Je dois ajouter, avec plus de détails qu'il n'était convenable d'en donner dans ma lettre au Roi, que l'empereur Alexandre m'a parlé avec beaucoup d'estime de notre ministère et de sa marche, qu'il m'a questionné sur vous, qu'il ne connaissait pas encore assez, et j'ai été heureux de répondre en annonçant votre présidence, comme la sachant d'avance et en espérant beaucoup. L'empereur a témoigné du regret que M. de Richelieu, sur lequel il a été fort simple, ne se fût pas décidé plus tôt à se séparer de plusieurs de ses collègues, et il m'a nommé Pasgtiier spécialement d'une manière fort défavorable.

n Adieu encore, je vous renouvelle tous mes sentiments. Je relis votre dernière page, je ne crois pasm'étre écarté jusqu'à présent des idées que vous m'exprimez; elles présideront à la confection de ma note, que je méditerai beaucoup, si je suis dans le cas d'en donner une, et que je rendrai la moins solennelle possible. On n'a encore ici aucune idée sur le voyage de l'infante brésilienne. On serait plus

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LKTTRE3 bE H. DE VILLÈLE. S5

préoccupé du procès des deux Infants, dont me parle le duc de Feroan Nunës daas une lettre particulière ; il est bien embarrassant par ses instances de tous genres, mais surtout d'argent, au nom d'un roi si malheureux, mais...

« P. S. J'ajoute quelques mots sur une affaire qui ne vous regarde peut-être pas directement, mais que je dois vous recommander, surtout en l'absence de Corbière. C'est l'envoi si désiré ici, mais très en secret, d'un bomme qui apporte tout ce que nous avons de renseignements sur les Carbonari, pour prendre aussi connaissance de ceux très précieux qu'ils ont. M. Franchet avait un homme tout prêt, ce me semble; ce serait du meilleur effet ici, el il me semble que cela ne pourrait avoir que des avantages, en y mettant beaucoup de discrétion. Décidez et accélérez.

« Je dois ajouter ei^core que je suis très content de MM. de La Ferronnays el Caraman, de leur déférence pour moi et accord entre eux. »

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