‹ Mémoires et correspondancesChapitre 90 sur 97 · MORELLET A SUARD · texte numérisé non relu

MORELLET A SUARD

« Je vous plains, mon cher ami, et je vous approuve. Je ne suis pas fort éloigné de vous imiter. Le capital qu'on emploie en livres peut rendre, comme vous le dites, un petit revenu en plaises ; mais il ne donne plus depuis longtemps son intérêt en argent. 11 faut donc revenir à le convertir en argent, lorsqu'on commence à sentir moins vivement le plaisir de lire. J'en

suis bien logé là, je vous assure, et bien près de faire le souhait du juge Bridoye qui, dans Rabelais, ne demande plus que d'avoir le rentre à table, le dos au feu et écuelle bien profonde, toutes choses à sa vieillesse nécessaires. Ainsi soit-il. J'espère vous voir dans peu cet été, car je serai garçon pendant six mois, ma nièce, ma sœur et Marmontel allant s'établir dans une maison de campagne qu'on leur a prêtée à trois lieues de Paris. Quant à moi, je suis attaché à ma charrue, et je ne puis guère m'éloigner plus loin qu'Auteuil où je vais et d'où je reviens fréquemment et facilement, et d'où je puis conduire mon atelier. Tous avez bien fait de prendre Jansen. Je vous embrasse de tout mon cœur. »

Page 1