‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 54 sur 130 · CCLVII, LE COMTE I>E VILLËLE AU VICOMTE · texte numérisé non relu

CCLVII, LE COMTE I>E VILLËLE AU VICOMTE

DE MONTMORENCY

H Paris, le H novembre 1822,

« Mon cher collègue, j'ai eu le malheur de perdre mon excellent père, de sorte que je n'ai ni le cœur ni la tête aux affaires politiques.

« Je ne puis cependant ne pas vous dire par le courrier de M. Stuart, que nous venons de recevoir votre lettre du S et les projets qui y étaient joints ; que des trois partis, le premier est le seul qui ait paru tolérahle au Roi ; qu'encore faut-il que vous en calculiez bien les conséquences , que vous en pesiez bien les termes, que vous soyez bien arrêtés sur le résultat; et que tout cela soit d'accord avec l'honneur et l'indépendance du gouvernement du Roi, avec la nécessité de le soutenir dans les Chambres et dans l'opinion.

<< Les retards du Congrès et la nature de la discussion nous font ici beaucoup de mal , nos fonds sont en débâcle ; tout le monde s'attend k la guerre ; chacun voudrait que le gouvernement parlât et il ne peut rien dire ; il en résultera peut-être du désavantage aux élections.

« Rien de nouveau de Madrid; j'espère que les craintes de M. de La Garde sur les Infants ne se seront pas réalisées.

« Compliments affectueux à vos collègues et à de Serre. De cœur tout à vous.

« JH HE ViLLÈLE. u

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DK H. DE MONTHORENCT.

CCLVIII, — LE VICOMTE DE HO^THOIlENCr AC COMTE DE VILI^LE.

n Vérone, ce 13 novembre.

H Je vais profiter aussi d'un courrier de M. Rothschild, partant dans une heure, pour vous accuser réception de votre lettre du 8, qui vient de m'arriver avec une incroyable promptitude, et des dépèches du 6, que M. de Bourgoing m'avâit remises deux heures auparavant. Je ne songe pas aujourd'hui à entrer dans aucun détail d'alTaires. Le temps ne me le permet pas, et d'ailleurs je vous ai donné toutes les explications possibles dans les dépèches que j'ai fait partir hier par le plus diligent do mes courriers. Vous connaissez ma position comme moi-même. Les affaires n'avancent pas à mon gré. ou plutôt ne se terminent pas, quoiqu'on m'en donne chaque jour l'espoir. Je compte les jours, les moments. Du reste, pour ce qui reste à fairo, je me fais un devoir de me pénétrer de votre dernière lettre, que j'ai lue et relue aujourd'hui même avec nos plénipotentiaires; nous devons la rapprocher et la concilier avec les grandes instructions qui leur ont été apportées par Chateaubriand. Tout cela du reste s'abrégera et se siinpHlîera, si le grand et généreux parti que le Roi a pris le H, d'après l'avis de son Conseil, devait avoir un prompt effet. Vous croyez bien qu'une telie résolution nous a donné beaucoup à penser. Mais nous avons pris la résolution réfléchie d'en garder absolument le secret entre nous quatre, et de ne le confier même à aucun subalterne, parce

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2fl NOVEMBRE 1823.

que cela pourrait avoir l'iaconvéaient d'augmenter l'ardeur de certain grand personnage, et nous met- Iraîl plus mal à Dolre aise pour nous défendre contre elle, si par hasard les choses se pacifiaient, au moins pour quelque temps. Du reste, pensez bien à une question, dont je ne vous demande pas la réponse pour moi-même, qui ne dois plus la recevoir ici, mais bien pour- ceux que j'y laisserai. Est-ce qu'en cas de guerre commencée par nous, vous ne voulez plus de démonstration guerrière et d'ordre de marcher de la part de l'empereur Alexandre? Je vous rappelle que tout le contraire a été exprimé dans vos lettres et instructions, et je dis comme l'empereur : Pensez au temps qu'il faut pour le mettre en mouvement, et qu'iln'a guère d'au tre moyen de démontrer son intérêt, et même son appui moral, outre que cette demande d'inaction le choquerait beaucoup. i< Quanta votre lettredu8, je suis trës f&ché de ce qu'elle m'apprend et de cette misérable indiscrétion, à laquelle il faut bien s'attendre dans une position comme celle-ci. Je crains bien que M. Achille Jouffroy n'en soit capable et coupable. Nous en parlions ce matin encore avec Chateaubriand. Nous le croyons honnête homme, mais ultra, et ayant avec excès les inconvénients de cette opinion. Il s'est placé ici dans une position très fausse entre nous et le cabinet autrichien, oCi Gentz surtout lui témoigne beaucoup de confiance. Il m'a rendu quelques services el souvent protesté de son dévouement. Mais il peut avoir usé des confidences que d'autres que moi lui ont faites. Je ne lui avais parlé, ni de mes questions, ni des réponses qui y avaient été

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faites. Quelques jours après, il m'ea parut instruit; M. Gentz les lui avait fait lire. Du lesle, je le queslionnerai et tancerai.

« Adieu, mon cher collègue; je me réjouis de ce que les autres sont mieux de santé. Je vous renouvelle tous mes sentiments. Moi, je ne serai tout à fait bien qu'à Paris.

« MoNTMOftENCÏ. »

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